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Les
animaux ont créé le monde, c'est bien connu
Pour les Indiens Navajo du sud des Etats-Unis, le coyote
a inventé la voie lactée, les fourmis la turquoise
et le dindon les graines qui donneront les récoltes. Pour
les Hopi, le serpent à sonnettes appelle la pluie
qui vient arroser les champs. Ce sont aussi les animaux qui veillent
sur les hommes. Pour les peuples des Andes, en Amérique du
sud, le condor survole le monde et le protège de ses larges
ailes et de son regard perçant.
Chasser,
c'est parler à l'animal
Roy Sesana, un chef important des Bushmen,
parle ainsi des animaux qu'il chasse :
'Chasser, ce n'est pas du vol. C'est partir, parler et demander
aux animaux. C'est poser un piège ou prendre un arc et des
flèches. Cela peut prendre plusieurs jours. Vous traquez
l'antilope. Elle sait que vous êtes là, elle sait qu'elle
doit vous donner sa force. Mais elle court et il vous faut courir.
En courant, vous devenez comme elle. Cela peut durer des heures
et vous exténuer autant que l'animal. Vous lui parlez et
le regardez dans les yeux. Et il sait alors qu'il doit vous donner
sa force pour que vos enfants puissent vivre.
Le fermier prétend être plus avancé que le chasseur
mais je ne le crois pas. Ses troupeaux ne donnent pas plus de nourriture
que les nôtres. Les antilopes ne sont pas nos esclaves, nous
ne leur mettons pas de clochettes autour du cou et elles peuvent
courir bien plus vite qu'une vache paresseuse ou qu'un berger. Nous
courons ensemble à travers la vie. Lorsque je porte des cornes
d'antilope en parure sur ma tête, cela me permet de communiquer
avec mes ancêtres et ils m'aident.'

Enfant bushman apprenant à chasser
© Stephen Corry/Survival
Pour se nourrir, il faut tuer les animaux, mais cela
n'empêche pas de les respecter.
Lire son horoscope sur un
os d'animal
Les chamanes ont toujours lu les paroles des esprits
en déchiffrant des signes. Les Innu du Canada brûlent
une omoplate d'animal et lisent les craquelures de l'os comme un
langage magique pour savoir où se trouve le gibier. En Afrique,
les devins dogon lisent les traces que dessine le renard
sur un espace de sable où ils ont placé des repères.
Dans l'Antiquité, les Romains lisaient le futur dans le vol
des oiseaux ou les entrailles d'un animal sacrifié.
Pour les peuples indigènes, les animaux sont
toujours très proches des hommes et la vie des uns se partage
avec celle des autres. Pour certains, après la mort, l'homme
renaîtra dans le corps d'un animal. Pour d'autres, les animaux
ont le pouvoir de changer la vie des hommes et le chaman doit les
interroger pour connaître l'avenir.
Pour les Polynésiens, la tortue représente l'espoir
de vivre vieux, la dent de requin symbolise la force, la pieuvre
l'océan. En se faisant tatouer ces images sur le corps, les
hommes se donnent cette force ou cette longévité.
        
Se couper les cheveux avec des dents de piranha
Les animaux fournissent aux hommes toutes sortes de
matériaux pour fabriquer une infinité de choses.
Les peuples nomades fabriquent souvent les toiles de leurs tentes
avec des peaux : dromadaire pour les Touaregs, renne
pour les Tchoutkche, ou avec du poil tissé de yak
pour les Tibétains.
Les vêtements sont bien sûr en peaux d'animaux, avec
la fourrure à l'intérieur pour les régions
du Grand Nord. Les Inuit avaient aussi inventé le
K-way depuis longtemps quand ils cousaient au petit point des morceaux
d'estomac de morse presque transparents pour se faire des coupe-vent
du plus grand raffinement.
Dans certaines sociétés, les tendons fournissent du
fil à coudre, et dans d'autres, les bouses, le combustible
pour le feu.
Les instruments de musique sont fabriqués à partir
de peaux tendues pour les tambours, de tendons pour les cordes,
de cornes pour les trompes, etc.

Joueur de trompe massaï
Mais aussi, que d'objets étonnants, comme les parures de
nez des Papous de Nouvelle-Guinée en os d'aile de
chauve-souris, la colle des Indiens des Grandes Plaines préparée
avec des sabots de bison bouillis, les coquillages cousus sur les
coiffes des femmes de l'Himalaya, à des milliers de kilomètres
de toute mer, les gourdes des Bushmen du Kalahari en uf
d'autruche, les dents de piranha avec lesquelles les Nukak
de Colombie se coupent les cheveux !
      
Un bébé singe
comme doudou
Pour se nourrir, les Nukak de Colombie chassent
le singe. Quand une mère singe est tuée, les petits
sont recueillis au village et deviennent les compagnons de jeu des
enfants. Ils les portent autour du cou, les nourrissent et font
des jeux avec eux. Devenus assez grands pour survivre, ces jeunes
singes sont remis en liberté dans la forêt.
Chez les Wayana de Guyane, les enfants capturent
des perroquets et leur coupent le bout des plumes des ailes. Ils
les apprivoisent pour qu'ils deviennent leurs compagnons de jeu
et les accompagnent pendant les parties de pêche ou de tir
à l'arc.

Chez les Evenk et les Tchoutkche, les jeunes rennes
sont aussi
les compagnons de jeu des enfants qui courent avec eux
dans la neige. © Alexandra Lavrillier
      
Le copain caïman
Pascal Dibie, un ethnologue qui a vécu parmi
les Indiens d'Amazonie et a longtemps observé la faune qui
les entoure, parle ainsi du caïman :
'Le caïman aime la plage, il est aussi le
premier de la classe... Son museau est court et c'est sa queue qui
fait sa force, on en fait de beaux sacs. A la différence
du crocodile, il ne verse pas de larmes, est plutôt léthargique
et se pousse à peine quand on le croise. On aurait tort de
croire qu'il a sommeil quand il baille, non, il chasse... Ce monsieur
aime que le gibier lui tombe tout mort dans le bec, et il attend,
patiemment, au fil de l'eau, que le courant lui porte un agouti,
une poule mouillée, un poisson pourri et, pourquoi pas, un
crocodile. On mange de tout chez les alligators.'
Des dollars en aile de papillon
Il écrit aussi à propos des papillons
: 'L'Amérique doit tout au papillon d'Amazonie. Elle
lui doit son pouvoir, sa force : le dollar. Dans la grande forêt
toujours verte à trois étages, les morphos bleus volent
pour l'Amérique. Ils s'alimentent de chlorophylle pour que
le dollar respire d'un beau vert argenté. On le capture,
on l'épingle, on le sèche. Alors l'Américain
prend ses ailes, les concasse et les mélange à la
pâte de son papier monnaie. Le billet vert doit ses reflets
aux papillons d'Amazonie.'
      
Pour en savoir plus, tu peux lire dans le journal
le dossier d'avril 2008, aller à la page Qui ?
pour lire les reportages sur des peuples indigènes. Tu peux
aussi chercher les réponses au jeu du journal de
mars 2007.
Les mots en gras de l'article sont expliqués dans
le lexique
Dossier réalisé à partir
de la documentation de Survival, de Wikipédia et de nombreux
articles parus dans divers magazines.
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