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© Arthur Howes/Survival
Quel
est leur vrai nom ?
Nuba est le nom donné par le gouvernement soudanais à
une cinquantaine de groupes habitant les monts Nuba. Ils se nomment
eux-mêmes "gens des collines" et pour se distinguer
les uns des autres, se désignent par le nom de leur colline
ou de leur village.
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
Les monts Nuba sont des massifs de granit de 400 à 1400 mètres
daltitude au-dessus de limmense plaine de savanes du
Kordofan, au centre du Soudan. Les Nuba sy sont installés
depuis plusieurs siècles et se sont retranchés dans
ces montagnes reculées pour échapper aux razzias des
tribus arabes qui capturaient les Africains noirs pour les
vendre comme esclaves.
Les groupes sont restés isolés les uns des autres
et du monde extérieur jusquaux années 1970.
Agriculteurs, ils vivaient en paix avec les tribus arabes de pasteurs
nomades, les Baggara, en cultivant les collines et les vallées
couvertes de savane, de baobabs et darbres à gomme
arabique. Leur vie est rythmée par la succession des saisons
de pluie et de sécheresse, les travaux agricoles et les fêtes.

Combien sont-ils ?
Ils étaient environ un million avant la guerre civile
qui a ravagé le sud du Soudan et les monts Nuba de 1992 à
2002. Aujourdhui ils sont environ 500 000 en pays nuba, un
grand nombre ayant émigré en ville ou à l'étranger.
Quelles langues parlent-ils ?
Les Nuba parlent plus de 50 langues distinctes non écrites,
regroupées en deux grandes familles : nilo-saharienne et
kordofanienne.
Comment
s'habillent-ils ?
Aujourdhui, les Nuba musulmans
sont habillés de longues robes et de turbans blancs. Jusquaux
lois soudanaises interdisant la nudité, les jeunes hommes
vivaient complètement nus tant quils étaient
en âge de lutter, soit entre 20 et 30 ans. Ils se trouvaient
beaux ainsi, fiers de leurs corps dathlète. Cette nudité
complète prenait fin chez les filles dès leur première
grossesse.
Tous portaient une fine ceinture de perles, de coquillages et de
cuir autour des hanches sans laquelle ils se sentaient vraiment
nus. Les coiffures, parures et peintures corporelles différaient
dun groupe à lautre. Les Nuba de Kau sont ceux
qui ont été le plus photographiés par les voyageurs
fascinés par leur beauté.
Les filles, dès lâge de trois ans, s'enduisaient
de la tête aux pieds dune huile teintée de terre
ocre, plus ou moins rouge selon leur clan. Elles portaient de nombreux
colliers de perles, de racines, de graines, de fruits secs et de
plumes, un anneau de métal dans une narine, un casque de
tresses enduit de graisse et de terre, piqué de plumes dautruche.
Elles avaient le corps et le visage couverts de scarifications:
on utilisait une épine pour soulever la peau et une lame
pour linciser. Puis on recouvrait toutes les incisions de
farine de sorgho (une céréale) pour les sécher
et donner une forme bien bombée aux cicatrices. Elles supportaient
tout cela sans broncher.
Elles commençaient à lâge de 10-11 ans
par des motifs scarifiés sur le visage pour s'embellir, améliorer
la vue et éloigner les maux de tête. Puis aux premières
règles elles se scarifiaient des lignes verticales sur le
ventre. Enfin, passés les trois ans de leur premier enfant,
elles se se scarifiaient le dos, les fesses et les jambes pour redevenir
séduisantes.

© Arthur Howes/Survival
Pendant la saison sèche, les hommes passaient également
beaucoup de temps à se peindre sur le corps et le visage
des motifs quils réinventaient, jour après jour,
pour se mettre en valeur.
Comment sont leurs maisons ?
Les villages sont installés au sommet d'énormes
rochers arrondis ou sur les pentes des collines pour favoriser lécoulement
des eaux pendant la saison des pluies. Une maison comprend plusieurs
cases rondes en boue séchée coiffées dun
toit de chaume pointu. Elles sont disposées en cercle et
reliées entre elles par un mur.
On pénètre dans les cases par une petite ouverture
basse. Chaque case a une fonction précise: salle commune,
chambre des adultes, lieu sacré pour les trophées,
cuisine, chambre pour les enfants et grenier : son ouverture est
étroite et en hauteur et seules les femmes peuvent sy
glisser en plongeant la tête la première.
Que mangent-ils ?
Ils cultivent et mangent du maïs, des haricots, des melons,
des concombres, du sésame, de l'arachide, du sorgho et du
millet. Les femmes passent quotidiennement des heures à préparer
la bouillie de millet. Il faut d'abord écraser entre deux
pierres les grains pour les réduire en farine, préparer
la bouillie et la cuire dans des plats en terre sur un feu de bois
allumé devant la case-cuisine.
Chaque famille dispose aussi des ufs et du lait produits par
ses bêtes. On consomme très rarement de la viande.
Pour les fêtes, on fait fermenter de grandes quantités
de sorgho pour faire du marissa, la bière locale.
Quels animaux vivent autour d'eux ?
Les jeunes garçons sont chargés de lélevage
des chèvres, vaches et brebis sur les pâturages à
proximité des villages, tandis que les femmes élèvent
des cochons (sauf chez les musulmans) et de la volaille près
des cases.
Dans la savane vivent antilopes, lièvres et coqs de Guinée.
Autrefois les Nuba chassaient les antilopes, lions et léopards
armés de lances et de boucliers, mais pas les éléphants.
Un chasseur appelait à la chasse ses voisins et amis en soufflant
dans une corne spéciale et ils partaient par petits groupes
pour deux ou trois jours. Le gibier était partagé,
la tête revenant au "maître de chasse" qui
menait le groupe. On chassait lantilope pour l'offrir en sacrifice.
Aujourdhui, ils chassent des coqs de Guinée, lièvres
et rats à la lance ou au fusil.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Avant lindépendance du Soudan en 1956, les Nuba
étaient animistes. Depuis, ils ont été
convertis à lislam ou au christianisme, mais environ
un quart d'entre eux sont restés animistes et croient
en un dieu unique qui a créé lunivers et décide
de l'avenir des hommes, qui ne punit pas le mal et ne récompense
pas le bien.
Selon eux, il existe une vie après la mort : tous les êtres
vivants, hommes et animaux, ont une "âme ombre"
qui se sépare du corps à la mort pour aller vivre
une autre vie.
Ils croient aussi aux pouvoirs surnaturels des ancêtres, des
bons et mauvais esprits, ou encore des jeteurs de sort. Pour sattirer
leur protection, des rites accompagnent tous les moments
importants de la vie privée comme la naissance, le mariage,
la maladie ou la mort, et de la vie du groupe, comme la pluie ou
la récolte. Ce sont les kujurs, hommes habités
par les esprits, qui sont chargés de "faire la pluie",
de célébrer les mariages, de guérir les malades,
de protéger les combattants, de fixer le début des
fêtes et des rites dinitiation.
Lors dun rite lié aux cultures, on pose des épis
sur un autel en pierre au-dessus duquel un animal a été
sacrifié. Chaque participant tient sa lance ensanglantée
par dessus lanimal sacrifié, puis le kujur s'adresse
au dieu: "Donne-nous des céréales, de la bière
et des enfants". Pour les récoltes, les rites sont
accomplis dans la maison du kujur et accompagnés de
quantité de bière, de chants et de danses.
Quelles sont leurs fêtes?
Elles ont lieu à larrivée des pluies, de
mai à juin, puis après les récoltes de septembre,
à la saison sèche. Les principales fêtes, les
sibir, sont celles du feu, des récoltes et de la chasse,
avec des tournois de lutte et des danses. Pour la fête du
feu, qui a lieu en novembre, le kujur allume un feu, puis
les participants coupent de lherbe verte, battent les personnes
de leur choix avec cette herbe pour en éloigner les mauvais
esprits et jettent les gerbes au feu. Un jeune homme peut également
battre la jeune fille de son choix pour lui montrer quil souhaite
l'épouser et mettre ainsi les chances de son côté.
Cest lors des fêtes des récoltes que commence
la saison des tournois de lutte, pour remercier le dieu pour labondance
des récoltes. Ces tournois confrontent les meilleurs lutteurs,
les kaduntor. Les athlètes sélectionnés
saffrontent à main nue ou avec des bâtons. Les
Nuba de Kau étaient renommés pour se battre
avec de redoutables bracelets de cuivre à double lame tranchante.
Sur laire de combat où ils sont rassemblés nus
et peints, armés de leurs lances, les kaduntor se
battent deux à deux. Chacun des lutteurs est accompagné
dun arbitre de son village qui arrête le combat dès
quil devient dangereux. Même dans les combats au bracelet
tranchant, les blessures sont rarement mortelles et vite séchées
en appliquant de la terre.
Lavés et parés à nouveau, les vainqueurs assistent,
au coucher du soleil, à une danse frénétique
donnée en leur honneur par les jeunes filles du village qui
chantent les louanges des kaduntor et choisissent à
tour de rôle leur favori.
Quelles uvres d'art produisent-ils?
La parure du corps représente le sommet de lart nuba.
Rien nest plus beau quun corps dathlète
prêt pour le combat, couvert de cendre ou de rayures blanches,
paré d'une coiffure ou d'une ceinture de plumes dautruche.
Chez les Nuba de Kau, au cours de longues séances
de peinture, le corps est d'abord rasé, puis enduit dhuile
et de poudres colorées selon des motifs du choix de chacun.
Le blanc vient de la poudre de coquillage ou de calcaire; locre,
le jaune et le rouge d'une pierre tendre creusée dans une
grotte; le noir de la poussière de charbon et le bleu des
marchands arabes. Seuls les meilleurs lutteurs ont le droit de se
peindre tout le corps en noir.
Chacun invente son maquillage pour le mettre en valeur, faire peur
ou faire rire. Depuis quils ont de petits miroirs, ils se
peignent eux-mêmes, mais avant ils se peignaient les uns les
autres. Les combattants se reconnaissent à leurs pointes
rasées des tempes vers la nuque, surmontées dune
sorte de casque en cire dabeille soupoudré de couleurs
et orné de plumes dautruches.
Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?
Aujourd'hui les Nuba vivent pauvrement, que ce soit dans les
villes où ils se sont réfugiés ou en pays nuba.
Ils sont généralement traités comme des citoyens
inférieurs et sont victimes de discrimination.
A partir des années 1960 leurs plaines ont été
occupées par des hommes d'affaires de la capitale pour devenir
d'énormes fermes mécanisées. Ceux qui refusaient
d'abandonner leurs terres étaient malmenés, emprisonnés
ou assassinés.
De 1992 à 2002, Les Nuba ont été entraînés
dans une guerre civile entre le gouvernement islamiste de la capitale
et le sud du pays. Les tribus arabes les combattaient sur leur territoire-même
et de nombreux Nuba ont été massacrés ou se
sont réfugiés dans les villes du nord. Certains ont
été déportés et enfermés
dans des camps dits "camps de la paix".
En 2005, après les affrontements, les Nuba de retour dans
leurs villages nont pas retrouvé leurs terres agricoles.
Ils croyaient les posséder collectivement selon la coutume,
mais elles avaient été confisquées par le gouvernement
et cédées à des populations arabes venues du
nord du Kordofan ou à de riches marchands.
Depuis de nombreuses années, Survival se bat pour la reconnaissance
des droits des Nuba et pour l'arrêt de la spoliation
de leurs terres par les fermiers.
Les mots en gras sont expliqués dans
le lexique
Dossier réalisé à partir
de la
page Nuba du site de Survival et de plusieurs livres en anglais
:
Oswald Iten, Le Soudan, Zurich, Editions Silva, 1983
Eliane et Pierre Dubois, Soudan, pays des Nouba, Lausanne,
Edita S.A. 1980
Leni Riefenstahl, Les Nouba de Kau, Paris, Chêne, 1976
Two Nuba Religions : An Essay in Comparison in Gods and Ritual,
in "Readings in religious beliefs and practices", John
Middleton, éd. New York, The Natural History Press, 1967
S.F. Nadel, The Nuba. An Anthropoligal Study of the Hill Tribes
in Kordofan, Oxford University Press, 1947.
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