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La création des parcs naturels est une idée
des pays riches soucieux de protéger la nature, mais
aussi de développer le tourisme. Mais la plupart du
temps, ceux qui décident de la création d'un
parc naturel ne se soucient pas des peuples qui vivent sur
ces terres. Elles sont en général leur garde-manger
et abritent aussi leurs lieux sacrés.
Quand les parcs ont été créés,
les habitants ont souvent été expulsés
et obligés d'aller vivre sur de nouvelles terres qu'ils
n'ont pas choisies. Quand ils ont été autorisés
à rester, ils étaient privés du droit
de chasser, de pêcher et de couper le bois.
Parfois on les laisse davantage vivre sur place, mais à
condition qu'ils conservent leur mode de vie traditionnel
et constituent une attraction supplémentaire pour les
touristes. On les empêche de se moderniser et de choisir
leurs vêtements, leurs outils, leurs armes de chasse
et leurs moyens de transport. On essaie de les 'conserver',
comme on conserve la nature dans un état soit-disant
sauvage. Pourtant ce sont bien ces peuples indigènes
qui ont été les protecteurs de cette nature
depuis des siècles.
        
En Tanzanie, le peuple massaï a été
expulsé de ses terres situées dans le cratère
du Ngorongoro quand a été créé
le parc national du Serengeti. Considéré comme
une des merveilles du monde, ce parc attire des millions de
visiteurs qui viennent admirer une faune particulièrement
riche : lions, éléphants, zèbres, girafes
et bien d'autres espèces.

Jeune Massaï © Adrian
Arbib/Survival
La perte de leurs pâturages empêche les Massaï
d'élever leurs troupeaux et les oblige, malgré
les interdictions, à cultiver la terre sur laquelle
on les a installés. Ils vivent dans la pauvreté
et réclament une nouvelle loi qui leur permettrait
de contrôler les terres qui leur ont été
confisquées et sur lesquelles de riches entreprises
obtiennent pourtant sans difficultés le droit de construire
des hôtels pour les touristes.
        
La Nouvelle-Zélande, pays du peuple maori,
était une colonie anglaise à la fin du XIXéme
siècle. C'est un chef maori, Te Heuheu Tukino IV, qui
a proposé de confier les terres sacrées de son
peuple au roi d'Angleterre pour qu'il les protège.
C'est ainsi qu'est né le premier parc national du pays,
mais à l'époque, on ne pouvait deviner qu'il
aurait autant de succès. Aujourd'hui, on compte jusqu'à
1000 visiteurs par jour qui viennent randonner et skier autour
du volcan Ruapehu, dans des paysages splendides.
Or ces montagnes sont l'âme des Maori, leur source
de vie. Les rivières qui s'en écoulent nourrissent
les hommes, les animaux et les plantes. Les Maori respectent
ces sommets au point qu'autrefois ils ne s'en approchaient
que couverts d'une coiffe spéciale qui empêchait
de les regarder. Ils se rendent en pélerinage pour
se baigner dans les lacs dont les eaux guérissent et
ils viennent prier auprès des ossements de leurs ancêtres
enterrés là.

Tatouage maori © André
Rau/Survival
' Nous ne possédons pas ces terres, nous en sommes
seulement les gardiens' dit un chef. Mais quand les Maori
voient des skieurs monter en télésiège
sur ces volcans sacrés, pour le grand chef des Ngati
Rangi 'c'est aussi irrespectueux que d'uriner dans une
église'.
De plus, beaucoup de Maori sont pauvres et voudraient bien
profiter de la richesse apportée par les touristes.
Ils demandent que leurs enfants puissent faire les études
nécessaires pour trouver du travail dans le parc, au
lieu de devoir aller chercher des emplois dans les villes
où ils vivent dans des conditions souvent misérables.
        
Actuellement une nouvelle idée commence à se
répandre : on pense que les parcs peuvent aider les
peuples indigènes à sortir de la pauvreté,
comme dans le parc Kruger en Afrique du Sud.
3000 Makuleke avaient d'abord été expulsés
lors de la création du parc en 1969. Mais en 1998,
le gouvernement a décidé de leur rendre 24 000
hectares, et en 2003 les Makuleke eux-même ont demandé
à une société de tourisme éthique
de créer un luxueux campement (lodge) de 20 tentes
où les touristes viennent admirer antilopes, singes,
buffles, éléphants et même bientôt
un rhinocéros, récemment ré-introduit.
Ce sont des Makuleke qui constituent la patrouille anti-braconnage
et 57 d'entre eux travaillent au lodge. Quelques-uns, particulièrement
doués, prétendent même en devenir un jour
patron. Les bénéfices récoltés
ont déjà servi à construire de nouvelles
classes d'école, un centre d'artisanat et à
développer un potager. 'Notre cauchemar est devenu
une bénédiction' dit John Chauke, le vieux
barman makuleke du lodge.
Pour compléter cet article, tu peux suivre dans les
archives du journal, les nouvelles de Survival qui relatent
l'histoire des Bushmen expulsés de la Réserve
du Kalahari au Botswana.
D'après Les Nouvelles de Survival
numéro 35, Géo de mars 2005 et Le
Soir du 25 janvier 2006
Les mots en gras sont expliqués dans le
lexique
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