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"Lors
de l'accouchement, la sage-femme saupoudre le thé de poudre
de pénis d'ours séché et donne le breuvage
à boire à la jeune femme. Cette pratique est née
d'un vieux mythe qui raconte les amours entre la femme et l'ours"
Anatoli A. Alekseev, écrivain spécialiste
du peuple yakoute de Sibérie
On retrouve nos amis les bêtes dans bien des contes, des proverbes,
des devinettes, tout comme dans les fables de La Fontaine. Les animaux
tiennent souvent les premiers rôles dans les
mythes des peuples indigènes, comme dans cette histoire
où l'ours, le seul mammifère capable de se tenir sur
deux pattes, apparaît comme le père de l'homme.
Dans les religions animistes, on pense que
les hommes, vivants et morts, partagent le monde avec les animaux
et les plantes. Il est essentiel que tous fassent bon ménage
pour que l'ordre soit maintenu. On peut rétablir cet ordre
quand il est détruit. On s'adresse alors aux animaux, on
leur montre du respect, on les imite, on capte leurs pouvoirs, on
leur demande pardon. Les paroles des chamanes, les danses masquées,
les rites d'initiation, les peintures corporelles et les
parures, les offrandes et les sacrifices, les représentations
sculptées ou peintes sont les moyens de communiquer avec
eux. Même à la chasse on leur marque du respect. Le
chasseur s'adresse à sa victime avant de la tuer, et même
après. Il la remercie et demande à son âme libérée
du corps de continuer à fournir aux hommes de quoi se nourrir.
      
Dans le Grand Nord, pour les Inuit...
... quand un chamane inuit veut voler, il
se transforme en ours polaire, car les Inuit trouvent que les mouvements
de l'ours qui nage dans les eaux bleues donnent l'impression qu'il
vole. Pour eux, chasser la baleine
est indispensable, mais pas question de la tuer sans respect. Pour
accompagner les chasseurs sur leurs embarcations, le chamane porte
un masque d'esprit de baleine et des peintures de nageoires sur
la poitrine. Ensemble, ils demandent à la baleine de leur
donner sa chair, mais son esprit restera libre et continuera de
les accompagner. Quand ils ont tué un phoque, les chasseurs
lui déposent quelques gouttes d'eau dans la gueule pour qu'il
n'ait pas soif pendant son dernier voyage.
Pour les Tchouktche ou les
Evenk...
... éleveurs de rennes dans le Grand Nord sibérien,
cet animal est capable lui aussi de voler dans le monde des esprits,
parmi les âmes des ancêtres. Il emmène
le chamane décédé sur son dos et peut même
l'allaiter en attendant qu'il vienne renaître chez les hommes.

Enfant evenk et son ami, un jeune renne
© Alexandra Lavrillier
En Amérique du Nord,
pour les Indiens pêcheurs...
... qui
vivent sur les rivages du nord de l'océan Pacifique, quand
les saumons redescendent vers la mer,
ils sont accueillis par des
cérémonies avec danses et discours de
bienvenue. Chaque année, après avoir remonté
les cours d'eau par bonds puissants, ils bravent les forts courants
pour revenir vers les hommes de la côte et leur apporter le
courage, la fécondité
et la sagesse. Certains masques d'Alaska représentent un
visage avec un nez en forme de saumon bondissant.
On sculpte des
saumons sur
des mâts totémiques et on en cuisine pour certaines
cérémonies, tout en leur adressant des paroles de
respect comme à un grand chef.
En Amazonie, pour les Indiens de la forêt...
... le jaguar nage aussi bien
qu'il grimpe aux arbres et ses yeux lui permettent de chasser autant
la nuit que le jour. Il est fort, sans peur et rusé, capable
de faire fuir les esprits maléfiques qui apportent la maladie.
Il règne sur les vivants comme sur les morts. Pour acquérir
sa ruse et sa force, de nombreux peuples de la forêt se peignent
le corps de motifs qui évoquent l'animal. Ils se parent le
visage de fines et longues moustaches faites de baguettes piquées
dans les ailes des narines ou la lèvre supérieure.
Avec sa peau tachetée, ils se frottent le corps pour guérir
ou se couvrent la tête pour se protéger. (Voir dans
les archives du journal le jeu de septembre 2006)
En Nouvelle-Guinée,
pour les Papous...
... les oiseaux sont les messagers entre les hommes et les esprits.
Une légende raconte qu'un jour un chasseur tira sur un oiseau
de paradis qui s'envola avec sa flèche. Le chasseur le suivit
sur un chemin montant vers le ciel. Au bout du chemin, se trouvait
un village où l'oiseau vivait sous la forme d'un homme.
Leur oiseau le plus sacré est le casoar. C'est un esprit
de la forêt et l'ancêtre d'un clan. (Lire
le reportage sur les Papous à la page Qui ?)
Les Papous asmat vénèrent War, l'aigle
de mer qui n'a peur de rien et le représentent au sommet
de leurs maisons. Pour les Papous iatmul de la vallée du
Sépik, un fleuve de Nouvelle-Guinée, le crocodile
a créé le monde et a montré aux hommes où
il fallait qu'ils s'installent. Il est tellement présent
dans toute leur vie, que les pirogues, comme les tabourets sont
taillés en forme de crocodile.
En Afrique, pour les Peul
...
...éleveurs dans le Sahel
et la savane africaine," La vache, cest
le bonheur ". C'est le symbole du luxe et de la beauté.
On dit qu'un berger peul peut connaître le nom de chacune
des mille vaches de son troupeau, et même le nom de leurs
parents. Il aime ses bêtes comme les membres de sa famille.
Dans une case peul, il y a un autel où l'on
dépose en offrande une calebasse de lait. On réserve
les plus belles calebasses, décorées de pyrogravures,
pour boire la boisson blanche qui donne force et beauté.
Dans la langue peul, on compte cinquante mots pour décrire
le dessin de la robe dune vache, et plus de vingt rien que
pour la couleur.

Vache peul dans un village du nord
du Burkina-Faso
© Sophie Ganeau
Pour les Dogon du Mali ...
...un mythe raconte qu'un lièvre avait
été capturé par un chien. Pour éviter
qu'il ne soit dévoré, son maître le lui retira
et l'emporta chez lui. Avant de le tuer, il l'attacha et tailla
un bois à son image. Curieusement moucheté comme un
léopard, le masque de lièvre sort de sa cachette et
danse en imitant l'animal lors des cérémonies du dama,
organisées pour fêter la fin du deuil des villageois
décédés dans l'année. Il est accompagné
par d'autres animaux, comme le singe, la hyène, la vache
et le lapin.

Masque lièvre dansant dans
un village dogon au Mali
© Sophie Ganeau
Dans de nombreuses cultures, le serpent
...
...est vénéré, redouté, protégé,
adopté par les hommes ou sacré. L'anaconda de la forêt
amazonienne est le plus gros serpent du monde, et les jeunes initiés
doivent essayer de le capturer pour montrer leur force et leur courage.
Le cobra qui se dresse en gonflant et en sifflant est vénéré
en Inde comme une divinité redoutée. Mais le serpent
lové en boucles peut aussi devenir une couche confortable
et protectrice.
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Serpent sculpté dans la pierre devant un
autel hindouiste
© Sophie Ganeau
Pour les Aborigènes d'Australie, le python Arc-en-ciel
a le don de donner la vie en apportant la pluie. Si on le dérange,
il est furieux et envoie le tonnerre et les inondations. (Voir à
la page Qui ? le reportage sur les Aborigènes)
Les sons ou les matières provenant
d'animaux ont aussi des pouvoirs ...
...que les hommes veulent récupérer pour eux. En
Afrique, les objets en ivoire d'éléphant ont souvent
été réservés aux rois, car l'éléphant
est symbole de puissance, de sagesse, de longue vie et de protection.
La queue de la girafe est aussi réservée au pouvoir
royal car c'est l'animal qui domine tout le monde par sa haute taille.
Les griffes et les dents de jaguar ont le pouvoir de tuer et de
rendre invincible. En Amazonie, les chasseurs les portent en collier,
comme les chasseurs et chamanes inuit ou evenk portent celles de
l'ours.
Les cornes ont souvent, elles aussi, des pouvoirs magiques. Celles
du buffle en Afrique et celles du yak au Tibet protègent
les hommes de tous les dangers et malheurs. Celles du rhinocéros
ont des pouvoirs magiques.

Cornes de yak protégeant
l'entrée d'une maison tibétaine
© Sophie Ganeau
La coquille de l'uf d'autruche, le plus grand des oiseaux,
incapable de voler mais bon coureur, apporte bonheur et prospérité.
On la pose au sommet des autels et des mosquées dans les
pays du Sahel et les Bushmen du Kalahari l'utilisent comme
récipients pour conserver l'eau (Lire à la page Qui
? le reportage sur les Bushmen).
La fourrure des félins ou des ours est digne de couvrir
le dos des rois et des chamanes, leur assurant pouvoir, respect
et admiration.
Les plumes multicolores des oiseaux d'Amazonie donnent aux Indiens
la matière première la plus merveilleuse pour confectionner
leurs parures : diadèmes et couronnes, boucles d'oreilles,
pendentifs, pectoraux, bracelets de poignet et de cheville, masques
en plumes de toucan, d'ara, de colibri, d'aigle, d'agami, de martin-pêcheur
ou de perroquet. La cueillette des plumes est compliquée
et le savoir-faire de la plumasserie savante, mais rien n'est trop
difficile pour parvenir à la beauté parfaite et faire
de la vie quotidienne une fête permanente pour remercier les
dieux. (Lire dans les archives du journal, la page
musée vivant de mars 2005)

Jeune Indienne yanomami parée
de baguettes et de plumes
© Victor Englebert. Brésil. 1980 Survival
L'intestin de morse a permis aux Inuit d'inventer le premier K-way
qui protège des tempêtes. (Lire dans les archives du
journal la page Musée vivant de décembre 2007)
Les cris du calao, grand oiseau de la savane africaine au long
bec recourbé, protègent les enfants et accompagnent
l'âme des morts pour leur dernier voyage. En Afrique, chez
les Senufo, un danseur qui porte le masque du calao imite son chant
et mime son envol.
      
Certains animaux sont plutôt des
protecteurs ...
... pour les enfants. Dès la naissance, ils portent des
amulettes contenant des matières animales destinées
à éloigner les mauvais esprits porteurs de maladies.
Ces dents, morceaux de peau séchée, poils et autres
sont souvent serrés dans de petites pochettes qu'ils portent
en collier, bracelet ou ceinture.
Pour certains peuples, la maison est aussi sous la garde des animaux.
Chez les Kassena du Burkina-Faso, le serpent et le lézard
sont sculptés de part et d'autre des portes ou fenêtres.

Serpents et lézards protègent
les maisons des Kassena au Burkina-Faso
© Sophie Ganeau
Pour d'autres peuples, chaque famille est sous la
protection d'un animal totémique. Dans les familles dogon
du Mali protégées par la tortue, le caïman ou
le serpent, on aménage pour cet animal un espace dans la
cour. Chez les Indiens d'Amérique du Nord, c'est le mât
totémique qui veille sur tout le village et chez les Mentawaï
d'Indonésie, c'est l'oiseau sculpté au sommet du toit
de la maison commune. (Lire à la page Qui ?
le reportage sur les Mentawaï)
Dans nos pays, les enfants prennent soin de leur poisson
rouge ou de leur canari. C'est le chien qui garde la maison et,
du haut du clocher de l'église, le coq veille sur le village.
Et quel bébé n'a pas son ours en peluche pour le rassurer
?
Dans les archives du
journal, plusieurs pages parlent des rapports entre les hommes et
les animaux, en particulier le dossier de mars 2007. A
la page Qui ? tu liras les reportages sur de nombreux
peuples indigènes et dans Nous le monde , tu
feras la connaissance d'Anton, un jeune tchouktche de Sibérie,
et d'enfants yanomami et pygmée.
Les mots en gras de l'article sont expliqués
dans le lexique
Dossier réalisé à partir
de Taïga, terre de chamanes (éd. de l'Imprimeris
nationale, 1997); Rêves d'Amazonie, catalogue de l'exposition
de l'Abbaye de Daoulas 2005; Animal, catalogue de l'exposition
du même nom au musée Dapper en 2007; Les animaux
et le sacré de N. Saunders (éd. Albin Michel 1995);
Aborigènes d'Australie, (Découvertes Gallimard
2002); Dictionnaire d'Histoire et civilisations africaines,
de B. Nantet (éd. Larousse); C.R. du Café-géo
du 25 avril 2006 au café de Flore à Paris.
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