|
'L'argent ne dure pas, la terre est pour toujours'
dit un proverbe innu

© Serge
Jauvin/Survival
Quel est leur vrai nom ?
Autrefois, on appelait les Innu les Montagnais ou les Naskapi.
Attention à ne pas confondre les Innu avec les Inuit
qui vivent plus au nord. A travers des récits anciens on
sait que les Montagnais côtoyaient les Inuit jusqu'à
ce que ces derniers se replient vers le nord en 1760.
Au XVe siècle, les Montagnais ont établi les premiers
contacts avec des baleiniers et des morutiers européens venus
pêcher sur leurs côtes et y établir des campements.
Ils firent alors avec les Européens le commerce des fourrures,
ce qui leur fit changer leur mode de vie traditionnel de chasseurs
nomades. Ils devinrent plus sédentaires et commencèrent
à poser des pièges pour attraper les animaux à
fourrure au lieu de les suivre à la trace.
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
Les Innu vivent au nord-est du Canada. Leurs villages sont établis
sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, dans les régions
du Saguenay et du Lac Saint-Jean. Ils sont regroupés en 11
communautés sur un territoire, le Nitassinan, couvert
de toundra, de lacs, de rivières et de forêts
de conifères. Le Nitassinan a été habité
par les Innu bien avant l'arrivée des Blancs.

L'Amérique du nord

Les 11 villages innu du Nitassinan au Canada
Combien sont-ils ?
Les Innu sont environ 17 000, vivant dans un pays peuplé
en grande majorité de Blancs, qu'ils appellent les Akanishau.
Quelle langue parlent-ils ?
La très grande majorité des Innu parlent toujours
leur propre langue, l'innu-aimun, qui fait partie de la famille
des langues algonquiennes. Elle s'écrit dans un alphabet
particulier.
Comment
s'habillent-ils ?
Les manteaux, moufles, jambières, mocassins et cagoules
en peau de caribou les protégeaient du froid, même
contre les vents du nord les plus violents. Les hommes portaient
deux types de manteaux de peau : avec la fourrure à
l'extérieur, ou sans fourrure et peints de motifs inspirés
par leurs rêves. Mais de nos jours, la plupart portent des
vêtements modernes en tissus synthétiques achetés,
et non plus fabriqués par eux-mêmes.
Comment sont leurs maisons ?
Les Innu sont semi-nomades. L'hiver, quand les rivières
sont gelées et que le Nitassinan est recouvert de neige,
ils se déplacent par groupes de 2 ou 3 familles en raquettes,
en tirant leurs affaires sur des luges. L'été,
ils séjournent plutôt près de la côte
et vont pêcher la morue.
Ils vivent maintenant dans des maisons modernes près de la
côte, mais les parents aiment partir à la saison de
la chasse pour apprendre à leurs enfants à dresser
la tente. On dispose en forme de cône des piquets de bois
que l'on recouvre d'écorce ou de peaux de caribou. On se
chauffe à l'intérieur en entretenant un foyer central.
Quels animaux vivent autour d'eux ?
L'orignal est un cervidé de deux mètres de hauteur
qui pèse jusqu'à 600 kg. Il a de longues pattes qui
l'aident à marcher dans l'eau profonde, les marais et la
neige. Son pelage est brun sur le ventre et plutôt gris près
des épaules. En été, il est plus foncé
et en hiver, ses poils sont plus longs. Il a une bosse sur les épaules
et une barbiche au menton. Le mâle est le seul à porter
des bois qui peuvent atteindre 1,75 m. À cause de son pelage,
il est souvent la proie des moustiques : il se roule alors dans
la boue ou s'immerge dans l'eau.
Le caribou est un autre cervidé, plus petit, qui migre entre
la toundra et la forêt. Les femelles portent aussi
des bois, mais pas à la même saison que les mâles,
et c'est une femelle qui mène la harde.
Dans la toundra et la forêt vit une faune sauvage riche d'espèces
variées : ours, écureuils, castors, perdrix ; sur
les lacs, des oies et des canards ; dans les rivières, des
truites et des saumons qui remontent le courant pour aller pondre.
Que mangent-ils ?
Les Innu se nourrissaient surtout de la viande et du poisson
que leur donnait la nature. De nos jours, la plupart d'entre eux
vont au supermarché et leur alimentation est celle de tous
les Canadiens. Traditionnellement, la nourriture était
partagée avec un grand souci d'égalité entre
tous les membres du groupe, mais la vie sédentaire moderne
a pratiquement fait disparaître cette belle coutume.
Comment
chassent-ils ?
Les meilleurs saisons de chasse sont le printemps et l'automne.
Les Innu partent alors sur les traces de l'ours, du porc-épic,
et surtout du caribou et de l'orignal, à travers le nutshimit,
qui désigne l'intérieur du pays par opposition à
la côte. Ils posent dans les rivières des pièges
à castors.
Très jeunes, les enfants apprennent à tirer du petit
gibier au lance-pierre.
À la fonte des glaces, ils pêchent en canoë dans
la mer ou les lacs : truites, saumons, homards et cabillauds.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Bien que les Innu soient catholiques, convertis par les Européens
à l'époque de la colonisation, ils ont gardé
leurs anciennes croyances et continuent à pratiquer les anciens
rites. Les esprits les plus importants sont les 'maîtres
des animaux' qui aident les Innu en partageant leur nourriture avec
eux. Le principal est Kanipinikat Sikueu, le maître
du caribou. Ses os, ses pattes et sa moelle sont mis de côté
pour préparer un plat sacré, le mukushan.

© Adam
Hinton/Survival
Les 'maîtres' communiquent avec les hommes par
le rêve, et le chamane organise des cérémonies
dans sa tente en peau pour les appeler : la tente est alors agitée
de violentes secousses comme si un vent fort s'engouffrait dedans.
Ce sont les esprits qui arrivent. Ils se mettent à parler
d'une voix étrange, inhumaine, que seul le chamane peut comprendre.
Il peut alors savoir pourquoi les esprits sont en colère
et comment on peut les apaiser pour que la chasse soit bonne.
Comment sont leurs fêtes?
Quand les chasseurs rapportent le caribou, on prépare
la viande pour un festin. Tout le monde danse, joue du tambour et
chante autour des aliments préparés pour l'occasion.
Les femmes imitent l'animal, tandis que les chasseurs les suivent
en une danse circulaire. Aînés et enfants se joignent
au makusham pour rendre hommage au caribou et à tous
les êtres vivants qui leur fournissent les choses nécessaires
à la vie.
Les aînés racontent comment le chasseur-chamane rêve
du caribou, joue du teuaikan, le tambour, et chante jusqu'à
ce qu'il ait reçu un message de l'animal disant qu'il est
prêt à s'offrir aux humains et leur dise où
se diriger.
Quels sont leurs savoirs particuliers ?
Ils savent comment se soigner avec les ressources de la
nature, sans avoir besoin des médicaments des Blancs. Pour
un coup de froid, on utilise la sève du pin. Pour soigner
une blessure, on la referme avec de la sève. 'Depuis que
nous vivons dans des maisons et que nous avons des cliniques, nous
sommes toujours malades' disent-ils. Mais c'est l'alimentation
moderne qui ruine leur santé : chips, boissons sucrées,
conserves, alcool.
Ils fabriquent des boîtes en écorce et bois de bouleau,
des sacs et des mocassins en cuir dorignal et de caribou,
des jeux de bilboquet en bois de cervidé et créent
des sculptures en racine dépinette.
Les raquettes sont faites le plus souvent en bouleau, mais on utilise
parfois le mélèze. Pour faire le lacis des raquettes,
on préfère de la babiche en peau de caribou, mais
on utilise aussi de la peau de phoque, de la toile ou de la corde.
Quels sont leurs problèmes dans le monde
actuel ?
Au début du siècle, l'exploitation du bois et
des mines, la construction des barrages hydroélectriques,
les clubs de pêche pour les Blancs sur les meilleures rivières
à saumons ont privé les Innu des ressources qui leur
fournissaient leurs moyens de subsistance.
Vers 1950, le gouvernement du Canada a cherché à
les 'absorber' et les a obligés à devenir sédentaires.
De chasseurs-pêcheurs vivant de la nature, ils sont devenus
ouvriers dans les scieries, dans les mines de nickel et les conserveries
de morue. Ils ont petit à petit oublié leur culture,
perdu le goût de vivre et se sont laissés entrainer
vers l'alcoolisme, la drogue, la violence et le suicide.
Les jeunes ont perdu espoir et l'un d'eux en parle ainsi : 'On
nous rend honteux d'être Innu. Certains de nous ont maintenant
peur d'aller dans la nature... On nous pousse trop à être
comme des Blancs, et la culture innu est rejetée à
l'extérieur de l'école'.
'Cest absurde de la part du gouvernement de nous prendre
nos terres. Le peuple innu vit ici depuis bien plus longtemps que
lui' affirme Munik Rich, du village de Utshimassits, le
plus au nord du Nitassinan.
'Les Innu qui sont morts ont laissé toute la terre
et les animaux à leurs enfants et petits enfants. Ils ont
transmis leur héritage. Je suis vraiment étonné
que le gouvernement canadiern ne reconnaisse pas cela' ajoute
Daniel Poker, du même village.
Le Canada doit reconnaître les droits des Innu sur leur
propre terre et surtout celui d'y vivre selon leur propre choix.
En 1999 les Nations Unies ont condamné cette 'politique
d'extinction des droits des Innu'.
Les mots en gras sont expliqués dans
le lexique
Tu trouveras d'autres photos des Innu dans la photothèque
Pour en savoir plus, tu peux chercher dans la médiathèque
et te rendre sur le site
de Survival
Dossier réalisé à partir des
publications de Survival et de différents sites Internet
Innu.
|