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Un territoire pour un seul
homme
En Amazonie brésilienne, le bureau des affaires
indiennes, la FUNAI, a agrandi cet automne un territoire
indigène à l'intention d'un seul homme, un Indien
que les employés de la FUNAI ne sont jamais parvenus à
apercevoir et dont ils ignorent à peu près tout. Seule
certitude : cet Indien, qui paraît être le dernier survivant
d'un groupe disparu, évite soigneusement tout contact avec
les Blancs. Lorsqu'on essaie de l'approcher, il s'enfuit dans les
recoins les plus obscurs de la forêt ou, s'il n'a plus le
temps de disparaître, se terre dans le trou qu'il a creusé
dans sa hutte. C'est ainsi qu'est né son surnom 'l'homme
dans le trou'.

La hutte de l'homme dans le trou ©Survival
'L'homme dans le trou' n'est pas le seul Indien à
éviter tout contact avec des étrangers. La FUNAI estime
qu'il y a plus de quarante peuples indiens au Brésil qui
refusent le contact avec le monde extérieur. Certains ont
tellement souffert du contact avec les Blancs qu'ils ne comptent
plus que quelques personnes, parfois moins de cinq. Ces peuples
disparaîtront bientôt totalement. Dans les pays riches,
on se soucie de protéger des races d'animaux ou des espèces
de plantes pour qu'elles continuent à exister. Et se soucie-t-on
des hommes ?
Ces groupes sont repérés au hasard
dans la forêt, à partir de quelques traces laissées
derrière eux ou à l'occasion d'une rencontre imprévue
au bord d'une rivière. On connaît aussi des histoires
d'Indiens survivant en solitaires pendant des années après
que tous les membres de leur communauté aient été
exterminés. Ils vivent dans la peur d'un nouveau contact
comme celui qui fut mortel pour leurs proches.
                  
Une hutte écrasée au bulldozer
Les Indiens ont de tout temps été considérés
comme des indésirables par les colons, agriculteurs, éleveurs
ou chercheurs d'or affamés de terres à conquérir.
Les employés de la Funai ont entendu parler pour la première
fois de 'l'homme dans le trou' en 1996. Quand ils sont venus
sur place pour tirer l'affaire au clair, les propriétaires
de ranchs de la région leur ont affirmé qu'aucun Indien
isolé n'y habitait. C'est en cherchant dans la forêt
voisine qu'ils sont tombés sur les restes d'une hutte écrasée...
au bulldozer.
la Funai a tenté d'en savoir plus sur le mystérieux
personnage, mais sans succès. L'an dernier, une expédition
a réussi à s'approcher de sa cabane avant qu'il ait
eu le temps de fuir. Mais le face-à-face a failli très
mal tourner quand l'homme, surpris, a refusé de se montrer
et a décoché des flèches sur les visiteurs,
en touchant un à la poitrine.
                  
De quoi survivre, mais jusqu'à quand
?
Fiona Watson, qui travaille pour Survival, s'est également
rendue sur place en 2005. Après plusieurs jours de marche
dans la forêt, elle est tombée sur une hutte vide mais
a pu recueillir quelques indices sur son occupant. 'Il vit de
chasse, de cueillette et de petite agriculture', indique-t-elle.
'Devant sa hutte, il y avait un peu de manioc, des plants de
maïs et un papayer. Dans les environs, nous avons découvert
plusieurs pièges à gibier, des grands trous de 2 à
3 mètres de profondeur hérissés de piques.
De quoi survivre, mais jusqu'à quand ?' Fiona Watson
espère que 'l'agrandissement du territoire indigène
de Tenaru, qui est passé de 50 à 80 km2, devrait lui
permettre de respirer un peu et lui assurer un plus grand périmètre
de chasse et une meilleure protection.'
Mais les éleveurs qui encerclent son domaine respecteront-ils
les droits de l'homme dans le trou ? Rien n'est moins sûr.
'L'un d'entre eux paraissait amical, se souvient-elle, mais
les autres non. Et pourtant, un Indien aussi traumatisé mérite
de finir ses jours en paix.'
                  
Dans les archives du journal,
tu peux aussi lire le dossier de septembre 2005 sur les peuples
non-contactés.
D'après les informations de
Survival International et un article d' Etienne Dubuis paru dans
'Le Temps', Genève le 24 novembre 2006.
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