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Les Kassena du sud du Burkina-Faso, aussi appelés
à tort Gourounsi, habitent des villages composés
de plusieurs concessions. Une concession est un ensemble de cases
autour d'une cour centrale où les animaux domestiques rentrent
le soir. C'est l'habitation de toute une famille, mais une famille
à la mode africaine, c'est à dire composée
de nombreux parents, grands-parents, enfants, oncles, tantes, cousins,
beaux-frères, belles surs, etc. Les hommes sont polygames,
ils ont plusieurs épouses, et chacune a sa propre maison
dans la concession.
La concession kassena est un labyrinthe et une vraie
forteresse, et car autrefois il fallait se défendre face
aux attaques des envahisseurs. Par exemple, à l'époque
de la colonisation française au siècle dernier
les Djermabe sont venus de l'est pour envahir la région kassena.
Pour entrer dans une maison, il faut s'accroupir et passer d'abord
la tête dans l'entrée de 50 cm de haut. Une fois franchi
ce premier obstacle, il faut enjamber un petit muret, deuxième
protection contre les attaques des ennemis et des animaux sauvages.
Le guerrier kassena s'asseyait entre la porte et le muret et tranchait
la tête ennemie qui s'avançait dans l'ouverture.

Village de Tiebele, entrée d'une maison kassena
en forme de huit
© Sophie Ganeau
La forme des maisons varie selon leurs habitants :
La case ronde couverte d'un toit de chaume pointu
est réservée aux hommes célibataires, la case
rectangulaire à toit plat aux jeunes couples, et la case
en huit aux vieux couples et aux jeunes enfants qui habitent normalement
avec leurs grands-parents. Celles en huit sont les maisons "mères"
qui abritent l'esprit des ancêtres. La grand-mère qui
y vit avec ses petits-enfants les éduque aux coutumes et
traditions kassena.
Chacune des femmes dispose dans sa maison d'une cuisine et de greniers
pour conserver les provisions de maïs et de mil. L'éclairage
des pièces vient par un puits de lumière, un trou
dans le plafond qui dirige les rayons de soleil vers la meule où
la femme moud les céréales. Une autre ouverture dans
le plafond permet à la fumée de s'échapper
du foyer où l'on cuisine la bouillie de céréales
et les sauces. Une collection de poteries soigneusement empilées
occupe tout un mur. Elles sont les cadeaux que la femme a reçus
pour son mariage. Plus une femme est riche, plus les piles sont
impresssionnantes.

Piles de poteries dans une cuisine
de femme kassena © Sophie Ganeau
Par une ouverture, on peut monter à l'échelle et aller
prendre sur la terrasse ce que l'on veut cuisiner comme céréales.
C'est sur le toit que l'on fait sécher au soleil les épis
de maïs et de mil avant de les stocker dans les greniers, petites
constructions surélevées par quelques pierres, avec
une porte bien fermée à clé.
Tout le monde participe au chantier d'une maison. Les murs sont
en banco, un mélange de terre, d'eau et de bouse que l'on
recouvre ensuite d'un enduit, comme dans beaucoup de régions
africaines. Mais les Kassena tiennent particulièrement à
la beauté de leurs maisons. Ce sont les femmes qui décorent
les murs extérieurs.
Elles appliquent d'abord un enduit de quelques centimètres
d'épaisseur constitué de terre argileuse mélangée
à de l'eau de cuisson de cosses de néré, un
fruit local. L'enduit obtenu est brun-rouge, collant et poisseux.
On le lisse et on l'arrose d'eau pendant tout le travail de décoration
pour le garder frais et humide.
Les femmes tracent sur ce fond des motifs noirs ou
blancs. Le noir est obtenu en délayant dans de l'eau de la
poudre de graphite. Aujourd'hui, elles utilisent de plus en plus
du goudron. Le blanc résulte du frottement d'un caillou blanc,
le talc. Quand la peinture est terminée, on la protège
avec un vernis à base d'eau de décoction des cosses
de néré.

Des femmes kassena du village de
Tiebele fêtent la fin de leur journée
passée à décorer cette façade © SophieGaneau
Les motifs géométriques ocres, noirs et blancs ont
chacun leur signification : chevrons, damiers, losanges, rayures
ou triangles. Les uns évoquent les morceaux de calebasse,
car la calebasse accompagne la femme kassena pendant toute sa vie
et même après sa mort; les filets de pêche, car
la pêche a sauvé les Kassena dune famine et le
filet doit surtout rappeler aux enfants limportance de ce
métier; les pattes de poule, car la poule est une offrande
importante.
On sculpte aussi en relief entre les motifs peints des animaux protecteurs
comme le lézard, le serpent et la tortue qui gardent les
portes et les accès aux terrasses. La tortue est aussi le
totem de la famille royale (Lire dans le journal le dossier
d'avril 2008 : Des bêtes et des hommes).

Animaux protecteurs
sculptés à l'entrée d'une maison kassena ©
Sophie Ganeau
Aujourd'hui les Kassena continuent à reconstruire et à
décorer les maisons anciennes, tout en ajoutant dans la concession
des maisons de forme et de taille modernes, avec des portes et fenêtres
en bois et en tôle. Mais ces nouvelles constructions sont
toujours décorées par les femmes avec les mêmes
motifs, car les Kassena sont très attachés à
leurs traditions et fiers de leurs maisons peintes.
Les mots en gras sont expliqués dans le
lexique
Tu trouveras des livres sur d'autres peuples d'Afrique
Noire dans la médiathèque,
et dans "Nous, lemonde" tu verras comment sont faites
les huttes des Pygmées.
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