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'L'homme ne doit pas nourrir le renne, c'est le renne qui doit nourrir
l'homme'
nous dit un éleveur saami
Eleveur de rennes saami ©
D.R.
Quel est leur vrai nom ?
Les Lapons d'autrefois sont les 'Saami' ou 'Sami', ou encore
'Sâmes' d'aujourd'hui. Ils sont le seul peuple indigène
d'Europe.
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
Les Saami vivent dans le nord de la Scandinavie, c'est-à-dire
le nord de la Norvège, de la Suède, de la Finlande
et de la Russie. Leur territoire, le Sapmi, s'étend
donc en grande partie dans la zone froide, au-delà du cercle
polaire. Il y règne un climat très rigoureux, avec
des vents violents et des températures qui vont de -50°
l'hiver à +16° l'été. La toundra
en occupe la plus grande partie, et la neige recouvre ces vastes
étendues pendant la moitié de l'année. Au début
de l'été, c'est le jour continu, et six mois plus
tard, la nuit continue.
Combien sont-ils ?
En Norvège, les Saami sont environ 50 000, en Suède
17 000, en Finlande 4 000 et en Russie 2 000.
Quelles langues parlent-ils ?
Iles parlent leur propre langue, le saami et selon le pays
où ils vivent, ils parlent aussi norvégien, suédois,
finnois ou russe. Ils demandent à ce que le saami soit reconnu
comme langue officielle dans chacun des quatre pays. En Suède,
il est de moins en moins parlé, et les Saami réclament
qu'il puisse être utilisé à l'école,
à la mairie, à l'hôpital ou au tribunal. Toundra
est un mot saami.
Comment
s'habillent-ils ?
Pour les fêtes, ils tiennent à porter le
costume traditionnel à base de feutre, de tricot de
laine et de peau de renne. Femmes et hommes mettent des cuissardes
en peau, les belinga, sous des tuniques en laine courtes
à mi-cuisse pour les uns et longues au genou pour les autres,
serrées par une ceinture brodée. Ces tuniques sont
décorées de larges galons tissés et brodés
de toutes les couleurs.
Les hommes se protègent la tête avec
un bonnet à trois longues pointes, et les femmes avec un
bonnet rond plus profond qui retient leurs cheveux. Les moufles
en tricot sont couvertes de motifs, et aux pieds tous portent des
skallers en peau de renne dans lesquelles on remplace les
chaussettes par du foin. Pour les grands froids, on porte des manteaux
de fourrure de renne.
Maintenant, les Saami achètent en ville des
vêtements pour la vie de tous les jours. Les femmes ne passent
plus autant de temps à tanner les peaux, coudre, tricoter
et broder. Elles travaillent au bureau pendant que les enfants sont
en classe.
Comment sont leurs maisons ?
Autrefois, les Saami étaient nomades, suivant les migrations
de leurs troupeaux de rennes du nord vers le sud en fin d'été
et inversement en fin d'hiver. Mais aujourd'hui, avec les motoneiges
et les hélicoptères, ils suivent les migrations plus
facilement et sont devenus sédentaires, habitant des
maisons de bois modernes dans des villages d'où ils partent
motorisés pour rassembler et diriger leurs troupeaux à
travers la toundra. Dans ces villages, les enfants vont à
l'école, mais ils ne peuvent plus accompagner les migrations
des rennes et donc n'apprennent plus le métier d'éleveur
avec leur père.
Les tentes étaient en bois de bouleau couvertes de peaux
de renne. Ils habitaient aussi des kotas, huttes couvertes
de plaques de tourbe sur une armature en bois de bouleau.

Une famille saami vers 1900. ©
D.R.
Que mangent-ils ?
La viande de renne est découpée en lamelles et mise
à sécher au soleil sur des barres en bois haut perchées.
La graisse pour cuisiner est conservée dans les vessies de
renne. Avec le lait, on fait des fromages. On cueille les baies
de la toundra pour faire des confitures de lakka et de puolukka.
Pour les grands festins de noce, les Saami apprécient en
particulier la perdrix blanche qu'ils capturent au piège.
L'hiver, dans le Grand Nord, ils pêchent par des trous taillés
dans la couche de glace qui recouvre les lacs.
Dans les villages où ils sont maintenant sédentaires,
ils achètent du chocolat et des bonbons, mais aussi de la
viande et des légumes surgelés !
Quels animaux vivent autour d'eux ?
C'est bien le renne qui tire le traîneau du Père
Noël, et il est aussi la raison de vivre des Saami. Il leur
fournit de quoi se loger, s'habiller, se déplacer, se nourrir
et fabriquer des armes et des outils. L'animal est parfaitement
adapté à la neige avec ses larges sabots qui lui font
des sortes de raquettes. Ses bois changent de couleur au rythme
des saisons, passant du rouge au brun. Ils lui servent de pelle
pour creuser la neige et trouver en-dessous les lichens dont il
se nourrit l'hiver.
Les troupeaux comptent plusieurs milliers de bêtes, et dans
la langue saami, des centaines de mots permettent de les désigner
selon leur fourrure, leur âge, leur sexe et la forme de leurs
bois. Pour pouvoir les reconnaître, les éleveurs les
attrapent au lasso et les marquent en taillant des encoches au bord
de leurs oreilles, qui du coup sont dentelées. Les femelles
mettent bas au début du mois de mai, et la migration vers
les pâturages d'été doit alors ête terminée.
Autour d'eux vivent des ours bruns, des gloutons, des loups, des
lemmings, des renards et autres mammifères de la forêt.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Les anciennes croyances ont largement disparu avec l'évangélisation
forcée des Saami commencée il y a trois siècles.
Mais ils ont toujours un grand respect pour les anciens sites religieux
où leurs ancêtres faisaient des sacrifices d'animaux
sur des autels en pierre. Ils continuent à croire aux Ulda,
le peuple qui vit sous terre. Beaivi le soleil, Bieggolmmai
le vent et Ruonanieida le printemps étaient leurs
principales divinités. Le chamane entrait en transe
au rythme du tambour magique pour communiquer avec le monde des
esprits.
De nos jours, les enfants sont baptisés et les mariages
ont lieu à l'église, et pour ces occasions, on porte
le costume traditionnel.
Quelles sont leurs fêtes?
A Pâques ont lieu les grands rassemblements. C'est la
saison des mariages et des grandes foires. Les Saami s'y retrouvent
pour les courses de renne et de traineau, les concours de musique.
Le joik est le chant traditionnel improvisé. On y
mèle des cris d'animaux, des interjections, des murmures
pour évoquer des personnes, des animaux et des éléments
de la nature : une rivière, une montagne ou un lac.
Ces chants étaient en voie de disparition, mais les ivrognes
ont toujours continué à les marmonner, et donc contribué
à les sauver de l'oubli. Aujourd'hui, les jeunes musiciens
les reprennent et y mêlent de la musique électro-acoustique.
Quelles sont les uvres d'art et leurs
célébrités ?
Comme tous les peuples nomades qui doivent déménager
à chaque saison, ils possèdaient traditionnellement
assez peu de choses, et donc ne fabriquaient que ce qui leur était
indispensable et facile à transporter.
Ils façonnent de ravissantes boîtes en bois de bouleau
sculpté, des couteaux au manche en corne de renne, des bijoux
massifs en argent et des galons brodés multicolores très
appréciés par les touristes. Certains artistes saami
sont réputés pour leurs sculptures et leurs dessins
gravés dans de l'os, du bois ou de la pierre.
En sport, l'équipe de foot de Laponie réunit des
joueurs saami des quatre pays. Elle a gagné la World Cup
de 2006 à Monaco, et voudrait bien devenir une équipe
officielle.
Quels sont leurs problèmes dans le monde
actuel ?

Drapeau saami
Le réchauffement climatique est lourd de conséquences
pour les Saami. Quand l'hiver est plus doux que la normale, la neige
est plus abondante et une alternance de chutes de neige, de pluie,
de redoux et de gel la transforme en couches de glace polies par
le vent. 'Sur la plupart des pâturages, il y a trois ou
quatre couches de glace qui se superposent, constate en 2007
John Haetta, un éleveur. Avec en plus les quantités
de neige qui sont tombées, il devient presque impossible
pour les rennes de casser la glace pour accéder au lichen,
leur seule nourriture en hiver.'
En Suède cette année-là, le gouvernement a
apporté une aide aux éleveurs en leur livrant du fourrage
car les bêtes risquaient de mourir de faim par dizaines de
milliers. En Norvège aussi l'on s'inquiète : le changement
climatique pourrait bien marquer la fin de l'élevage des
rennes.
D'arès Ole Henrik Magga, professeur à l'Ecole Supérieure
Saami de Kautokeino, 'Il faudra trouver de nouvelles formes d'élevage.
C'est dramatique. Les rennes, aujourd'hui semi-sauvages, pourraient
même devoir être élevés dans des fermes,
ce qui changerait radicalement la vie des Saami'. En effet,
en plus des difficultés pour se nourrir de lichens l'hiver,
les rennes manquent de plus en plus de vastes espaces de pâturage.
Car les changements climatiques ne déplaisent
pas à tous : l'industrie du pétrole et du gaz norvégienne
est en train de faire de cette région arctique son nouvel
eldorado, et les hivers plus doux l'arrangent bien. Les Saami
risquent-ils de devenir des fermiers et les troupeaux de rennes
du bétail parqué derrière des barbelés
?
Les mots en gras sont expliqués
dans le lexique
Pour en savoir plus, cherche dans la médiathèque
et sur le site Internet de Survival.
Dossier réalisé à partir de
l'encyclopédie Wikipédia, Le Monde de l'économie
du 26 mars 2007, Le Figaro du 15 février 2006,
Derniers nomades du Grand Froid de J. Arthaud aux éd.
Arthaud et Paroles sâmes, Cahiers ethnologiques 1998
aux Presses Universitaires de Bordeaux.
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