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"
Nous n'avons aucun moyen, canoë, Jeep, armes, pour nous
défendre, et la police se trouve à plusieurs heures
de marche"
dénonce Kadjy-re, chef d'une communauté
kayapo au Brésil.
La forêt amazonienne est sous la menace de multiples
périls. Les
Indiens craignent les invasions de chercheurs d'or, de bûcherons
ou de simples pêcheurs, tout autant que les grands projets
agricoles et industriels : plantations de riz, de coton et de soja,
élevages bovins, barrages et centrales électriques,
routes transamazoniennes,
usines, mines d'or et de diamants.

Percée à travers la
forêt amazonienne © Jonathan Mazower/Survival
Officiellement, le Brésil compte 730 000 Indiens,
dont la moitié vit de manière traditionnelle.
Cependant, tous les Indiens ne sont pas sans moyens de communication
modernes. Certaines communautés indiennes comme les Surui,
n'hésitent pas à conclure un accord avec un géant
de l'Internet pour gérer leur réserve de 247
200 hectares. Les Surui ont décidé de se servir de
Google Earth pour enregistrer les images satellite de la déforestation.
(Google Earth est une application gratuite sur Internet qui permet
d'observer la planète depuis un satellite, et c'est aussi
une entreprise opposée à la déforestation).
Le chef des Surui envisage que les 1 200 membres de sa tribu
aient accès à Internet grâce à l'aide
de Google Earth. Avec ces images, ils pourront ensuite demander
aux autorités d'agir contre la déforestation. Les
Surui espèrent aussi que les bûcherons, chercheurs
d'or et autres indésirables réfléchiront à
deux fois avant de continuer leurs activités illégales
s'ils savent qu'ils sont observés par satellite.
     
Paysages désolés, Indiens assassinés
En attendant, le temps que vous lisiez cet article, une superficie
correspondant à 75 terrains de football a été
déforestée. Aujourd'hui, 20 % de la forêt brésilienne
est morte. 40% de l'Amazonie pourraient avoir disparu d'ici vingt
ans.
"La forteresse verte. D'un coup, la déchirure. La
forêt s'ouvre. Blessée. Rasée. Le poumon tousse.
La forteresse se fissure. Le paysage est soudain désolé.
Des troncs abattus jonchent le sol. La terre laisse apparaître
sa dernière couche, griffée à mort par les
sillons des cultures " écrit un journaliste qui
a survolé la forêt.
En 2007, l'ancien président de la Funai,
estimait qu'au Brésil les Indiens avaient trop de terres.
Leurs réserves occupent 12% d'un pays grand comme dix-sept
fois la France. La délimitation et la protection de leurs
terres restent des problèmes majeurs pour les Indiens du
Brésil.
Dans la réserve Raposa Serra do Sol, dans l'Etat du Roraima,
ce sont des planteurs de riz illégalement installés
qui refusent de quitter les lieux en échange d'une somme
d'argent, comme l'ordonne la justice, et la police n'ose pas intervenir.
Chez les Yanomami, si les entreprises minières obtiennent
l'autorisation de s'installer, les représentants indigènes
s'inquiètent : " Que se passera-t-il ? La forêt
sera abattue, les rivières seront polluées et les
animaux disparaîtront. Des maladies comme la malaria, la tuberculose,
la diarrhée et la pneumonie se propageront à nouveau."
Dans l' Etat du Mato Grosso, où les conflits
avec les grands fermiers sont nombreux, plusieurs dizaines d'Indiens
ont été assassinés, probablement sur les ordres
de ces grands fermiers.

L'Amazonie vue du ciel (DR)
Les promesses seront-elles tenues ?
Le président du Brésil, Lula, a annoncé
en 2007 un programme destiné à "garantir les
droits et la protection des terres des Indiens". Il promet
la réparation des routes d'accès aux territoires indiens
et l'électricité dans les villages. Il est aussi prévu
d'offrir, grâce à l'électricité, l'accès
à Internet ou à la télévision. Ce projet
correspond aux principales demandes exprimées par les représentants
indiens.
Enfin,
le 8 mai 2008, Lula a lancé le Programme Amazonie Durable
(PAS) qui promet la confiscation des terres déboisées
illégalement, des amendes deux fois plus élevées
contre le commerce des biens provenant des zones déforestées
illégalement, et davantage de policiers sur le terrain pour
faire respecter lapplication des lois.

"Murs" de coton attendant les camions
de transport au bord d'une route transamazonienne
© Fiona Watson/Survival
Pourtant,
juste après cette annonce, la ministre de l'écologie
du Brésil, Mme Silva, a donné sa démission.
Surnommée "l'ange gardien de l'écologie"
par les défenseurs de la forêt, mais aussi "l'ennemi
du développement" par les grands producteurs agricoles,
c'est grâce à elle que le Brésil avait réduit
de 60% les déboisements en Amazonie de 2005 à 2007.
Mais la déforestation a repris depuis quelque temps avec
l'avancée de l'élevage bovin et des plantations de
soja pour les biocarburants.
"Services écologiques" rendus par les Indiens
Le programme de Lula propose aussi de verser des compensations
en argent aux Indiens d'Amazonie pour les "services écologiques"
qu'ils rendent en participant à la protection de la plus
grande forêt tropicale de la planète. Les compensations
pour préserver la forêt sont une vielle revendication
des peuples indigènes de toute l'Amérique latine.
Réunis à Manaus, la capitale de l'Amazonie brésilienne,
leurs représentants avaient déclaré : "Les
populations des forêts qui ne déboisent pas devraient
recevoir leur part des bénéfices des crédits
carbone" (1). par exemple, l'Etat d'Amazonas au nord vient
de mettre en place une "bourse de la forêt" qui
doit servir à payer le travail accompli par les habitants
de la forêt pour préserver leur habitat traditionnel
et réduire la déforestation.
(1) Petit problème de maths pour comprendre
les crédits carbone :
Imaginons qu'une région a le droit d'émettre 18 tonnes
de CO2 (gaz carbonique). La compagnie A ( = les Indiens) en émet
8 tonnes alors qu'elle a l'autorisation d'émettre 9 tonnes.
La compagnie B émet 10 tonnes, pour une autorisation de 9
tonnes.
B doit acheter à A (les Indiens) une réduction d'émission
de gaz d'une tonne pour respecter son autorisation. Ainsi les Indiens
sont récompensés pour leur faible émission
de CO2.
L'or vert de la future Arabie Saoudite
A côté de ces belles promesses, des
dizaines de milliers de km2 continuent d'être sacrifiés
au soja, l'un des plus féroces ennemis de la forêt.
Le Brésil est devenu la patrie de cet "or vert".
Au Mato Grosso, le gouverneur de l'Etat est le plus gros producteur
de soja du monde. Il a construit une ville entière, Sapezal,
pour loger sa main-d'uvre, ses bureaux et stocker ses récoltes;
il a fait bâtir un port pour expédier le soja à
travers le monde. Quand on lui parle de déforestation, il
affirme que la culture du soja est "bénéfique
et aide le pays à se développer". Au total,
70 gigantesques barrages pour l'électricité et l'irrigation
sont prévus dans le bassin amazonien pour 2030.
Les Indiens veulent redonner vie à leurs terres qui ont été
dévastées par les grandes cultures et lélevage.
Le mouvement indigène pour la défense du fleuve Xingu
dans le Mato Grosso demande d'arrêter la construction dun
barrage et d'empêcher celle des 10 autres prévus sur
le Xingu pour irriguer le soja. Le 3 juillet 2006, plus de 150 Xinguanos
représentant 14 nations du Xingu avaient pacifiquement occupé
la zone et réussi à stopper les travaux : "Contrairement
à l'Amazonie, plus au nord, nos rivières sont petites
et l'environnement naturel de la région a déjà
subi d'irréparables dommages, d'immenses étendues
de forêt ont été abattues".
Les Enawene Nawe sopposent eux aussi à
la construction de barrages sur le fleuve Juruena, en amont de leur
territoire. Les Enawene Nawe, qui ne consomment pas de viande, disent
que ces barrages empêcheront les poissons dont ils dépendent
datteindre leurs zones de reproduction.

Enawene Nawe à la pêche
avec leurs nasses à poisson © Fiona Watson/Survival
Le
président a évoqué des centrales
hydroélectriques, mais nous voulons être associés
aux enquêtes d'impact sur l'environnement et disposer du pouvoir
de nous y opposer",
revendique Sandro Tuxa, au nom de l'union des peuples indigènes
du Nordeste. En 1987, le territoire des Tuxa avait été
inondé par le barrage de la centrale d'Itaparica. Vingt ans
après, les discussions
sur les sommes à leur donner pour les indemniser continuent
toujours . "Notre peuple
s'est divisé en trois communautés, et nous avons cessé
tous nos rituels autour du fleuve, qui est mort pour nous puisque
c'est devenu un lac", explique Sandro Tuxa.
De plus, pour améliorer la culture du soja, des entreprises
proposent des pesticides et des semences génétiquement
modifiées (OGM). Les pesticides ont déjà provoqué
des ravages écologiques, le vent portant ceux que déversent
les avions jusque dans les rivières.
Mais le pire est peut-être encore à venir avec les
biocarburants. Vingt millions d'automobilistes brésiliens
utilisent déjà l'éthanol. Les voitures "flex-fuel",
qui laissent le choix entre éthanol et essence, sont un véritable
succès au Brésil. Plus de six cents stations-service
vendent déjà du biodiesel fabriqué avec du
soja. Où vont s'installer les plantations ?
    
L'or noir de la forêt équatorienne
L´Amazonie équatorienne était
encore intacte en 1960, jusqu'à la découverte de gisements
de pétrole qui a transformé ce paradis en enfer industriel.
La population indigène a été déplacée
sans aucun respect et ses territoires ancestraux détruits.
Des routes ont été tracées pour acheminer du
matériel sur place et des oléoducs pour acheminer
le pétrole jusqu´à la mer. Ces gros tuyaux sont
parfois brûlants et les enfants s´y blessent en jouant.
Les déchets toxiques sont abandonnés en pleine forêt
dans des lacs creusés par la compagnie et souvent recouverts
de terre ou laissés à ciel ouvert.
Dans cet enfer, les Indiens sont atteints par des
maladies inconnues d'eux : cancers, infections respiratoires, maladies
intestinales, problèmes de peau. Des bébés
naissent avec des malformations, les femmes enceintes arrivent difficilement
à terme. Les nappes d'eau du sous-sol, chargées de
déchets pétroliers, contaminent les cultures et les
plantes. Le poisson pêché dans les fleuves est devenu
un poison lent.
La médecine traditionnelle indienne est inefficace pour guérir
ces nouvelles maladies et le voyage vers la capitale Quito pour
soigner un cancer est en général trop cher.
En 1993, originaire de Rumipamba, un village indien kichwa de 350
habitants, Maria Aguinda a déposé la première
plainte contre l'entreprise de pétrole Chevron Texaco, car
17 personnes de sa communauté souffraient de maladies nouvelles
et inconnues. C'était le premier pas d´un procès
qui réunit aujourd´hui 30 000 plaignants. Après
14 ans de lutte, les familles attendent le jugement de cette affaire
qui devrait être prononcé par la justice équatorienne
en 2008.
"L'Amazonie sera l'Arabie saoudite du XXIe siècle",
prophétisent certains. Jusqu'à devenir le même
désert ?
Pour en savoir plus sur les Indiens d'Amazonie, tu peux rechercher
dans les archives du journal
:
- les nouvelles de Survival de juin 2008 sur les groupes isolés,
- celles d'avril 2008 sur les Enanewe Nawe
- l'article d'octobre 2007 : L'Amazonie sous l'il
du satellite
- celui de juillet 2007 : Des cousins venus de la forêt
- celui de mars 2007 : L'homme dans le trou
- celui de septembre 2006 : Les Nukak survivront-ils ?
- celui de juin 2006 : Aventures en Amazonie
- celui de mars 2006 : Adieu la boussole, bonjour le GPS
- le dossier de juin 2005 : l'Amazonie brésilienne
- l'article de mars 2005 : Yanomami, l'esprit de la forêt.
- à la page Qui ? les reportages sur les Wayana,
les Jivaro, les Guarani et les Yanomami
- dans la médiathèque, de nombreux titres de
livres, musiques et films
- dans la photothèque, des images des Indiens d'Amazonie
Les mots en gras de l'article sont expliqués dans
le lexique
Dossier réalisé à partir
de Rêves d'Amazonie, catalogue de l'exposition de l'Abbaye
de Daoulas 2005 ; des articles de Courrier International
et du Monde ; le site La déforestation en Amazonie
et surtout le site et les publications de Survival : Les Nouvelles,
n° 62 et 67.
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