| |
"Waynau bii"
Les images resteront longtemps dans la mémoire
des Indiens du Brésil. A Brasilia, la capitale, le 27 août
dernier, Joênia Batista de Carvalho s'avance vers les onze
juges de la Cour suprême. Sur ses joues, elle a peint trois
traits rouges, deux horizontaux et un vertical, symboles traditionnels
de force et de loyauté. Ils contrastent vivement avec ses
longs cheveux noirs qui retombent sur sa robe d'avocate. Joênia
ouvre sa plaidoirie avec deux mots prononcés en wapixana,
la langue de son peuple : "Waynau bii" ("Assez
de violence").
Première avocate amérindienne du Brésil, sa
voix est vibrante d'émotion. Elle parle au nom des communautés
indiennes qui l'ont chargée de les défendre devant
la Cour. Les juges ont pour mission de définir les limites
de la réserve Raposa-Serra do Sol.
Grande comme la moitié de la Belgique, cette réserve
abrite quelque 19 000 Indiens Macuxi, Ingaricó, Patamona,
Taurepang et Wapixana. Ils se battent, avec l'aide de Joênia,
pour maintenir l'unité de la réserve. Seule la continuité
de leur territoire protégera leur mode de vie des influences
extérieures destructrices.
Leur demande heurte les fermiers blancs installés dans la
réserve qui sont soutenus par le gouvernement de l'Etat de
Roraima et bénéficient aussi des sympathies de l'armée
qui prétend que la réserve complique leur surveillance
des frontières.
Rebelle depuis l'enfance, Joênia est fière de militer
pour son peuple, de faire connaître ses espérances
et ses inquiétudes aux "non-Indiens". Elle
est née en 1974 dans un village amazonien en voie d'acculturation.
Sa grand-mère ignorait tout du portugais, mais sa mère
ne connaissait plus que quelques mots de la langue wapixana.
Le fonctionnaire qui enregistra sa venue au monde un jour de Saint-Jean
la "baptisa" tout simplement Joênia Batista. Carvalho
est le nom de son mari, un commerçant métis. Mais
elle revendique son nom indien : Joênia Wapixana.
A l'école, excellente élève, seule indienne
de sa classe, elle s'insurge contre le mépris qui accable
sa famille, contre les préjugés de ceux "qui
nous tiennent pour laids, stupides et paresseux. Pas moyen
d'échapper à notre identité, qui se lit
sur notre visage". Elle souffre d'être "indienne,
femme et pauvre".
Elle a 18 ans lorsque sa sur aînée, qui vient
d'accoucher, décède à l'hôpital, victime
d'une négligence. Cette mort la révolte et fixe sa
vocation : elle sera avocate. En 1997, elle décroche brillamment
son diplôme et le Conseil indigène du Roraima a besoin
d'elle. Il lui faut d'abord gagner la confiance des siens. Ce n'est
pas joué d'avance dans cette société
où les hommes, vieux de préférence, chefs ou
chamanes, monopolisent la parole. A chaque rencontre, elle
explique qui elle est et d'où elle vient.
Joênia prend des risques : en 2002, elle reçoit un
avertissement : trois Indiens, qui viennent de l'écouter,
sont abattus. Depuis trente ans, rappelle-t-elle aux juges de Brasilia,
vingt et un chefs indigènes ont été assassinés.
A ces crimes s'ajoutent les menaces de mort, les maisons incendiées,
les ponts sabotés. Les Indiens ripostent, ici ou là,
en occupant une plantation ou en barrant une route.
Le 27 août, le premier juge invité à se prononcer
a donné raison aux Indiens. Il y eut alors un mouvement d'allégresse
dans la salle d'audience, où une trentaine d'entre eux, visages
peints, avaient été admis. A la demande d'un magistrat,
désireux de se rendre sur le terrain pour mieux comprendre,
le tribunal a provisoirement arrêté le procès
et ne tranchera qu'en fin d'année. Joênia est optimiste.
L'exposé du juge en faveur des Indiens, dit-elle, est "historique".
Il a compris que, "sans (leur) terre, (leurs) valeurs et
(leur) culture, ils ne peuvent exister".
Source : "xxxx" de J-P Langellier,
Le Monde 10 septembre 2008
Au Paraguay, une ministre indienne
Au Paraguay, une indienne aché a été nommée
ministre des Affaires indigènes par le nouveau président.
Margarita Mbywangi est née dans la forêt ancestrale
des Aché mais elle a été enlevée par
des colons à l'âge de quatre ans et vendue comme
esclave. Depuis les années 1950, de nombreux Aché
ont été dépossédés de leurs terres,
tués ou capturés lors des invasions des propriétaires
terriens et des colons.
Maragarita Mbywangi est la première Indienne à être
nommée ministre des Affaires indigènes. Elle a déclaré
que les droits territoriaux des Indiens du Paraguay étaient
une priorité. Les Ayoreo-Totobiegosode sont parmi
les Indiens les plus vulnérables du Paraguay, certains vivant
sans contact avec le monde extérieur. Leurs terres
sont détruites à grande vitesse, principalement par
les éleveurs de bétail.
Source : Survival
Les mots en gras de l'article sont expliqués
dans le lexique
|
|