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Ce masque est originaire de l'île de Kodiak dans le golfe
d'Alaska, tout au nord de l'Amérique, au milieu d'une mer
froide. Les côtes escarpées bordent des montagnes boisées
où vivent, depuis 6000 ans les Koniag, le plus important
groupe d'Inuit du Pacifique. Ces grands chasseurs partaient
seuls en kayak affronter la baleine avec une lance à pointe
de schiste effilée.
Un explorateur français de vingt ans, Alphonse Pinart, parti
du port de Boulogne pour un long périple de 5 000 km dans
la région, débarque à Kodiak en 1871. C'est
à pied qu'il parcourt l'île à la recherche d'objets
inuits : outils en bois et en os sculptés, lunettes de soleil
à fente en ivoire de morse, robes en peaux de poisson cousues
et peintes, parkas en parois d'estomac de phoque plus imperméables
et légers qu'un K-way et masques pour les rites des
chamanes.

©Georges Poncet
Ces masques étaient fabriqués chaque année
pour le festival d'hiver, véritable saison théâtrale
qui durait trois mois. Les chamanes s'en servaient pour accompagner
leurs danses et leurs chants afin d'entrer en communication avec
les esprits des morts et des animaux. A la fin des cérémonies,
on brûlait les masques. Si Alphonse Pinart n'avait été
là pour les collecter, on n'en aurait sans doute jamais eu
une aussi belle collection que celle qu'il a donnée au musée
de Boulogne : 80 exemplaires, tous différents, plus ou moins
grimaçants et farceurs.
Celui-ci, avec sa bouche arrondie semble hurler en laissant passer
le souffle de la vie. Le chasseur solitaire est l'ami de ce vent
qui souffle autour de lui dans l'immensité blanche et gelée.
La forme du visage et le dessin des sourcils rappellent la pointe
éffilée qu'il a taillée et fixée au
bout de sa lance. Les petits yeux ronds sont à la fois ceux
du chasseur qui scrute le paysage à la recherche du gibier,
et ceux des gens terrifiés par les esprits que le chamane
va calmer.
Mais les peuples indigènes réclament de plus en plus
qu'on leur rende ces objets. Pour nous, ils sont des uvres
d'art à mettre au musée, pour eux, ils sont des objets
de la vie quotidienne ou hérités de leurs ancêtres
et n'ont pas une valeur de marchandise.
Pour en savoir plus sur les Inuit, tu peux trouver notre reportage,
en français et en anglais à la page "Qui
?"
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lexique
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