survival
 

Chaque année, dix langues dans le monde cessent d'être parlées, donc de vivre. Il s'agit de langues de peuples peu nombreux, qui vivent dans des pays où la langue officielle étouffe peu à peu les autres. C'est ainsi que la moitié des langues sont aujourd'hui en danger. Elles font partie de ce qu'on appelle le patrimoine culturel de l'humanité que l'UNESCO essaie de protéger. Pour continuer à vivre dans le monde moderne, les langues doivent s'adapter. Certains peuples inventent un nouveau mot pour chaque nouvelle chose, d'autres réclament des dictionnaires et des écoles qui valorisent leurs langues.

Il faut dire que certains pays battent des records. En Papouasie on compte 820 langues, au Nigéria plus de 500, et rien qu'en Amazonie brésilienne, 140. Certaines langues rares sont précieuses, par exemple celles qui nous permettent de savoir à quoi ressemblait le premier langage humain, apparu il y a 50 000 ans : ce sont les langues à clics.

Les Bushmen du désert du Kalahari, au sud de l'Afrique, parlent des langues à clicks. Certains chercheurs pensent que c'est pour les besoins de la chasse qu'ils ont gardé ce type de syllabes, obtenues en claquant de différentes façons la langue contre le palais. Ces clicks ressemblent plus à un craquement de branchages qu'à un langage humain, et le gibier se méfie moins. Aujourd'hui, la culture des Bushmen est menacée (voir les nouvelles de Survival), et leurs langues, qui sont parmi les plus complexes du monde, pourraient bien disparaître si on continue à les forcer à changer de mode de vie.

Les Maori de Nouvelle Zélande se plaignaient de ne pas avoir leur place dans le dictionnaire kiwi (*). Eh bien, c'est chose faite : au milieu de 100 000 mots anglais, on trouve 600 mots maori. 'C'est bonza' pour c'est génial, 'cher cuz' pour cher cousin, 'mon waka' pour mon canoë. Ou encore des noms propres comme celui du lac Te Rotorua nui a Kahumatamomoe, qui s'appelait avant lac Rotorua.

(*): le kiwi est un fruit, et aussi un oiseau. C'est aussi un surnom que l'on donne aux Néo-Zélandais.

Les Inuit du Groenland doivent s'adapter au réchauffement climatique et à ses conséquences (voir l'article 3 de décembre 2005). Mais comment désigner en inuktitut des choses qui sont nouvelles pour eux, comme les guèpes, les chouettes ou le tonnerre ? Ils ont de nombreux mots pour la neige sous toutes ses formes, mais pas pour ces deux-là. A l'inverse, ils nous ont donné certains mots, comme kayak, anorak ou igloo.

Si à l'école les enfants sont obligés de parler, de lire et d'écrire dans une autre langue que leur langue maternelle, ils oublient celle-ci, et dans quelques années, quand les vieux seront morts, elle n'aura plus aucun locuteur .


Ursula Calderon, l'une des deux sœurs, chez elle à Ukika. © Eric Facon

 

Les Yaghan de Patagonie, au sud du Chili, n'ont plus que deux sœurs locutrices de leur langue. Ursula et Cristina vivent sur l'île de Ukika, près du Cap Horn, au milieu de cette communauté de 80 Indiens. Comme leurs petits-enfants ne connaissent pas la langue, les deux sœurs, malgré leur âge avancé, ont accepté de devenir profs à l'école du village. Elles espèrent qu'il n'est pas trop tard et que le dictionnaire yaghan, qui date de l'époque des missionnaires chrétiens, deviendra le livre préféré des enfants.

Les Yaku de la forêt de Mukogodo au Kenya ne sont plus qu'une dizaine de vieux à parler entre eux leur langue. Les jeunes filles se marient avec des Massaï et parlent alors le maa. Elles se laissent séduire par la richesse des grands troupeaux des Massaï et abandonnent leur mode de vie traditionnel. Les Yaku sont experts dans la récolte du miel et la fabrication des ruches. Les arbres qui portent ces ruches sont donnés en héritage aux enfants et en dot aux jeunes filles pour leur mariage, mais cela n'est plus suffisant pour vivre, surtout qu'on leur interdit maintenant de chasser pour se nourrir. Les jeunes garçons sont obligés d'aller vivre ailleurs, et cette forêt n'est plus habitée que par les grands-parents.

Qui rêve d'un monde où l'on parlerait tous la même langue ? Certes, plus besoin d'apprendre ses leçons d'espagnol ou d'italien, mais quelle tristesse et quelle monotonie ! C'est une richesse de pouvoir dire 'merci' de tant de manières : keyatao en gana (Bushmen), ashoge en apache, ngiyabonga en zoulou, qujanak en inuktitut, tika hoki en maori, a ni tche en bambara, trugarez en breton, pachi en quechua, tudjechhe en tibétain.

Avec la page des jeux de septembre 2005 (voir dans les archives), tu peux t'amuser à écrire un poème en langue kalina-banane.

Dossier réalisé à partir d'articles de Courrier International, du Monde et des Nouvelles de Survival.

Les mots en gras sont expliqués dans le lexique