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'Quand
tu es porteur dun savoir,
tu as le devoir de
le transmettre'
Parole evenk
Les Evenk sont un peuple nomade qui vit dans la taïga
en Sibérie. Ils sont éleveurs de rennes et restent
isolés du monde extérieur pendant une grande partie
de l'année. A l'époque du communisme en Russie, les
parents evenk parlaient ainsi de leurs enfants qui étaient
obligés d'aller à l'école russe. 'Ils vivent
enfermés à linternat entre quatre murs ou errent
dans les rues de la ville. Ils ne parlent plus que russe et perdent
notre langue. De plus, ils sont malheureux. Quant à nous,
nous passons des mois dangoisse dans la taïga à
être inquiets pour eux'.
©
Alexandra Lavrillier
Dans les rondes chantées, un rite où
les Évenk expriment dans de longues improvisations ce quils
ont sur le cur, les femmes chantaient, la voie cassée
démotion : 'nos enfants sont en train de devenir
russes, le savoir-vivre de nos ancêtres disparaîtra-t-il
? Souvenez-vous de mes paroles, je chante pour le meilleur'.
'Nous voulons que nos enfants puissent suivre l'école
tout en restant avec nous dans la taïga. Nous voulons
leur transmettre ce savoir immense sur lenvironnement naturel
indispensable à la vie du troupeau de rennes et à
la pratique de la chasse'.
    
Une jeune femme française qui vit parmi les Evenk a réfléchi
à un projet décole qui soit à la fois
de grande qualité, qui suive les familles nomades dans leurs
migrations et qui rassemble un grand nombre denfants. Elle-même
est mariée avec un éleveur de rennes evenk et a une
petite fille d'âge scolaire.
'Jai d'abord recherché des enseignants evenk qui
acceptent de travailler dans ces conditions difficiles. Puis je
me suis renseignée sur les possibilités techniques
davoir une source délectricité et du matériel
multimédia dans la taïga'.
En 2004, elle a créé lassociation franco-évenk
Sekalan afin de récolter de l'argent, et en 2005 elle a réussi
à faire fonctionner lécole nomade.

© Alexandra Lavrillier
'Lessentiel est de commencer, le reste suivra' disent
les Évenk. Ils ont raison. Cest en février que
le convoi partait enfin dans la forêt, avec deux enseignants
et un guide évenk. Le matériel scolaire, l'ordinateur
portable, le générateur électrique et les tentes
étaient ficelés sur des traineaux tirés par
des rennes.
     
Les enfants nomades peuvent donc maintenant rester dans la taïga
non loin de leurs parents tout en suivant l'école. Ils reçoivent
des cours normaux, et participent à des activités
originales :
- Ils apprennent les traditions evenk avec la littérature
orale et les jeux : ils réalisent de petits travaux multimédia
sur la vie nomade et sur leur environnement naturel. Ces travaux
seront ensuite reproduits et diffusés dans d'autres écoles
de Russie où vivent d'autres enfants evenk.
- Ils reçoivent des informations sur la vie en ville, léconomie
mondiale et les traditions des autres peuples de Sibérie
et du reste du monde, et cela en trois langues, l'evenk, le russe
et l'anglais.
- Grâce au multimédia, ils vont bientôt pouvoir
communiquer avec d'autres écoles. Une correspondance régulière
devrait commencer avec des classes du Chili et de France.
     
Ces cours spéciaux passionnent aussi les parents qui viennent
volontiers y prendre part pour transmettre quelques-uns de leurs
savoir-faire. 'Enfin nous sommes redevenus les maîtres
de léducation de nos enfants'. La présence
des enfants sur le campement a redonné du dynamisme à
la vie nomade et le but est que les Evenk puissent prendre eux-même
les commandes de lécole.
Ainsi parents et enfants sont redevenus propriétaires de
leurs mythes qui racontent la création du monde. Leur
héro Tchinanaj, après avoir disparu pendant
plusieurs décennies, est revenu vivre au quotidien parmi
eux.
Cette école nomade apporte à sa manière sa
participation à la sauvegarde du patrimoine culturel mondial.
Pour en savoir plus, tu peux aller à la page Qui ?
et cliquer sur 'Evenk'
Les mots en gras sont expliqués dans le
lexique
Dossier réalisé grâce
à la précieuse collaboration d'Alexandra Lavrillier,
ethnologue et fondatrice de l'école nomade.
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