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A l'occasion de la coupe du monde de rugby, beaucoup
de gens se demandent d'où vient le haka des
All Blacks, l'équipe néo-zélandaise.

©
Patrick Othoniel
En Nouvelle-Zélande, les écoliers
maori connaissent tous le haka. Dans les villages,
la culture maori reste bien vivante et on peut souvent assister
à un haka. Selon la tradition, chaque
tribu avait plusieurs haka et exécutait
ces danses de guerre avec frénésie, comme s'il
s'agissait encore d'un combat à mort.
Avant l'arrivée des colons il y a quelques siècles,
sur le champ de bataille les deux camps ennemis se plaçaient
face à face. « Imaginez la scène,
raconte l'écrivain néo-sélandais
Alan Duff, un millier de guerriers maori quasiment
nus, avec le visage, les fesses et les cuisses tatoués,
imprégnés d'une culture de guerre, des cannibales
avides de dévorer, cuite ou crue, la chair de leur
ennemi. Chacun de ces guerriers s'est enduit d'huile de requin
nauséabonde.»
Les jeunes hommes étaient élevés dans
l'idée que les autres tribus n'existaient que comme
ennemis. On devait les battre, puis les dévorer pour
acquérir leur force et leur courage.
Avant la lutte, poursuit Alain Duff, un homme lance : « E-A-HA-HA ! »
et « mille paires de mains résonnent
contre des poitrines aux muscles tannés comme du vieux
cuir. Un hurlement assourdissant résonne dans la forêt
alentour. Les chefs trépignent et sautillent tout en
veillant soigneusement au bon déroulement des choses.»

Le sol tremble sous le martèlement des pieds. «
La salive écume aux coins des lèvres, les langues
s'étirent, les yeux sortent des orbites... Les mains
qui claquent et cognent sur la peau produisent un son inquiétant.
Mille coudes frappés par les mains noueuses des guerriers
font comme un grondement de tonnerre. Les poitrines mugissent
comme le roulement de mille tambours.»
La danse décrit la mort qui s'annonce. C'est une véritable
« uvre d'art vivante » qui mime comment
les vainqueurs fendront les poitrines pour en extraire le
cur et le dévorer, arracheront les yeux pour
les avaler tout ronds et boiront le sang. Ainsi ils ingurgiteront
même l'esprit de l'ennemi, avec toute la richesse de
ses pensées. Après ce festin cannibale, ils
rentreront au village emportant les têtes comme trophées
à exposer.

Aujourd'hui, le haka des All Blacks a gardé
un peu la même signification, même s'il n'est
pas question de tuer pour dévorer l'équipe adverse.
L'équivalent actuel de l'ancien rite pourrait être
: « Boire dans la coupe du monde ».
Les mots en gras sont expliqués dans le
lexique.
D'après un texte de
Alan Duff , paru dans 'Le Monde'
du 21 septembre 2007.
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