| |
En Guyane française sur le fleuve Maroni,
ou Aletani
Les villages amérindiens wayana et
émerillon, proches de la frontière avec lEtat
voisin du Surinam, sont exposés au passage des chercheurs
d'or ou orpailleurs clandestins. Pour rejoindre leurs chantiers
en forêt, ils traversent le fleuve frontière Aletani
et passent devant les villages. Kindy Opoya, du village de Talhuen,
témoigne :
"Le quotidien, cest la peur de ces chercheurs d'or. La
peur le jour et la nuit. Cest notre première préoccupation.
Les chercheurs d'or ont envahi notre vie, de jour comme de nuit.
Chaque jour nous craignons de trouver notre abatti dévasté,
parce qu'ils se servent sur nos abattis : la canne à sucre,
les bananes
chaque jour nous avons peur de faire une mauvaise
rencontre, lorsque nous nous rendons en forêt."
"La nuit, cest linquiétude
en permanence. On dort mal, parce que le bruit des pirogues à
moteur nous réveille plusieurs fois par nuit. Beaucoup de
villageois dorment armés, car ils se méfient. Les
chercheurs d'or pourraient très bien entrer dans nos villages
et nous voler nos moteurs. Ils ont déjà volé
des moteurs aux gendarmes eux-mêmes."

Pirogues sur le fleuve
© Survival
"Les clandestins nont pas peur des gendarmes.
Les gendarmes cherchent toujours à éviter les confrontations,
ils crient "Attention, gendarmerie" pour se protéger
eux-mêmes, mais cela nempêche pas les clandestins
de passer à dix ou quinze pirogues. Ils ont des moteurs de
cent-quinze chevaux, ils se regroupent et ils foncent. Cela se passe
deux ou trois fois par semaine. Depuis longtemps nous avons décidé
daider les gendarmes (contre leur gré). Nous le faisons
régulièrement, les hommes et les femmes, nous faisons
des brigades, chacun son tour."
"Il y a aujourdhui environ dix gendarmes
à Twenke. Ils logent dans les carbets des villageois.
Avec les quads quils ont confisqués aux clandestins,
ils dévastent le terrain, cest vraiment gênant.
Nous nous disputons souvent avec les gendarmes, on leur reproche
de ne pas être efficaces. Lorsque nous arrêtons une
pirogue de clandestins, les gendarmes nous empêchent de nous
servir, mais eux-mêmes font la cuisine avec les marchandises
quils confisquent. Nous leur disons souvent cela : "Vous
vous en foutez, vous nêtes pas chez vous".

Jeunes wayana ©
Survival
"Leau du fleuve qui passe devant notre
village est sale. Sale et blanchâtre depuis plusieurs mois.
Il devient gênant de laver son linge, de se laver, de laver
son enfant qui va boire cette eau en se baignant. Leau du
fleuve est sale en ce moment à cause dun nouveau très
grand chantier dorpaillage qui se trouve sur la crique Lipolipo,
une rivière qui débouche sur lAletani. Dans
nos village, les puits et les pompes ne fournissent de leau
potable que quelques heures par jour, le matin seulement."
"Les Amérindiens se disputent aussi entre
eux à cause de lorpaillage. Ils sont divisés
sur la conduite à tenir. Il y a ceux et celles qui se résignent
et ceux et celles qui se battent. Il y en a aussi qui, petit à
petit, se lancent dans le commerce avec les orpailleurs, dautres
encore qui se lancent eux aussi dans la recherche de l'or. Les chefs
coutumiers sont de plus en plus contestés. Mais que
peuvent-ils faire ? La bonne entente se dégrade chaque jour
et les Amérindiens se disputent à cause de lorpaillage."
"Lorsqu'il y a des vacances, tous les villageois
quittent le village, car il n'y a plus de douceur de vivre chez
nous. La situation empire chaque jour."
Extraits du témoignage de Kindy Opoya recueilli par Brigitte
Wyngaarde en février 2009 au village de Balaté et
paru dans Les Nouvelles de Survival, n° 71, avril 2009.
Les mots en gras de l'article sont expliqués dans le
lexique
Tu peux aussi lire à la page qui ?
notre reportage sur les Wayana, un peuple indigène de Guyane
,et dans les archives du journal, l'article
de juin 2006 ainsi que la page "musée vivant "
: Un magnifique orok.
|
|