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'J'ai compris aujourd'hui que mon fils avait
déjà perdu notre mode de vie, et qu'il avait trouvé
un autre chemin, une autre religion [..]. il veut rester en ville
[...] ça me rend triste, mais je ne veux pas le forcer...
Mais s'il réussit à l'université et qu'il revient
aider les Mentawaï, alors je dirai merci ! '
Teoreun, chamane mentawaï

Homme-fleur lors d'une fête
© Christophe Abegg
Quel est leur vrai nom ?
Ceux que l'on surnomme les hommes-fleur s'appellent en réalité
les Mentawaï, du même nom que les ïles qu'ils habitent.
Dans quels pays et quel milieu naturel vivent-ils
?
Dans l'océan Indien, à une centaine de kilomètres
à l'ouest de la grande île de Sumatra, l'île
de Siberut fait partie de l'Indonésie. Elle mesure 100 km
de long sur 40 km de large, tandis que les autres îles de
l'archipel des Mentawaï, Sipora, Pagai Nord et Pagai Sud sont
plus petites.

Il y règne un climat équatorial chaud et très
humide qui permet à la forêt d'être épaisse,
toujours verte et riche de près de 900 espèces de
plantes. C'est le paradis des singes, dont certaines espèces
qui n'existent que là.
Depuis 1981, Siberut est protégé par l'UNESCO
et fait partie des 425 ' réserves de l'homme et de
la biosphère' qui sont chacune un modèle d'écosystème
abritant une population qui y vit depuis des siècles. Les
Mentawaï sont arrivés en pirogue dans l'archipel il
y a plus de trois mille ans.
Combien sont-ils ?
Leur nombre est estimé à 30 000, sur les 35 000
habitants de l'archipel.
Quelles langues parlent-ils ?
La langue mentawai appartient au groupe dit 'sumatrien', une
des langues austronésiennes. Les jeunes et quelques anciens
parlent l'indonésien, la langue nationale, et à l'école
on étudie dans les deux langues.
Comment
s'habillent-ils ?
Les Mentawaï doivent leur surnom d'hommes-fleur à
leur façon de se parer des fleurs de leur forêt. Ils
vivaient traditionnellement nus, et se confectionnaient des
couronnes, bracelets et pagnes multicolores pour les fêtes.
Pour la vie quotidienne, les fleurs d'hibiscus ornaient leurs cheveux
noirs et lisses. Des colliers et bandeaux de perles de couleurs
vives et des tatouages figurant des lianes et des feuilles complétaient
leur parure. De nos jours, ils vont à la pêche ou dans
les champs en short et en T-shirt.
Comment sont leurs maisons ?
Dès les années 1950, le gouvernement indonésien
les a forcés à devenir sédentaires,
sous prétexte de les moderniser. Cette politique a bouleversé
le mode de vie des Mentawai, les obligeant à quitter la forêt
et leurs traditionnelles grandes maisons communautaires, les uma,
pour s'installer dans des villages de maisons individuelles.

Uma mentawaï © Christophe
Abegg
Ces longues maisons étaient comme la place
du village, le lieu social et religieux de toute la communauté
: c'est là que les cérémonies d'initiation
et les rituels magiques de chasse se déroulaient.
Elles étaient couvertes d'une toiture de feuilles de palmier
posée sur une armature en bambou montée sur pilotis.
Chaque niveau représentait un étage du monde : entre
les pilotis, celui des esprits malfaisants, sur le plancher, celui
des hommes, et sur le toit, celui des esprits bienfaisants. L'oiseau
magique accroché au toit de l'uma était le
messager entre les hommes et les esprits.
L'uma était entourée des petites
maisons de cinq à dix familles environ qui constituaient
un clan. Jardins et cultures entouraient cet ensemble et
constituaient un village.
Que mangent-ils ?
Traditionnellement les champs de taro appartenaient aux femmes
qui les transmettaient à leur fille; le garçon héritait
des cocoteraies et bananeraies. Aujourd'hui tous les champs, y compris
les rizières, sont partagés également entre
les enfants.
Les Mentawaï défrichent des parcelles de forêt
pour planter des arbres fruitiers, du taro, de la canne à
sucre, des cacaotiers, des piments et des sagoutiers. Ces agro-forêts
attirent les animaux sauvages et favorisent donc la présence
de gibier pour la chasse.
La pâte de sagou est cuite dans des barquettes en bambou.
Comme le pain chez nous, elle accompagne la viande, le poisson et
les sauces aux légumes. Les fruits sont variés : bananes,
ramboutans, kepundungs, mangues, mangoustans et durians.
© Sophie Dressler,
in Clara au pays des Hommes-fleurs
Cochons et poulets sont élevés dans des enclos pour
être ensuite échangés et mangés lors des
cérémonies. La viande ordinaire est plutôt le
ver du sagoutier qu'on récupère dans le cur de
l'arbre.
Quels animaux vivent autour d'eux ?
Il existe quatre espèces uniques de singes dans lîle
: le macaque de Siberut (bokkoi en langue mentawai), lentelle
à queue de cochon (simakobu), lentelle des Mentawaï
(joja) et le gibbon de Kloss (biloh).
Le pangolin, couvert d'écailles, flaire le
sol avec son long museau pour trouver des fourmis à dévorer.
Il partage la forêt avec les varans, les pythons et les cerfs.
Dans l'épais feuillage, volent des calaos et des espèces
plus rares, comme le petit-duc de Mentawaï (Otus mentawi)
et le pigeon argenté.
Comment
chassent-ils et pêchent-ils ?
Les femmes vont à la rivière armées
d'épuisettes et de nasses étroites en bambou creux
ou côniques en osier. Elles ramassent les mollusques sous
les cailloux et pêchent de petits poissons, crevettes, crabes
et grenouilles. On organise aussi de grandes pêches collectives
où les hommes s'arment de filets, de harpons et d'arcs et
s'embarquent vers la haute mer.
En forêt, les hommes chassent avec des flèches empoisonnées,
surtout des singes, varans, oiseaux, pangolins et serpents, mais
aussi des cerfs pour les cérémonies.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Les Mentawaï se parent de fleurs pour que leur corps plaise
à leur âme. Chaque être vivant a une âme
et doit donc être respecté pour que le fragile équilibre
de la nature soit maintenu. L'homme n'est qu'un élément
parmi tous ceux qui constituent cette nature.
Leurs chamanes appellent la bienveillance des ancêtres
et connaissent les secrets des plantes : celles qui guérissent
comme celles qui donnent des poisons pour enduire les pointes de
flèche des chasseurs, ou celles qui assurent l'abondance,
l'union du clan, la force et une longue vie à tous.
Quelles sont leurs fêtes?
Les grandes puliajat réunissent tout le clan à
l'uma. On y exécute des danses rythmées par
des chants et différents instruments, comme le tambour et
le tukudat, sorte de xylophone qui sert aussi à transmettre
les messages codés de village en village. Les hommes
parés de fleurs et de feuillages dansent pour éloigner
les mauvais esprits. Pour la danse de l'oiseau, ils font une ronde
en exécutant de petits pas saccadés sur le plancher,
tout en agitant des poignées de feuilles autour du malade
qu'on espère guérir.
Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?
De nombreux Mentawaï ont été sédentarisés
de force à l'époque de la dictature en Indonésie.
Aujourdhui, la plupart des groupes déportés
dans des villages de baraquements ont été priés
de se convertir à lune des quatre religions officielles
de l'Indonésie et de se vêtir comme les Occidentaux.
Beaucoup souffrent de maladies et de problèmes sanitaires
dûs à ce nouveau mode de vie.
Quand l'île a été classée 'réserve
de la biosphère' par l'UNESCO. quelques Mentawaï ont
alors décidé de reprendre la vie traditionnelle en
retournant dans la forêt et en reconstruisant des uma.
Ils sont peut-être un millier à tenter de retrouver
ce mode de vie ancestral, mais souvent ils ne savent plus
comment se nourrir de la forêt comme autrefois.
De nos jours, les compagnies forestières lorgnent sur la
forêt encore assez étendue de Siberut. Exploitation
traditionnelle de la forêt par les Mentawaï contre exploitation
industrielle du bois par les grandes entreprises : que réserve
l'avenir pour ce jardin tropical unique au monde ?
Quant aux dernières familles de la forêt, elles sont
confrontées à une invasion régulière
de touristes attirés par la beauté de la nature et
l'aspect folklorique et soi-disant paradisiaque de la vie des Mentawaï.
Les mots en gras sont expliqués dans
le lexique
Pour en savoir plus, tu trouveras de la documentation
dans la médiathèque et
sur le site de Survival.
Dossier réalisé à partir de
Clara au pays des Hommes-fleurs de Sophie Dressler aux éditions
L'école des loisirs 2006, et de Wikipédia.
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