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Nos premiers parents,
ils étaient grands
beaux dans leur sauvagerie
comme leurs Dieux de la Nature
Waya Gorodé
Quel est leur nom ?
Le mot "Kanak" viendrait à l'origine du mot
hawaïen kanaka signifiant "homme". Il peut
aussi être un dérivé du nom Téin Kanaké
qui signifie le premier (Tein) homme (Kanaké).
On le trouve dans les légendes qui racontent l'arrivée
des premiers hommes en Nouvelle-Calédonie. On l'écrivait
autrefois "Canaque", à la française. De
nos jours, "Kanak" est le terme par lequel se désignent
les premiers habitants de la Nouvelle-Calédonie.
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
La Nouvelle-Calédonie fait partie des îles de la
Mélanésie, dans l'océan Pacifique. Elle a été
découverte en 1774 par James Cook, mais elle était
habitée depuis 4000 ans par les Kanak. A la fin du 19ème
siècle, de nombreux colons français vinrent
s'y établir.
Depuis 1957, c'est une "collectivité d'Outre-Mer"
située à 18 713 km de la tour Eiffel, à 22
heures de vol de Paris, avec 10 heures de décalage horaire.
L'archipel, grand comme deux fois la Corse, se compose de la Grande
Terre et des îles Loyauté (Lifou, Maré, Ouvéa
et Tiga).

Le climat tropical est chaud et humide, ce qui donne une végétation
épaisse et très verte. Comme l'île a beaucoup
d'eau, les Kanak entretiennent des jardins très fleuris grâce
à une irrigation savante. Les magnifiques paysages de l'archipel
ont toujours émerveillé les visiteurs.
En 1874, Louise Michel écrivait : 'le silence profond,
la solitude où la pensée frappe de ses ailes les sommets
tourmentés des montagnes, tout cela vous emporte loin, bien
loin de votre existence'. Mais l'île est aussi sujette
aux tempêtes tropicales et même aux cyclones. Le dernier
en date, Erica en 2003, a provoqué des dégâts
importants du fait de la puissance de ses vents.
Combien sont-ils ?
Les Kanak représentent environ 45% de la population de
la Nouvelle-Calédonie qui, en 2004, était d'environ
240 000 habitants.
Les Kanak sont organisés en tribus et vivent plutôt
dans le nord de la Grande Terre et dans les îles Loyauté.
Les Blancs vivent dans le Sud et à Nouméa, la ville
principale.
Quelles langues parlent-ils ?
Il existe 28 langues kanak différentes, et le français
est la langue commune que l'on apprend à l'école et
qui permet de se comprendre entre tous et avec les Blancs, surnommés
"caldoches".
Comment
s'habillent-ils ?
Avant l'arrivée des colons, les femmes vivaient seins
nus et portaient des jupes courtes en fibres d'écorces battues
pour être assouplies, puis teintées. Elles paraient
leurs cheveux de peignes en éclats de bambou et portaient
autour du cou des colliers de perles de pierre verte.
Les missionnaires les ont obligées à se couvrir le
corps de larges robes à col fermé, les 'robes mission'
qui avaient été dessinées spécialement
par un couturier parisien ! Les hommes ne s'habillaient que d'une
sorte de cache-sexe en écorce, l'étui pénien.
Eux aussi ont aussi été forcés de l'abandonner
et de se couvrir les reins d'un tissu, le manou.
Comment sont leurs maisons ?
La maison traditionnelle est en forme de grande ruche.
Mais avec la colonisation, elle a été remplacée
par le modèle rectangulaire venu de France, en pierre et
en tôle. Maintenant le modèle "ruche" traditionnel
avec son toit cônique, redevient à la mode.

Maison kanak traditionnelle en forme de ruche © Christiane
Graff
Certaines atteignent plus de 10 mètres de haut et sont surmontées
d'une flèche en bois sculpté qui représente
les ancêtres et que l'on retrouve au centre du drapeau kanak.
Ce sont les maison communes, fierté des villageois, où
se réunissent les gens importants autour du chef. Bâties
au sommet d'un monticule, elles dominent les autres cases. Des
spécialistes choisissent en forêt un beau tronc d'arbre
qui fera le poteau central sur lequel les montants de la charpente
s'appuient, à l'image du chef et de ses "sujets".
Quels animaux vivent autour d'eux ?
L'île est riche d'une centaine de variétés d'oiseaux
comme l'ibis, le cagou, un grand échassier symbole du territoire,
ou le nautou, la plus grosse espèce de pigeon au monde.

Crabe de cocotier © Christiane Graff
Les mammifères sont rares et on ne craint pas les
serpents, contrairement à beaucoup de régions tropicales
du monde. Par contre c'est le royaume des lézards, considérés
comme les ancêtres de l'homme.
Quant au corail, c'est un animal microscopique se construisant tout
au long de sa vie une carapace qui, cumulée avec celle de
ses millions de congénères, forme un récif
corallien. Les rivages de la Nouvelle-Calédonie sont riches
en coraux de formes et de couleurs variées où vivent
des multitudes de poissons tout aussi colorés.
Que mangent-ils ?
Ils cultivent des variétés innombrables d'ignames
et de taros qui sont des plantes à tubercules. Un bon jardinier
aime collectionner des variétés nouvelles, et pour
cela il en échange avec ses amis et voisins.
Les ignames nouvelles ne sont récoltées quà
la lune de mars lorsque apparaît la constellation des Pléïades.
La première récolte est faite très discrètement
pour vérifier que le temps est bien venu. Le responsable
de ce rite va choisir une igname symbole, la fait cuire,
en mange une partie et donne lautre à goûter
au grand chef. Celui-ci déclare alors ouverte la période
de la récolte. Une première cérémonie
réunit les hommes autour de ligname nouvelle. Deux
semaines plus tard, une nouvelle cérémonie permet
à tous les clans de venir apporter leurs offrandes au grand
chef. Ainsi la culture de ligname rythme la vie de la tribu
et lui sert de calendrier.
Le bananier, le cocotier et la canne à sucre sont aussi
des cultures essentielles. Les colons avaient essayé d'imposer
le café, mais sans grand succès. On pêche des
coquillages et des roussettes. La chauve-souris et le nautou sont
des plats appréciés.
Comment
pêchent-ils ?
Les Kanak partent sur l'océan en pirogue simple à
un balancier, ou en pirogue à double coque, ancêtre
du catamaran. Ils pêchent à la ligne, au filet ou à
la sagaie et rapportent du poisson, mais aussi des tortues et des
vaches marines.
"Nos vieux piroguiers savaient lire les messages tracés
dans le ciel par les flèches lumineuses des étoiles...
La nuit, ils regardaient le ciel et prêtaient l'oreille au
bruit des vagues" écrit Waya Gorodé dans
Mon école du silence.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Les défunts sont toujours invités à aider
les vivants. Les jardiniers enterrent entre leurs plantations de
taros des pierres qui symbolisent les ancêtres pour qu'ils
fertilisent la terre. Ces Anciens s'expriment par des coups de tonnerre
ou des cris d'animaux. Ils sont les bao, les totems
du clan. On entre en communication avec eux en prononçant
des formules magiques pour leur demander leur protection.
Pour se protéger, ils fabriquent des objets magiques, commes
les "boucans", petits paquets de plantes choisies pour
leur pouvoir de repousser les mauvais esprits. Chaque famille a
ses recettes secrètes.

Petite fille kanak © Stéphanie Graff
Les missionnaires ont converti les Kanak à la religion chrétienne
et construit des églises et des écoles religieuses
à travers tout le pays, obligeant les gens à se vêtir
à l'européenne et à apprendre le français,
mais les croyances ancestrales n'ont pas pour autant disparu.
Comment sont leurs fêtes?
Les cérémonies d'échanges, appelées
pilou-pilou, et bwénaado en langue de Touho,
ont lieu pour les naissances, les mariages et les funérailles.
Les invités arrivent les bras chargés de tissus, d'ignames,
de coquillages, de jupes en fibres et de billets de banque, et leurs
hôtes leur offrent aussi des piles de cadeaux.
Echanger ainsi des choses se dit "faire la coutume".
Ces fêtes sont l'occasion de danser et de chanter de longs
poèmes sur des rythmes haletants scandés par les bambous
creux frappés sur le sol. Des danses nocturnes accompagnent
le défunt dans son dernier voyage : "Il est parti
peu avant l'aube, séparant le jour de la nuit, son pied a
fendu l'aurore, jusqu'à la ronde des défunts".
Comment sont leurs uvres d'art ?
Les Kanak plantent des arbres qui donneront de grandes écorces
semblables à du tissu et destinées à être
peintes, comme des tableaux sur toile chez nous. On y représente
les animaux totems d'une famille.
Ils sculptent le bois pour faire les encadrements de porte des
maisons et les flèches faîtières plantées
au sommet des toits. Ces uvres finement travaillées
de motifs géométriques évoquent la mer, les
oiseaux ou les ancêtres. Les histoires des clans kanak sont
gravées sur de gros bâtons de bambous qui se lisent
comme des BD et qui sont frappés au sol pour rythmer les
danses.
Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?
A Paris, pour l'exposition universelle de 1931, on fit venir des
Kanak pour les exposer en cage devant le public, comme des animaux
dans un zoo.
Vers 1968, la France a commencé à exploiter en très
grande quantité du nickel de Nouvelle-Calédonie, sans
que les Kanak profitent de cette richesse.
En 1984, la révolte des Kanak contre le système colonial
a éclaté et fait des morts et en 1989 deux chefs
kanak, Jean-Marie Tjibaou et Yeiwene Yeiwene ont été
assassinés.
Dans les archives du journal,
à la page musée vivant tu peux lire l'article
sur le centre J.-M. Tjibaou à Nouméa.
Cette histoire douloureuse a abouti à la paix quand "l'Accord
de Nouméa" a été signé en 1998
: il reconnaissait enfin l'identité kanak. L'objectif de
cet accord est de progresser ensemble vers un avenir où toutes
les communautés vivront en bonne entente sur le territoire.
Mais les Kanak demandent surtout que la loi française les
reconnaisse comme un peuple qui a sa culture propre
et pas seulement comme des citoyens français. Par exemple,
Les Kanak pensent que la mer est habitée et qu'elle obéit
aux mêmes lois que la terre : ils disent qu'il y a "une
continuité entre le cocotier sur la plage, le poisson dans
le lagon et la langouste sur le récif". Ils ne veulent
pas que leurs plages et leurs sites sacrés soient livrés
aux touristes, à l'exploitation minière et aux constructions.
Les mots en gras sont expliqués dans
le lexique
Pour en savoir plus, cherche des livres dans la
médiathèque ; dans les archives
du journal , tu peux lire l'article de mai 2008 : "20 ans
d'histoire kanak" et deux pages du "musée vivant"
: le centre J.M.Tjibaou et Gi O kono, casse-tête
kanak.
Dossier réalisé à partir de
Nouvelle-Calédonie, vers l'émancipation de
Alban Bensa, Coll. Découvertes Gallimard et du numéro
18-19 de Ethnies, 'Chroniques kanak, l'ethnologie en marche',
de A. Bensa, Survival-France 1995.
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