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Les chamanes de toutes les sociétés indigènes
connaissent des recettes secrètes. Il est essentiel de protéger
leur précieux savoir en faisant signer aux chercheurs et
aux fabricants de médicaments des contrats qui reconnaissent
que les chamanes sont propriétaires de la connaissance des
plantes. C'est important pour lutter contre la biopiraterie, c'est-à-dire
le vol des richesses naturelles des territoires indigènes
et le piratage des savoirs des peuples qui les utilisent depuis
toujours.
       
Le tabac est originaire d'Amérique, et chez les Indiens,
c'est une plante qui a toujours été utilisée
lors des cérémonies, pour bénir les mariages
ou les récoltes, chasser les mauvais esprits. On le fume
dans des pipes sacrées, on le brûle comme de l'encens,
on l'enterre pour sceller la paix, on le jette dans les flammes
ou on en fait des cadeaux. C'est aussi un médicament pour
calmer la douleur et arrêter les hémorragies. Rien
de mieux que de se faire souffler une bonne bouffée de tabac
dans une oreille qui a mal !
'Le plan de tabac est un être magique qui donne la vie',
dit un Indien de la tribu paiute de la région du Nevada.
'Nous avons dû examiner comment le tabac, qui était
un médicament pour notre peuple, a pu devenir aujourd'hui
un poison' dit un Indien de la tribu chumash du sud de
la Californie.
Alors, comment le tabac qui donne la vie est-il devenu le tabac
qui tue ? Difficile en Amérique de faire de la pub contre
le tabagisme chez les Indiens.
       
Au Cameroun, les Pygmées du sud du pays sont inquiets
pour leur forêt. Le moabi, le plus grand arbre du continent
africain, est utilisé en Europe pour faire des portes et
des fenêtres. Des entreprises arrivent de France avec de grosses
machines et abattent des moabis pour vendre le bois aux pays riches,
alors que les habitants de la région l'ont toujours utilisé
pour fabriquer leur huile et leurs médicaments.

Famille pygmée du Cameroun
© Salomé/Survival
Ce sont les femmes qui produisent huiles et potions et vont les
vendre au marché, ce qui leur permet par exemple de payer
les frais d'école pour leurs enfants.
Or il faut 90 à 100 ans pour qu'un moabi donne des fruits.
Même si on crée des pépinières, personne
ici ne vivra assez longtemps pour en profiter, et la médecine
locale aura perdu ses secrets de fabrication.
       
Pour les Indiens nasa, du Cauca, en Colombie, la coca est
la plante qu'ils ont toujours cultivée et utilisée,
en infusion contre le mal des montagnes, et en feuilles à
mâcher pour oublier la faim et la fatigue. Sa transformation
en drogue dure, la cocaïne, et son exportation par les trafiquants
vers les pays riches, est un fléau que les Nasa sont les
premiers à condamner.
Dans la réserve de Calderas, ils viennent de lancer une
nouvelle boisson pétillante, le 'Coca-Sek', ou Coca du soleil,
'leur' Coca-Cola. 'La coca n'est pas la cocaïne, comme le
raison n'est pas le vin', disent-ils. La petite fabrique de
Coca-Sek paie les feuilles de coca un peu plus cher aux paysans
que les trafiquants. Les villages espèrent vendre leur boisson
à travers le monde, et pouvoir alors se payer des écoles
et des hôpitaux.
      
Pour compléter ce dossier, tu peux lire dans les archives
du journal :
- le dossier de juin 2005, où les Kayapo pensent qu'un
remède contre le SIDA se trouverait dans la grande forêt
amazonienne et comment les Satéré Mawé
fabriquent une boisson à base de guarana, leur plante sacrée.
- L'article de juin 2005, Des Indiens branchés,
ou comment les Mapuche soignent les rides avec la bave
d'escargot
- l'article de décembre 2005, Des herbes si précieuses,
qui donne la recette du curare.
Les mots en gras sont expliqués dans le
lexique
Dossier réalisé à partir d'articles de Géo,
Métro, Courrier International, Libération
de 2005 et 2006, et de publications de Survival.
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