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Le désert est mon berceau, j'y suis
né
Le désert est ma route, j'y voyage
Le désert est mon tombeau, j'y mourrai
dit un poème touareg

© Catherine Reisser, Laurence
Quentin.
(In Le Sahara, coll. Baluchon, éd. Nathan 2004)
Quel est leur vrai nom ?
Les Touaregs sont des Berbères, peuple qui habite l'Afrique
du nord depuis la préhistoire. On les a souvent appelés
'les hommes bleus' à cause de la couleur de leurs vêtements
et de leur peau foncée sur laquelle la teinture bleue à
l'indigo déteint. A l'époque des explorateurs, avant
la colonisation par la France au début du 19ème siècle,
on les surnommait aussi 'les seigneurs du désert'.
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
Les Touaregs vivent dans le désert du Sahara. Les températures
montent à plus de 50° l'été et descendent
en dessous de zéro l'hiver pendant la nuit. Le climat est
sec, les pluies sont rares et l'eau est le principal souci des Touaregs.
On creuse des puits parfois de plus de 60 mètres pour atteindre
les nappes d'eau souterraines. Dans certaines zones, après
une petite pluie, on voit fleurir en quelques heures des tapis de
fleurs éphémères. Les arbres sont rares, donc
les piquets de tente constituent un bien précieux.
Nomades, les Touaregs ont toujours parcouru avec leurs caravanes
une immense région que les Français ont commencé
à découper par des frontières en 1905. Ainsi,
pour se déplacer le long des pistes de puits en puits et
de pâturage en pâturage, ils doivent franchir les frontières
qui séparent l'Algérie, la Mauritanie, le Mali, le
Niger et le Burkina Faso.
Combien sont-ils ?
Ils sont environ 1,3 million, divisés en tribus,
chacune sous la conduite d'un chef, l'Amenokal, qui est élu
après de longues journées de palabres.
Quelles langues parlent-ils ?
Ils parlent le tamashek, une langue écrite dans
un alphabet particulier, le tifinagh. On trouve à
travers le désert des roches gravées depuis des siècles
de paroles en tamashek. On voit aussi des textes écrits
sur de l'os ou du cuir, car le papier n'est pas une matière
traditionnelle pour les Touaregs.
Le soir, les familles aiment se réunir autour du feu pour
boire le thé en chantant au rythme des battements de mains
des poèmes en tamachek qui racontent l' histoire de
leur peuple. Ce sont les mères qui apprennent à leurs
enfants à écrire en tifinagh, car l'école
est francophone.
Comment
s'habillent-ils ?
Les hommes portent une ample robe, le boubou, sur un pantalon
large retenu par une ceinture de cuir. Un proverbe dit : 'la
femme est la ceinture du pantalon, sans la femme, l'homme est nu'.
Un chèche, le taguelmoust, d'environ 4-5 mètres
de long, s'enroule sur la tête pour protéger du soleil,
du vent, du sable et du froid de la nuit. L'homme ne quitte jamais
son chèche, qui peut être de différentes couleurs,
rouge, jaune ou vert, et aussi de deux couleurs qui ont une signification
spéciale : le blanc en signe de respect, et l'indigo de lin
pour les jours de fête et quand il fait plus froid, car il
est plus épais que le coton. Chaque manière de le
draper, plus ou moins remonté sur la bouche et le nez, indique
une attitude : respectueux, agressif, méfiant, triste, insolent...

© Catherine Reisser, Laurence Quentin.
(In Le Sahara, coll. Baluchon, éd. Nathan 2004)
Les femmes se couvrent la tête d'un voile qu'elles laissent
davantage voler au vent. Les tissus de leurs robes et de leurs voiles
sont teints aussi à l'indigo, qui donne une couleur bleue
proche du noir et un aspect brillant. Elles se maquillent les yeux
avec du khôl, une pâte très noire, se couvrent
les mains de motifs peints au henné et portent de lourds
bijoux en argent.
Comment sont leurs tentes ?
La tente, la khaïma, est l'habitat du nomade. En
arrivant sur un lieu de campement, les dromadaires s'accroupissent
sur leurs genoux recouverts d'un cal protecteur. On décharge
les enfants installés par-dessus les bagages ou avec leur
mère sur une selle en forme de plateau. On plante les piquets,
on déroule les toiles de tente en poil de chameau et de chèvre
et les nattes à étaler sur le sol et on installe le
petit mobilier : coffres, coussins, plateaux, réchauds.

Jeune Touareg, nord du Mali © Sophie Ganeau
Pour les nuits froides et les tempêtes de sable, on ferme
soigneusement les tentes, mais dans la journée, on se tient
aussi dessous, à l'ombre, en ayant remonté le bas
des toiles pour laisser circuler l'air.
Quels animaux vivent autour d'eux ?
Le dromadaire est le compagnon du Touareg, le moyen de transport
des hommes et des marchandises, capable de se faire une réserve
de 135 litres d'eau et de 50 kilos de nourriture avant de parcourir
le désert pendant une semaine. Ses longs poils dans les narines
et ses doubles rangées de cils lui font une bonne protection
contre les tempêtes de sable. Sa laine est tissée pour
faire des vêtements et son cuir donne les selles, les sacs,
les ceintures, les sandales et les fourreaux des couteaux. Avec
son urine, on désinfecte les plaies. Le méhari est
le dromadaire blanc, fin et élancé, dressé
pour la course.

© Catherine Reisser, Laurence Quentin.
(In Le Sahara, coll. Baluchon, éd. Nathan 2004)
Le Sahara est peuplé d'animaux plutôt petits, comme
le fennec, sorte de renard qui se nourrit d'oiseaux, de reptiles
et de rongeurs. On le repère à ses grandes oreilles
pointues. La vipère à cornes se cache dans le sable,
ne laissant que ses yeux dépasser pour guetter sa proie.
Un dromadaire victime de son venin meurt en quelques minutes. La
gerboise porte des moustaches aussi longues qu'elle. Elles lui servent
d'antennes pour fuir par bonds de 3 mètres devant un danger.
Pour le confort de ses petits, elle tapisse son terrier de poils
de chameau.
Que mangent-ils ?
La femelle dromadaire donne son lait, ce qui a valu aux Touaregs
d'inventer le lait en poudre. La chorba est le plat le plus
courant. C'est une soupe épaisse que l'on cuit sur un feu
alimenté avec des crottes de dromadaire. Le pain, ou taguella,
est cuit en bordure du foyer, enfoui dans le sable et la cendre
chaude. On en trempe des morceaux dans la chorba.
On élève aussi des chèvres qui donnent du
lait et de la viande. La peau de chèvre cousue pour faire
une outre sert de réserve pour l'eau que l'on transporte
accrochée sous le ventre des ânes. Les dattes sont
le principal fruit. Quand un groupe fait étape dans une oasis,
il échange le lait, la viande et le cuir contre la semoule,
la farine de blé, l'huile, le sucre, le thé et le
tissu.
La cérémonie du thé est l'occasion de se
réunir autour d'un petit réchaud à braises
où l'on pose une théière pleine de feuilles
de thé et de menthe très sucrée. On sert d'abord
le premier thé, très fort, puis on rajoute de l'eau
pour le deuxième thé, moins concentré, et enfin
on sert le troisième, le plus léger. 'Le premier
thé est amer comme la vie, le second est fort comme l'amour
et le dernier est doux comme la mort', dit-on.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Les Touaregs craignent les génies qui peuplent le désert,
cachés dans les puits, les terriers et les rochers, car ils
se nourrissent de la chair des cadavres. Il vaut mieux se voiler
la bouche pour les empêcher d'y entrer. Pour se protéger,
chaque Touareg porte autour du cou un talisman. C'est une petite
boîte en cuir ou en argent qui contient des paroles du Coran,
le livre sacré des musulmans. Comme tous les musulmans, les
Touaregs prient cinq fois par jour, prosternés sur un petit
tapis en direction de l'est où se trouve La Mecque, leur
ville sainte en Arabie.
Quelles sont leurs fêtes?
Les grands rassemblements voient arriver de toutes les directions
des tribus qui participent à des courses de dromadaires.
De nos jours, le tourisme a fait renaître les festivals, surtout
les rencontres musicales en Algérie, au Niger et au Mali.
Les grands mariages sont aussi l'occasion de cérémonies
où chacun se pare et apporte des cadeaux. La mariée
reçoit en dot de sa famille une tente avec tout ce qu'il
faut pour y vivre. En cas de divorce, l'homme s'en ira, et c'est
la femme qui gardera tout.
Quelles sont leurs uvres d'art ?
Comme tous les peuples nomades, ils ne se déplacent qu'avec
ce qui leur est vraiment nécessaire, et qui peut se transporter
facilement. Ils fabriquent donc des objets utiles pour la vie quotidienne
et pour les fêtes. Tous leurs objets en cuir sont magnifiquement
décorés de motifs aux couleurs vives, agrémentés
de longues franges souples : sacs, fourreaux de couteaux, selles
de dromadaires, sandales.
Leurs bijoux sont d'une extrème finesse, mélangeant
l'argent et le cuivre. Les orfèvres fabriquent et cisellent
des boucles d'oreilles, colliers, bracelets, broches, et surtout
les fameuses croix touaregs en argent. Chaque tribu a la sienne,
qui permet de reconnaitre à quel groupe chacun appartient.
Quels sont leurs problèmes dans le monde
actuel ?
En 1960, leur gigantesque territoire a été
morcelé quand on a tracé les frontières entre
les nouveaux pays africains qui étaient auparavant des colonies
de la France.
En 1974, l'Algérie a interdit le commerce par les caravanes
de nomades.
Ensuite, ce sont le Mali et le Niger qui ont fait la guerre aux
Touaregs.
A la suite des sécheresses de 1973 et 1986 et des problèmes
politiques, certains groupes sont allés jusqu'au Soudan et
en Mauritanie pour se réfugier. De plus en plus nombreux
à s'installer dans les bidonvilles autour des grandes villes,
ils deviennent sédentaires malgré eux et restent souvent
chômeurs. Dans cette situation misérable ils perdent
leur fierté et la richesse de leur culture basée
sur le code de l'honneur, Ellelu en tamachek.
Certains pensent que pour s'adapter au monde moderne, recevoir
une éducation complète, trouver de nouveaux emplois,
la solution serait de devenir semi-nomade, c'est à
dire s'établir dans un endroit fixe et d'y faire de l'agriculture,
d'accompagner les touristes camper dans le désert, tout en
continuant à nomadiser avec le bétail.
Les mots en gras sont expliqués dans
le lexique
Pour en savoir plus, tu peux chercher dans la
médiathèque.
Dossier réalisé à partir de
Le Sahara : Touaregs, Maures et Woodabe de C. Reisser et L.
Quentin, Coll. Baluchon, éd. Nathan et Touaregs, voix
solitaires sous l'horizon confisqué, sous
la direction de H. Claudot-Hawad et Hawad, Ethnies 20-21, Survival
1996
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