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© Robin Hanbury-Tenison/Survival
'Le gouvernement pense que nous sommes des
animaux, comme ceux de la forêt. Nous ne sommes pas des bêtes
sauvages. Nous sommes les Penan, des êtres humains'
dit l'un de leurs porte-parole.
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
Les Penan vivent sur l'île de Bornéo, au Sarawak
qui est une province de la Malaisie depuis 1963.

Certains groupes se sont sédentarisés près
des côtes et d'autres sont restés plus nomades et plus
isolés au fond de vallées de montagne envahies
par les nuages et difficiles d'accès à cause de la
forêt dense.
Les Penan connaissent leur forêt 'comme leur poche'. Leur
territoire est défini par des sentiers de chasse parsemés
de pièges pour le gibier, des rivières qui sont les
seules routes d'accès, des rochers et des montagnes qui portent
des noms indigènes. Cette forêt pluviale abrite des
espèces végétales rares, comme la rafflésie,
plante parasite qui donne la plus grande fleur du monde mesurant
jusqu'à un mètre de diamètre.
Combien sont-ils ?
Les Penan sont 10 000, dont environ 500 encore nomades ou semi-nomades,
la majorité étant devenus sédentaires malgré
eux. Ils vivent en groupes de 25 à 75 personnes.
Quelles langues parlent-ils ?
Bien qu'ils soient peu nombreux, ils parlent de nombreuses
langues différentes suivant qu'ils sont sédentarisés
ou nomades, qu'ils habitent sur les côtes ou dans des vallées
isolées. Leurs langues appartiennent à la famille
des langues austronésiennes.
Comment
s'habillent-ils ?
Ils vivent nus, comme tous les peuples des forêts pluviales,
avec juste un petit tissu tenu par un lien autour des reins. Les
hommes se percent le lobe de l'oreille et y logent un bijou plat
et rond en élargissant le trou jusqu'à porter un ornement
qui touche l'épaule. Les femmes préfèrent accrocher
au bout de leur lobe distendu un petit bijou en pendentif. Tous
aiment multiplier les bracelets en rotin autour des poignets.

© Robin Hanbury-Tenison/Survival
Comment sont leurs maisons ?
Nomades, ils vivent dans des huttes surélevées.
Pour le toit, ils prennent les feuilles géantes de certains
palmiers et pour les murs et le sol, ils tissent des nattes en fibres
végétales. Dans ce climat chaud et humide, ces habitations
laissent bien passer l'air et donnent une impression de fraîcheur.
En devenant sédentaires, ils ont construit des longues maisons
collectives en bois, souvent sur pilotis, sur le modèle de
leurs voisins, les Dayak.
Que mangent-ils ?
Ils vivent traditionnellement de la chasse et de la cueillette,
ce qui leur fournit un des régimes les plus équilibrés
de la planète. Le sagoutier, un palmier sauvage, constitue
la base de leur alimentation. On abat l'arbre et l'on racle l'intérieur
du tronc. Puis cette chaire est rapée, essorée, égoutée
et cuite.
Ils cueillent des fruits de la forêt comme les rambutans
rouges écarlates, les betas, sortes de têtes épineuses
de un à deux kilos, et les fruits du nakan qui poussent à
même le tronc et pendent comme des mamelles : on dit que les
nakans sont des femmes transformés en arbres.
Ceux qui sont devenus sédentaires défrichent des
morceaux de forêt pour y cultiver le riz de montagne, c'est
à dire du riz sec, qui ne pousse pas les pieds dans l'eau
des rizières. Après un ou deux ans, on laisse la clairière
au repos pour que la forêt repousse et l'on défriche
un peu plus loin.
Quels animaux vivent autour d'eux ?
La faune de cette forêt est particulièrement riche
en espèces rares. Le chat brun de Bornéo (catopuma
badia) est le petit félidé le plus rare de la
planète. En 1998, un spécimen a été
capturé, puis relâché dans un endroit tenu secret.
Le rhinocéros de Sumatra, l'ours malais, la panthère
longibande, le gibon de Bornéo, le buf rouge sont des
espèces qui ont probablement disparu du fait de la déforestation
du Sarawak.
Comment
chassent-ils ?
Les chasseurs posent des pièges le long des sentiers
qu'ils parcourent à travers l'épaisse forêt.
Aidés de chiens, ils prennent des sangliers et des cervidés,
et tirent les singes et les oiseaux à la sarbacane avec des
flèches empoisonnées.

© Robin Hanbury-Tenison/Survival
La viande rapportée par un chasseur est soigneusement
partagée entre tous. D'ailleurs le mot merci n'existe
pas dans leur langue puisqu'il est inutile. Très jeunes,
les enfants accompagnent les hommes et apprennent en observant et
en imitant les adultes aussi bien à chasser qu'à partager.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Dans leurs croyances traditionnelles, ils font confiance aux
augures, ils observent et interprêtent le vol des oiseaux.
Au XIXe siècle, les missionnaires les ont convertis au christianisme,
mais ils conservent les rites et les croyances de leurs ancêtres.
Ils sont très attachés à certaines valeurs
comme la non-violence, l'égalité et le partage.
Personne ne peut forcer quelqu'un à faire quelque-chose;
les parents laissent les enfants très libres; dans la conversation,
on ne crie pas et on ne coupe jamais la parole à quelqu'un;
un Penan ne possède aucun bout de terre à lui et ne
laisse personne manquer de nourriture; au cours de leur histoire,
ils n'ont connu presque aucune guerre.
Quelles uvres d'art produisent-ils?
Ils fabriquent des objets en vannerie extrêmement variés
et raffinés, comme des sacs et des hottes en rotin à
motifs végétaux, des nattes à motifs géométriques,
des colliers et bracelets très légers.
Quels sont leurs problèmes dans le monde
actuel ?
Depuis les années 1970, on leur a confisqué des
terres pour en exploiter les arbres et les mines du sous-sol, planter
des grandes superficies de palmiers à huile ou construire
des barrages. L'Etat malais oblige les derniers nomades à
se sédentariser et donc à abandonner leur mode de
vie traditionnel.
Chassés de leurs terres, ils se réfugient dans les
banlieues des villes où ils vivent dans des taudis et sont
sous-alimentés. Ils sont considérés comme inférieurs
et victimes du racisme.
La destruction de la forêt est plus violente que partout
ailleurs dans le monde. Pour s'y opposer, les Penan font des barrages
routiers, mais se font arrêter et emprisonner. Ils ont commencé
à faire des procès contre les grandes entreprises
de déforestation, et en 2001, pour la première fois,
leurs voisins iban ont gagné. Sarbacane contre bulldozer,
qui l'emportera?
Les mots en gras sont expliqués dans
le lexique
Pour en savoir plus sur les Penan, cherche dans la médiathèque
et sur le site Internet de Survival.
Dossier réalisé à partir des
publications de Survival et du Dictionnaire des peuples de
J.-C. Tamisier, éditions Larousse 1998
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