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"Cette
histoire n'est pas celle d'un clan, d'une famille ou d'une île.
C'est celle de tout un pays. Il faut que les gens se l'approprient
et qu'ils n'oublient pas ces morts pour la paix"
Macky Wéa, un des organisateurs de la commémoration
du vingtième anniversaire
de
l'assaut de la grotte d'Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie,
le 5 mai 1988
Le paradis à 20 000
km et vingt heures d'avion de Paris
Il est une terre de France où le chômage
n'existe pas, et où les impôts sont bas. Le soleil
y brille toute l'année, la mer est bleu turquoise, la nature
luxuriante. C'est la Nouvelle-Calédonie, un archipel d'îles
au milieu de l'océan Pacifique.
Chaque année, des centaines, voire des milliers de Français
de métropole viennent vivre sur le Caillou,
surnom donné à ce territoire français d'outre-mer.
14 000 "métros", Français originaires
de la métropole, se seraient installés sur le caillou
entre 2000 et 2004.

Colonie de la France depuis 1854, puis territoire
doutre-mer, la Nouvelle-Calédonie est toujours rattachée
à la France, mais peut-être pour encore quelques années
seulement. Les Kanak, originaires des îles de l'archipel,
et les "Caldoches", originaires de la métropole,
y cohabitent, dans un climat qui n'est pas toujours pacifique. Dans
les années 1980, les affrontements ont été
particulièrement violents et se sont terminés avec
une prise dotages et lassaut de la grotte dOuvéa
entre le 22 avril et le 5 mai 1988. Les Accords de Matignon, puis
ceux de Nouméa dix ans plus tard, en 1998, ont ramené
la paix sur l'archipel. Ils prévoient quun vote sur
l'indépendance de larchipel aura lieu entre 2014 et
2018.

Jean-Marie Tjibaou, représentant
des Kanak à l'époque des évènements
de 1988. DR
En 1996, il y avait 44 % de Kanak dans la population.
Aujourd'hui, cette part est sans doute plus faible, avec l'arrivée
de milliers de métropolitains attirés par l'archipel.
Les Kanak craignent de subir le même sort que les Aborigènes
en Australie, devenir très minoritaires sur leur propre
terre. (Lire le reportage sur les Aborigènes à la
page "Qui ?")
Mais aujourd'hui, les Kanak indépendantistes
sont rassurés par le "gel " du nombre des gens
autorisés à voter. Ce "gel" prévoit
que seuls ceux qui vivent en Nouvelle-Calédonie depuis 1998
pourront voter. Les opposants à l'indépendance, caldoches
en général, encouragent l'arrivée des métros
(: métropolitains). Pour certains Kanak, cette immigration
est une sorte de colonisation. Pourtant, depuis les Accords
de Matignon en 1988, la Nouvelle-Calédonie est censée
être engagée sur le chemin de la décolonisation.
La nouvelle Nouvelle-Calédonie qui naîtra
après ce vote devra permettre aux deux communautés
de continuer à participer ensemble à son développement.
"La France est prête à accompagner la Nouvelle-Calédonie
dans cette voie" : c'est la promesse écrite dans
les accords de Nouméa.
Le drame de la grotte dOuvéa, il y a vingt ans
A Nouméa, sur la place qui abrite le "Mwaka",
sculpture traditionnelle kanak, dix-neuf cocotiers ont été
plantés à la mémoire des Kanak tués
par les gendarmes français à Ouvéa.
Le 22 avril 1988, à la suite d'une période
de violences, un groupe d'indépendantistes kanak, mécontents
des nouvelles décisions du gouvernement à leur égard,
envahissent la gendarmerie dOuvéa. La situation tourne
au drame, quatre gendarmes sont tués et vingt-sept autres
pris en otage. Douze dentre eux sont libérés
un peu plus tard. Le 27 avril, sept autres gendarmes sont à
leur tour faits prisonniers.
Les indépendantistes se retranchent alors dans
une grotte à Ouvéa avec leurs otages. Le 5 mai au
matin, une opération militaire permet la libération
des otages sains et saufs, mais au prix de 21 morts : 19 Kanak et
2 militaires. Une vive discussion éclate ensuite sur les
causes de la mort de certains de ces indépendantistes.
Après ce drame, les Kanak indépendantistes
et les Caldoches anti-indépendantistes ont pu marcher
ensemble vers la réconciliation grâce à la signature
des Accords de Matignon. Dix ans après, en 1998, l'Accord
de Nouméa a permis de profiter des 15 années à
venir, avant le vote promis, pour essayer d'arriver petit à
petit à l'autonomie sans violence.
Jean-Marie Tjibaou, un grand chef kanak mort en 1989,
voulait que les échanges culturels entre le peuple kanak
et tous les peuples du monde soient aussi un moyen de faire la paix.
Un centre culturel qui porte son nom a été inauguré
en 1998 à Nouméa, capitale de la Nouvelle-Calédonie.
Tu peux lire dans le journal la page musée
vivant de septembre 2005 pour découvrir l'architecture
tout à fait étonnante de ce centre. A la page "Qui
?" tu liras notre reportage sur les Kanak.
Tu peux aussi lire Nouvelle-Calédonie, vers
l'émancipation d'Alban Bensa dans la collection Découvertes
chez Gallimard où tu trouveras de nombreuses photos et documents,
et surtout Cannibale de Didier Daeninckx qui raconte le séjour
à Paris des Kanak qui ont été embarqués
pour être "exposés" comme des animaux en
cage, avec l'étiquette "Hommes anthropophages"
à l'Exposition Coloniale de 1931.
Les mots en gras de l'article sont expliqués
dans le lexique
Dossier réalisé à partir
du numéro de mai 2008 des Nouvelles de Survival, d'une
émission de radio sur RFO le 21 avril 2008, et d'articles
du Monde et de Libération d'avril et mai 2008.
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