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C'est en Amérique latine que sont nées
les premières expériences de tourisme équitable
chez des peuples indigènes. Il s'agit de faire
venir des touristes dans des communautés indiennes
et de leur faire partager pendant quelques jours la vie des
familles, leur nourriture, leurs maisons, leur travail. Il
s'agit aussi d'apporter un peu de richesse dans ces villages,
car l'argent dépensé par les touristes revient
à la communauté qui les accueille.
Ce sont des régions difficiles d'accès,
où les touristes doivent oublier leurs habitudes de
confort, s'adapter aux moustiques et à la chaleur et
renoncer au téléphone portable. Mais que de
choses passionnantes en retour! Les modes de vie de ces peuples
indigènes sont les richesses qui constituent le patrimoine
de l'humanité et qui risquent de disparaître
si personne ne s'y intéresse. Leurs territoires
sont souvent menacés par la déforestation,
les grands chantiers de routes et de barrages ou l'exploitation
du pétrole et des métaux du sous-sol. Peut-être
que ce nouveau genre de tourisme en aidera certains à
se défendre.
      
Voici deux exemples de tourisme équitable
en Amérique latine.
Au Venezuela, dans les monts Pacaraïma
près de la frontière brésilienne, des
Indiens pemon ont pu emprunter un peu d'argent pour
aménager des gîtes pour les touristes dans leurs
villages et apprendre le métier de guide. Ils ont acheté
des mules pour les emmener sur les sentiers escarpés
qui serpentent dans l'épaisse forêt. Grâce
à leur parfaite connaissance du territoire, ils font
découvrir aux visiteurs les secrets de la nature et
les traditions ancestrales de leur peuple.
Au menu du dîner chez Romulo, du maïs,
du buf, des goyaves et des bananes, avant d'aller jouer
au foot avec les enfants du village. A la veillée,
les vieux racontent les histoires d'autrefois, puis on va
se coucher dans une maison au toit de palme, avant de reprendre
la randonnée au petit matin.
      
Au Guyana, un pays voisin du Venezuela, les
Indiens makuxi organisent des voyages à travers
la forêt et la savane pour faire observer aux visiteurs
la faune et la flore. On descend la rivière Burro Burro
en silence, portés par le courant dans des canoës
creusés dans des troncs d'amarante. Singes hurleurs,
perroquets araponga, loutres, terribles mouches noires kaboura,
fourmiliers géants de deux mètres de long, nuées
d'étourneaux, insaisissables aigles harpies d'une férocité
redoutable, vastes étangs couverts d'immenses nénuphars
emblèmes du Guyana : l'il est partout aux aguets.

Enfants makuxi du Brésil
© 1996 Fiona Watson/Survival
Au menu du repas chez Sydney, qui est le
touchau (chef du village) de Surama : du manioc, du miel
sauvage et toutes sortes de fruits de la forêt. Ici
on dort dans des paillotes qu'il a construites pour ses clients.
L'école a été bâtie grâce
à l'argent apporté par ce tourisme d'un nouveau
genre.
      
Mais attention, l'arrivée de touristes
pose des problèmes à ces communautés
amérindiennes qui ont vécu isolées
du reste du monde pendant des siècles. Avec cette brutale
ouverture, de nouveaux maux apparaissent. On a pu constater
que les enfants découvrent l'argent et apprennent à
mendier. Les cérémonies ancestrales se
transforment parfois en vulgaires spectacles pour les visiteurs.
Les artisans commencent à fabriquer des souvenirs de
mauvaise qualité pour les touristes, à la place
des objets traditionnels destinés aux rites
et aux usages domestiques. Certains villages deviennent des
sortes de zoos humains où les Blancs distribuent des
bonbons et des gadgets aux Indiens comme s'ils étaient
devant des singes.
La richesse des cultures indigènes
ne doit pas disparaître sous prétexte que le
tourisme apporte un peu de richesse dans les villages isolés.
D'après Courrier
International du 20 avril 2006, Libération
du 7 janvier 2006 et Le Figaro du 8 mai 2006
Les mots en gras sont expliqués dans
le lexique.
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