
© Stéphanie
Guyon / Survival
Quel
est leur vrai nom ?
Les Wayana sont l'un des six peuples amérindiens de
Guyane, tout comme les Arawak, les Palikour, les Kalina, les Emérillons
et les Wayampi. Ils sont français, puisqu'ils habitent
un département d'Outre-Mer.
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
Ils vivent en forêt amazonienne, les uns au sud de la
Guyane, près du fleuve Maroni, en amont de la ville de Maripasoula
et les autres de l'autre côté des frontières
du Brésil et du Surinam.
 
Le climat est tropical, avec une forte saison des pluies et une
saison sèche, sans pluie. La forêt est épaisse,
avec des arbres de 60 mètres de haut et certains vieux de
plus de mille ans. Les rivières sont les seules voies d'accès
à cette région assez isolée.
Combien sont-ils ?
Les Amérindiens de Guyane sont plus de 7 000, soit 1/10
000 de la population française, alors qu'en 1984 ils n'étaient
que 4000. Les Wayana sont environ 1 200.
Quelles langues parlent-ils ?
La langue wayana appartient à la famille karib, mais
les Wayana sont de plus en plus francophones du fait de la scolarisation.
Les cours en wayana ne sont pas obligatoires dans les programmes.
Puisqu'on est en France, les livres de classe sont en français,
et les profs qui veulent enseigner en wayana n'ont pas de livres.
Mais depuis quelques années, à l'école primaire
on peut apprendre à lire et à écrire en langue
wayana au CP, puis passer progressivement au français dans
les classes suivantes.
Comment
s'habillent-ils ?
Ils portent seulement un calambé, petit carré
de coton rouge retenu par un lien autour du bassin. Pour les fêtes,
ils se parent de peintures corporelles : les motifs sont tracés
avec un bâtonnet enduit de roucou, une teinture végétale
rouge qui a aussi la propriété d'éloigner les
moustiques. Ils aiment aussi les shorts, les T-shirts, les tongs
et les montres au poignet, signes de modernité.
Comment sont leurs maisons ?
Le carbet est un large auvent rectangulaire couvert d'un toit
de feuilles de palme tressées. En-dessous l'air frais circule
bien et l'on dort dans des hamacs accrochés à la charpente.
Il faut 2,5 km. de fil de coton pour tisser un hamac, ce qui représente
la récolte d'une famille en un an. Sinon, le mobilier se
résume à de petits tabourets. Il n'y a que l'école
qui ait des tables et des chaises.

© Stéphanie Guyon
/ Survival
Les villages ont aussi un tukusipan, auvent de forme ronde, qui
sert de maison commune pour les fêtes. Les hommes s'y réunissent
pour discuter des affaires du village.
Que mangent-ils ?
La cassave est préparée à partir du manioc
cultivé dans les jardins qu'ils défrichent en brûlant
la végétation. Les cendres enrichissent la terre qui
sinon est peu fertile. Au bout de deux ans environ, on laisse le
champ au repos pour que la forêt repousse et l'on défriche
une nouvelle parcelle de forêt.
Le manioc doit être épluché, râpé,
égoutté et séché au soleil avant d'être
cuit en larges galettes sur une plaque de métal. On les consomme
fraîches et molles ou bien fines et séchées.
On fait aussi de l'alcool de manioc, le cachiri.
Les poissons et anguilles pêchés à l'arc sont
variés et les Wayana en consomment chacun une livre par jour.
Les hommes chassent et rapportent de la viande de toucan, cochon
sauvage, biche, iguane, tatou, paresseux et autres animaux. La cuisine
est toujours fortement épicée de piments rouges. Les
enfants sont aussi friands d'ufs d'iguane.
Entre les repas, on mange noix de coco, bananes, noix de cajou,
ananas, papayes et mangues. On trouve aussi à la boutique
du village des produits apportés de Cayenne par bateau comme
le café et le riz.
A cause de la chaleur humide, pour conserver le poisson et la viande
il faut les boucaner, c'est à dire les fumer au-dessus du
feu.
Quels animaux vivent autour d'eux ?
Dans les arbres, c'est le royaume d'oiseaux aux plumes colorées,
agamis, toucans, aras, hoccos, oiseaux-mouches, canards sauvages,
flamants, pic-verts, colibris, perroquets, ibis rouges et bien d'autres
encore. La richesse de couleurs des plumes a toujours inspiré
les Wayana pour créer des parures.
Adultes et enfants sont souvent accompagnés d'animaux domestiqués,
comme le perroquet, le singe kuata ou le tamarin. Le jaguar, l'anaconda
de 10 mètres de long et la tortue-luth de 600 kg sont des
animaux mythiques de cette forêt.
Comment
chassent-ils et pêchent-ils?
A la saison sèche, quand le niveau de l'eau est bas dans
les rivières, on organise des nivrées, expéditions
de pêche auxquelles participent femmes et enfants. On empoisonne
l'eau avec le jus d'une liane et on n'a plus qu'à harponner,
tirer à l'arc ou saisir à la main les poissons à
moitié asphyxiés. Les Wayana savent que cette pêche
est toxique pour la rivière et ne la pratiquent pas trop
souvent.

© Stéphanie Guyon / Survival
Les hommes chassent de plus en plus au fusil, mais sont toujours
d'excellents tireurs à l'arc. Ils tirent les oiseaux surtout
pour en récupérer les plumes qui composent leurs coiffures
de fête, et servent aussi à l'empennage des flèches.
Les garçons apprennent très jeunes à fabriquer
et à utiliser arcs et flèches. Lors des concours de
tir, ils s'entrainent sur des cibles en forme d'animaux.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Les yoloks sont des esprits plutôt méchants qui
apportent la maladie et la mort. Le chamane doit trouver le yolok
coupable, le transpercer d'une flêche magique et jeter un
mauvais sort à celui qui l'a envoyé. Pour préparer
ses remèdes, il collecte en forêt des plantes et toutes
sortes de substances.
Auprès du malade, il prononce des paroles sacrées
dans une langue secrète connue de lui seul, tout en soufflant
la fumée d'une cigarette spéciale. Il associe toutes
les forces de la nature, le feu, l'eau, les pierres et les plantes
à ses rites pour identifier le yolok coupable et en libérer
la victime.
Quelles sont leurs fêtes?
Le maraké est la fête où l'on se rassemble
à l'occasion du début et de la fin de l'initiation
des jeunes. A douze ans les enfants passent des épreuves
où ils doivent montrer leur courage en surmontant la douleur.
Les filles et les garçons sont parés d'énormes
colliers de perles autour du cou et des chevilles et portent des
coiffes en plume pour danser toute une nuit. Puis on leur applique
sur le corps une parure en vannerie décorée de plumes
où sont cachées des fourmis rouges ou des guêpes
(Voir dans le journal la page musée vivant de mars 2005.).
La deuxième épreuve consiste en un jeûne d'une
semaine et la troisièmes en un test de tir à l'arc.
Après le maraké, l'enfant est passé dans le
monde des adultes. On lui a coupé les cheveux pour symboliser
ce passage. Aujourd'hui certains jeunes ne veulent plus être
initiés et se rebellent contre ces traditions qu'ils estiment
d'un autre âge.
Quelles uvres d'art produisent-ils?
Les artistes wayana peignent à l'aide de petites baguettes
de bois des animaux aux couleurs vives sur de grandes rondelles
de bois qui seront accrochées au centre de la charpente du
tukusipan comme protection contre les esprits.
Ils sont aussi réputés dans l'art de la plumasserie.
Les compositions de plumes sont des merveilles de découpage
et d'assemblage aux coloris infiniment variés et lumineux.
Les paniers en vannerie sont produits à partir de roseaux
séchés et teintés. Ils ont toutes sortes de
formes pour toutes sortes d'usages : transporter, stocker, faire
sécher, filtrer, comme la 'couleuvre' où s'égoutte
le manioc. Ils sont tressés avec de savants motifs géométriques
qui symbolisent l'écureuil, la fourmi ou le caïman.
Les villages essaient de faire connaître et de vendre ces
belles productions et de transmettre aux enfants le savoir-faire
des vieux artistes.
Quels sont leurs problèmes dans le monde
actuel ?
Les chercheurs d'or clandestins polluent leurs rivières
au mercure, empoisonnant les poissons dont ils se nourrissent. L'administration
française, qui est responsable du respect des lois, ne semble
pas vouloir faire de gros efforts pour lutter contre cet orpaillage
illégal.
Alcoolisme, drogue, prostitution, violence, suicide : ces maux se
répandent petit à petit dans les communautés
wayana. Les jeunes ont du mal à se définir, partagés
entre la vie traditionnelle, qu'ils rejettent en partie, et la vie
moderne qui ne leur promet pas un avenir brillant. Un élève
qui termine ses études secondaires a du mal à retourner
vivre au village, et tout autant à trouver un travail et
un salaire.
Les Amérindiens de
Guyane se sont réunis dans la Fédération des
organisations amérindiennes de Guyane (FOAG) qui défend
leurs droits, la reconnaissance de leurs territoires et le respect
de leur culture.
Les mots en gras sont expliqués dans
le lexique
Pour en savoir plus, tu peux lire l'article de
juin 2006 sur la mine d'or en Guyane et chercher dans la
médiathèque.
Dossier réalisé à
partir du n° 31-32 de la revue Ethnies publiée
par Survival et de Wayana, collection Fleur de Lampaul-les
peuples de l'eau, éditions Gallimard 1995
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