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"Il
n'y a pas de place pour les populations autochtones,
il n'y a pas de sièges pour les peuples indigènes"
déplore Marcial Arias, représentant du peuple kuna
du Panama
à la conférence de Bali
Des représentants des peuples
indigènes du monde entier ont affirmé être exclus
des discussions pour leur avenir à la conférence de
Bali sur le climat en décembre
2007. Ils ont manifesté en portant symboliquement sur le
visage un bâillon affichant "UNFCCC", les
initiales en anglais de la Convention
de l'ONU sur les changements climatiques.
"Ils veulent que nous implorions à genoux pour pouvoir
prendre la parole, mais nous avons le droit de participer",
a ajouté Marcial Arias. "La convention sur les changements
climatiques ne devrait pas écarter les peuples indigènes.
Si nous ne pouvons pas nous exprimer, c'est un crime contre l'humanité",
a affirmé Alfred Ilenre, de l'ethnie edo du Nigeria.
Les
peuples indigènes ne sont pas responsables du réchauffement
climatique, mais ils en sont sûrement les premières
victimes, en particulier ceux du Grand Nord.
Les maisons sur ski des Inuit
Au nord du cercle polaire arctique, l'atmosphère
se réchauffe plus vite que nulle par ailleurs sur terre.
Au nord-ouest de l'Alaska, une étroite île de sable
est devenue le symbole de ce réchauffement. Depuis une génération,
le village de Shishmaref subit la montée de l'océan
Arctique, qui se dilate à mesure que le climat devient plus
chaud.
A chaque tempête, les vagues grignotent la
plage sur laquelle une communauté inuit est installée
depuis des siècles. Des dizaines de maisons en préfabriqué
ont dû être déplacées. Depuis 2000, plusieurs
ont glissé dans les eaux. Les maisons vont donc être
posées sur des skis et déplacées vers l'intérieur
des terres.
Risques d'accidents et d'empoisonnement
En fondant, la glace qui recouvre la mer est moins
épaisse et se fractionne, rendant les voyages sur la banquise
plus longs et plus dangereux pour les chasseurs inuit. La solidité
de la surface est incertaine, et les noyades sont désormais
courantes. Le temps étant de plus en plus instable, il est
plus difficile de prévoir la météo et les chasseurs
sont souvent surpris par une tempête ou une fonte inattendue
des glaces.

Halte sur la banquise © B&C Alexander /
www.arcticphoto.co.uk
Pour s'adapter, les hommes partent pour des chasses
plus courtes et utilisent le GPS pour se diriger dans des tempêtes
inhabituelles. Mais ces équipements sont coûteux. Beaucoup
ne peuvent pas se les offrir et perdent leur situation respectable
dans la communauté.
A cause de la fonte de la banquise, ils doivent chasser
de plus en plus sur l'eau. "Le problème, quand on
tire les phoques dans leau, cest quil faut faire
attention quils ne plongent pas ou ne coulent pas,
sinon ils sont perdus" commente un chasseur. "Quand
on chassait sur la glace, le phoque restait sur place quand on labattait.
Les courants marins transportent des eaux toujours
plus polluées vers le Grand Nord. L'ours polaire, qui se
situe en bout de chaîne alimentaire animale, absorbe désormais
des quantités accrues de produits toxiques comme les dioxines
et le mercure, dangereux pour la santé. Ces produits se retrouvent
dans l'organisme des Inuit qui se nourrissent de viande d'ours et
ont même été détectés dans le
lait maternel de femmes inuit en quantité importante. De
plus, l'ours meurt de faim lorsquil ne peut pas attraper de
phoques sur la glace. Chasser en nageant l'épuise, et on
constate que les ours maigrissent et n'arrivent plus à alimenter
leurs petits.
De nouvelles routes maritimes
autour du Pôle Nord
Quand la banquise fond, locéan se dégage.
Des voies maritimes jusque-là praticables uniquement quelques
semaines par an deviennent de vraies autoroutes de la mer : locéan
Arctique libre de glace mettrait le continent américain à
deux pas de lAsie. Mais il y a mieux : le réchauffement
climatique pourrait rendre praticable toute lannée
le fameux passage du Nord-Ouest, la difficile route qui relie le
Groenland à lAlaska en passant entre les îles
du nord du Canada.
Aujourdhui, pour acheminer des marchandises
entre Londres et le port japonais de Yokohama, les navires doivent
passer par le canal de Panama, en Amérique centrale. Demain,
le passage du Nord-Ouest, devenu praticable, offrira un trajet bien
plus court, de 15 930 km au lieu de 23 300 km. Dire qu'en 1905,
l'explorateur Amundsen avait réussi à relier le Groenland
à lAlaska en deux ans !

Les prévisions montrent que lArctique pourrait être
libre de glace dès 2030. Chacun s'active pour profiter, le
jour venu, de cette nouvelle route. Si la saison navigable sallonge
de plusieurs mois, certains pensent aussi que ce serait très
positif pour un pays qui a bien peu de routes. Les Inuit aussi pourraient
y trouver leur avantage.
Encore plus important : qui va surveiller, et surtout préserver
la qualité des eaux et des côtes de la région
des immenses risques de pollution, une marée noire étant
le danger plus redouté ? Par ces routes maritimes internationales
passeront non seulement des navires mais aussi un nombre de plus
en plus important de pêcheurs, de touristes en tous genres,
des trafiquants de peaux d'ours et ou de défenses de morse
pouvant entrainer à terme une diminution des ressources locales
et une inquiétante perte pour la biodiversité.
Une autre des conséquences attendues des modifications
du climat pourrait-être une augmentation des espèces
marines toxiques. En effet, comment prévenir une migration
vers le nord d'espèces pouvant être dangereuses pour
lhomme et les animaux ? Que se passerait-il, si des micro-algues
répondant aux doux noms dAlexandrium tamarense,
de Dinophysis ou Pseudo-nitzschia, responsables dempoisonnements
paralytiques, débarquaient dans les eaux réchauffées
de l'Arctique ? Elles pourraient contaminer coquillages et morses
et même intoxiquer les Inuit, friands de moules bleues.
Les rennes des Saami parqués
dans des fermes
"L'homme ne doit pas nourrir le renne, c'est
le renne qui doit nourrir l'homme" dit-on au pays du Père
Noël. Le plateau du Finnmark, une immense étendue glacée
et quasi désertique du Grand Nord norvégien, en plein
cur de la Laponie, est maintenant parcouru de scooters des
neiges chevauchés par des éleveurs de rennes saami
pressés et inquiets, tirant derrière eux un traîneau
chargé de fourrage. Ils parcourent ainsi des dizaines de
kilomètres dans une neige épaisse pour aller nourrir
leurs troupeaux de rennes éparpillés sur le plateau
à la recherche de pâturages.
L'hiver 2007-2008, plus doux que la normale a eu pour
conséquence d'abondantes chutes de neige, avec une alternance
de pluie, de redoux et de gel qui a transformé la neige en
couches de glace polie par des vents également plus forts.
"Sur la plupart des pâturages, il y a trois ou quatre
couches gelées qui se superposent, constate John Haetta,
un éleveur saami. Avec en plus les quantités de
neige qui sont tombées, il devient presque impossible pour
les rennes de casser la glace pour accéder au lichen, leur
seule nourriture en hiver."
En cas d'été sec et chaud, comme en 2003, les rennes
ont aussi moins à manger parce que l'herbe est rare et de
mauvaise qualité. Les rennes, aujourd'hui semi-sauvages,
pourraient un jour devoir être parqués dans des fermes,
ce qui changerait radicalement le mode de vie nomade des
Saami.
Mais ces changements climatiques ne font pas que des
victimes. Ils donnent aussi de grands espoirs aux industries pétrolière
et gazière norvégiennes, qui sont en train de faire
de cette région arctique leur nouvel eldorado. Aujourd'hui,
le Parlement saami de Norvège exige que les autochtones
obtiennent une part des revenus du gaz et du pétrole exploités
dans leur zone.
Champignons radioactifs
en Sibérie
Comme les Dolgane, les Nganassane, les Evenk,
les Evène, les Yakoute ou les Tchouktche, Les Nenets,
un peuple d'éleveurs de rennes depuis la nuit des temps,
vivent dans le Nord de la Sibérie.

Course de traîneaux chez les Evenk © Alexandra Lavrillier
Au campement, chaque matin, un homme attelle un traîneau
et part avec quelques chiens rassembler près de trois cents
rennes pour les ramener au corral. Au centre de ce dernier, fermé
par les femmes avec une corde, les hommes décident du programme
de la journée et choisissent les bêtes qui seront attelées.
Tous les deux ou trois jours, la communauté qui dispose de
quatre-vingts traîneaux et de quinze chiens pour veiller sur
un troupeau de deux mille rennes, doit déplacer son campement
de quelques kilomètres à la recherche de nouvelles
pâtures.
Pour eux aussi, les grandes industries sont une menace.
Grâce au réchauffement, elles exploitent de plus en
plus facilement les territoitres où vivent ces peuples, tout
en prenant soin de les priver des bénéfices du nickel,
du platine, de l'aluminium, du gaz, etc.
Les grandes installations industrielles ont déjà
bien pollué des régions sibériennes et dans
certaines zones devenues radioactives, la cueillette des champignons
et des baies présente un danger d'empoisonnement pour la
population locale qui s'en nourrit traditionnellement.
Course au trésor dans
l'Arctique
D'après certains chercheurs, près d'un
quart des réserves mondiales non découvertes de pétrole
et de gaz se trouverait dans la zone arctique. On pense aussi que
les fonds marins y cachent d'énormes ressources en or, diamant,
nickel ou autres minéraux, mais personne n'en a encore rapporté
la preuve. Le réchauffement permet désormais d'accéder
plus facilement à ces nouveaux espoirs de richesse jusque
là préservées grâce à un climat
extrême.
Chaque pays a pour but de gagner des droits à
exploiter ces trésors en tentant d'établir des preuves
géologiques : il s'agit de prouver que le fond de l'océan
est bien à lui. C'est ainsi que les Russes proclamaient en
2007 que l'analyse des échantillons géologiques avait
démontré que la zone où ils avaient planté
leur drapeau au fond de l'océan Arctique, à plus de
4000 m de profondeur, ne pouvait qu'être russe "puisqu'elle
est le prolongement du plateau continental sibérien"
: 10 milliards de
tonnes de pétrole et de gaz gagnés pour les premiers
arrivés !
Quest-ce qui est pur, rafraîchissant
et a plus de 10 000 ans ?
Leau des glaciers, bien sûr. Alors que
les experts du monde entier salarment des conséquences
de la fonte des glaces, certains songent déjà aux
moyens d'en faire une bonne affaire. Lan dernier, 164 milliards
de litres d'eau en bouteille ont été bus dans le monde.
Or le Groenland, recouvert dune immense calotte glaciaire,
a déjà, grâce au réchauffement, plus
deau que ses habitants ne peuvent en boire. Alors pourquoi
ne pas la mettre en bouteille ? La première "eau de
glace" pourrait être produite dès 2009.
Mais le Groenland a décidé que lexportation
de leau et de la glace récoltées sur son territoire
devrait être effectuée sous le contrôle des autochtones,
étant donné la qualité particulière
de cette ressource. La vente de cet or bleu devra profiter aux habitants
du territoire et à eux seuls.
Comment se préparer
à ces bouleversements ?
Les Inuit sont nombreux à estimer que le changement
est trop rapide. Dans un endroit où la plupart des gens se
nourrissent encore du produit de la chasse, l'inquiétude
grandit devant ces bouleversements climatiques qui risquent de mettre
fin à un mode de vie datant de la fin de la dernière
période glaciaire. "Nous sommes un peuple qui vivait
dans des igloos il y a encore cinquante ans", rappelle
Sheila Watt-Cloutier qui dirige la Conférence circumpolaire
inuit, une organisation mondiale de défense de la culture
inuit. "Aujourd'hui, la Terre change littéralement
sous nos pieds."
Aussi étonnant que cela puisse paraître
dans une localité dont les habitants écorchent et
sèchent toujours les phoques devant leurs maisons, certains
voient déjà, en bordure du passage du Nord Ouest,
le prochain Singapour.
De nos jours, les Inuit et les autres peuples du Grand
Nord sont touchés par de multiples fléaux : familles
brisées, alcoolisme, taux de suicide élevé,
pauvreté et racisme. Mme Watt-Cloutier craint que la destinée
de son peuple ne se trouve entre les mains d'étrangers qui
voient un eldorado là où les Inuit ne voient que leur
pays. Chaque fois qu'un nouveau navire arrive ou que les glaces
libèrent un autre coin d'océan, l'isolement qui les
a protégés depuis cinq mille ans fond un peu plus.
Tu peux compléter ce dossier
en recherchant dans les archives
du journal plusieurs articles sur les Saami,sur le Nunavut et sur
l'ours blanc. A la page "qui ?" tu liras les reportages
sur les Saami et les Inuit.
Dans la photothèque tu
verras des images des Khanti, et dans "Nous le monde"
, tu feras la connaissance d'Anton, un jeune tchouktche de Sibérie.
Les mots en gras de l'article sont expliqués
dans le lexique
Dossier réalisé à partir
d'articles de Libération, Le Monde et Courrier
International
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