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'La tradition du partage, voilà ce qu'il reste de la vie
cérémonielle ici. Quand on prend une baleine, tous
ceux qui ont participé à la chasse partagent la viande.
On donne de la viande aux veuves, et même aux mauvais chasseurs.
On échange les chiens et les équipements, tout le
monde utilise les maisons. Ici, la terre n'appartient à personne'.
Ainsi parle Torben dans le livre Ce paradis de glace, de
G. Ehrlich (éd. Albin Michel).

© Catherine Reisser,
Laurence Quentin.
(In Les terres de glace, coll. Baluchon, ed. Nathan 2005)
Quel est leur vrai nom ?
Pendant longtemps on les a appelés Eskimo, terme péjoratif
qui signifie 'mangeur de viande crue' en Inuktitut. Ils ne veulent
plus de ce mot pour les désigner et préfèrent
être appelés 'Inuit', c'est à dire 'humains'
(Inuk au singulier).
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
Les Inuit vivent dans le nord du Canada et de l'Alaska (Etats-Unis),
ainsi qu'au Groenland et à la pointe orientale de la Sibérie,
donc de la Russie. On pense que c'est de là qu'ils sont venus,
en traversant à pied le détroit de Béring vers
le continent américain (voir dans le journal l'article de
septembre 2005 : A pieds de l'Asie à l'Amérique).
Contrairement à ce que l'on dit parfois, ils ne vivent pas
au Pôle Nord, puisque là il n'y a que de la banquise,
donc pas de terre.

Ces immenses territoires couvrent 12 millions de km2. Il y fait
un climat
extrêmement froid, avec des hivers où règne
la nuit polaire. La mer gèle en surface pour former la banquise,
des vents violents appelés blizzards déplacent et
sculptent la neige.
L'été, au contraire, c'est le jour continu. La température
remonte assez pour que la banquise fonde et que la terre dégèle
en surface. La végétation n'a que quelques mois pour
sortir de terre et donner des fleurs et des fruits. Il n'y a donc
pas d'arbres.
Combien sont-ils ?
Aujourd'hui, ils sont environ 150 000, dont la grande majorité
sur la rive Est du Détroit de Béring.
Quelles langues parlent-ils ?
Si l'on apprend l'anglais, le danois, le français ou
le russe à l'école, à la maison on parle inuktitut.
L'alphabet inuit a été adapté pour être
utilisé en informatique et les cours de construction de kayak
ou de traineau en inuktitut sont de plus en plus réclamés
par les parents d'élèves. Ce sont souvent les vieux
qui viennent dans la classe pour enseigner les traditions
aux enfants.
Comment
s'habillent-ils ?
Leurs vêtements doivent avant tout être chauds et
imperméables, et la peau des bêtes chassées
répond bien à cette exigence. Parkas en fourrure,
avec leurs larges capuches où les femmes installaient les
bébés, kaniks ou bottes à semelle de phoque,
anoraks en membrane d'estomac de phoque : autrefois les vêtements
étaient cousus avec des aiguilles en os et du fil en tendon
de baleine. (Tu peux voir un de ces anoraks à la page musée
vivant du journal).
Pour les fêtes, les femmes se couvrent le buste de larges
cols à motifs complexes faits de minuscules perles multicolores,
les tiges des hautes bottes et les ceintures sont brodées
et l'on se pare de bijoux en ivoire de morse. Si aujourd'hui les
Inuit portent des vêtements modernes dans la vie courante,
les parures traditionnelles sont toujours à l'honneur pour
les fêtes.
Comment sont leurs maisons ?
On connaît surtout l'igloo, fabriqué de blocs de
neige compacte assemblés pour former un dôme. C'est
un habitat saisonnier, utilisé pendant les campagnes de chasse
en hiver. Il est bien hermétique au vent et assez clair car
la neige est translucide. Grâce aux petites lampes à
graisse de phoque ou de baleine, on y vit à 1 ou 2° de
température, alors que dehors il peut faire -50°.
Mais les Inuit construisaient aussi de grandes maisons en pierre
et mottes de terre, avec des poteaux et des poutres, des plate-formes
pour dormir et des étagères en bois flotté.
L'oumiak, barque plus grande que le kayak, peut aussi devenir un
abri quand on le retourne.

© Catherine Reisser,
Laurence Quentin
(In Les terres de glace, coll. Baluchon, ed. Nathan 2005)
De nos jours, la plupart d'entre eux habitent des maisons modernes
colorées, chauffées, avec la télé, le
téléphone et internet. Mais ils aiment partir pour
quelques jours en expédition de chasse et apprendre à
leurs enfants à fabriquer un igloo ou un abri en pierre.
Que mangent-ils ?
Leur alimentation traditionnelle comporte surtout des aliments
riches en protéines : de la viande crue, du muktuk ou membrane
de baleine et du poisson. Pour la conservation, l'hiver la congélation
est facile. En été, ils taillent des rubans de viande
et des filets de poisson qu'ils font sécher au soleil. Les
réserves sont ensuite cachées sous de gros cailloux
pour ne pas être volées par les animaux.
Ils découpent la viande avec un couteau à lame arrondie,
l'ulu, et la consomment crue. Elle est ainsi beaucoup plus riche
en vitamines et bien adaptée à leur environnement
où la cuisson sur un feu de bois est impossible.
L'été, ils cueillent aussi des pissenlits, des baies
sauvages comme les myrtilles, et ramassent des ufs d'eider.
L'hiver, ils rentrent par un trou sous la banquise pour chercher
des moules pendant que la marée est basse.
La nourriture est toujours partagée entre tous les membres
d'une communauté. Si le foie de l'animal revient au chasseur,
ce sont les femmes qui découpent la viande avec l'ulu et
la distribuent. Si les vieux n'ont plus d'assez bonnes dents pour
la mâcher, les jeunes le font pour eux. S'entraider est essentiel
dans la culture inuit.
Aujourd'hui, ils vont souvent au supermarché, boivent du
coca-cola et utilisent des réfrigérateurs.
Comment
chassent-ils ?
L'été, les hommes chassent depuis leur kayak en
bois ou en os tendu de peau de phoque. L'hiver, ils y vont en traineau
à chiens ou en motoneige. Ils se postent immobiles pendant
des heures en attendant qu'un phoque montre le bout de son nez par
un trou creusé dans la banquise.
Les fusils à lunette modernes permettent de viser plus
sûrement, mais les chasseurs inuit préfèrent
souvent utiliser les vieilles armes traditionnelles, comme le harpon
et le propulseur, dans le souci de préserver la faune sauvage
pour l'avenir. Ils ne chassent que ce dont ils ont besoin pour nourrir
la communauté.

© Catherine Reisser,
Laurence Quentin
(In Les terres de glace, coll. Baluchon, ed. Nathan 2005)
Le chasseur a un grand respect pour l'animal abattu, et pour apaiser
son esprit, il lui verse quelques gouttes d'eau ou un peu de neige
dans la gueule en prononçant des paroles rituelles. Autrefois
la famille était nomade et changeait régulièrement
de territoire de chasse. Maintenant, on ne part que pour quelques
jours pendant les vacances et les week-ends.
Quels animaux vivent autour d'eux ?
Ours blanc, glouton, lemming, morse, phoque, narval, béluga,
saumon, morue, oiseaux de mer et dans certaines régions buf
musqué et caribou: la faune sauvage du Grand Nord est riche,
et constitue la nourriture traditionnelle des Inuit. Elle fournit
aussi l'huile pour les lampes, des matériaux comme l'os et
l'ivoire pour la fabrication d'objets, les peaux pour la confection
des vêtements, des bateaux, des tambours et des habitations,
les tendons pour le fil à coudre et la ficelle.
Ils élèvent des Huskies qu'ils dressent pour tirer
les traineaux et qu'ils nourrissent de viande de phoque. Les chiens
peuvent être attelés en éventail ou en file
deux par deux. Guider un attelage suppose un long apprentissage.
Chaque chien a une place et un rôle particuliers en fonction
de son caractère et de sa force.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Le chamane est chargé des relations entre les
hommes, les bêtes et les éléments naturels.
Il soigne les malades et protège des mauvais sorts. Pour
devenir chamane, il faut avoir surmonté des épreuves
d'initiation très dures : jeûner plusieurs jours, vivre
isolé dans un igloo pendant un mois.
'C'est dans la solitude et la souffrance que le chamane doit
chercher la sagesse' dit l'un d'eux. C'est là qu'il fait
connaissance avec les esprits, et ensuite les anciens chamanes enseignent
au nouveau les paroles et gestes magiques et lui transmettent les
secrets de la nature.
Quelles sont leurs fêtes?
Les fêtes du retour du printemps, et donc de la lumière,
ou celles pour remercier les esprits après une bonne chasse
restent l'occasion de se regrouper pour jouer, chanter et danser.
Les larges tambours tendus de peaux et les voix graves des chanteurs
rythment danses et compétitions sportives.
Les Inuit ont inventé le trampoline en faisant sauter les
enfants sur des peaux tendues par les adultes. Les concours de grimaces,
de bilboquet, d'osselets et de figures en ficelle entrecroisée
avec les doigts occupent les longues soirées d'hiver.
Quelles uvres d'art produisent-ils?
Ils fabriquent des outils en ivoire de morse et en os sculptés,
comme les propulseurs et les grattoirs, décorés de
savants enchevêtrements d'animaux et de motifs géométriques.
Les sculptures modernes en pierre de stéatite sont de plus
en plus recherchées par les étrangers et peuvent devenir
une bonne source de revenus. Elles représentent souvent des
animaux, mais aussi des scènes de la vie traditionnelle.
Les vêtements avec boutons sculptés et broderies colorées
sont aussi de véritables uvres d'art.
Quels sont leurs problèmes dans le monde
actuel ?
Depuis 1990, les Inuit des différents pays se sont regroupés
pour former l'ICC, la Conférence Circumpolaire Inuit. Ils
peuvent ainsi mieux défendre leur culture et leur environnement
naturel, et se faire entendre politiquement.
Au Canada, ils ont obtenu en 1999 l'autonomie de leur territoire
et ont créé un nouvel Etat, le Nunavut, qui a sa capitale,
Iqaluit, son premier ministre, Paul Okalik et son drapeau.
La principale menace que redoutent les Inuit, c'est la dégradation
de leur environnement. Le réchauffement de la planête
causé par les pays riches a des conséquences catastrophiques
sur le milieu polaire. La faune est particulièrement touchée,
avec l'arrivée de nouvelles espèces et la disparition
d'autres.
Le sol subit des phénomènes inquiétants comme
le dégel du permafrost (terre gelée en profondeur)
qui libère du gaz carbonique et du méthane et qui
provoque des coulées de boue. Les courants marins du sud
apportent sur les côtes des déchets toxiques nuisibles
aux animaux et donc aux hommes qui s'en nourrissent. Les Inuit accusent
les pays riches de les empoisonner.
Les jeunes ont peu d'espoir dans l'avenir, car le chômage
est important et leur désuvrement les pousse à
l'alcoolisme, à la violence et au suicide. Certains chefs
de communautés s'activent pour créér des emplois,
et le développement du tourisme pourrait être une des
solutions.
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lexique
Pour en savoir plus, cherche dans le journal les
articles suivants : Tournage sur la banquise et Menaces
sur nanuk ainsi que les Devinettes glacées.
Tu trouveras des livres sur les Inuit dans la médiathèque
Dossier réalisé à partir de
Apoutsiak de P.-E. Victor, éditions Flammarion 1948,
Vivre comme les Inuits, éditions De la Martinière
jeunesse 2000 et du Dictionnaire des peuples de J.-C.Tamisier,
éditions Larousse 1998
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