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"Si nous avons des droits, je veux que
ces droits soient reconnus maintenant. Je sais très bien
que nous avons des droits, parce que nous, les Indiens, sommes les
vrais Brésiliens - nous étions là avant, nous
étions là les premiers...."
Marcos Veron, porte-parole des Guarani, mort assassiné
en 2003

Jeune Guarani pendant la pause.
Un grand nombre de Guarani sont employés dans des conditions
de travail très dures sur des plantations de canne à
sucre.
© Fiona Watson/Survival
Quel est leur vrai nom ?
Guarani veut dire "guerrier" en espagnol, car les
tribus guarani se faisaient perpétuellement la guerre entre
elles à l'époque où les conquérants
espagnols sont arrivés dans ces régions d'Amérique
du Sud pour les coloniser.
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
Les Guarani vivent dans plusieurs pays d'Amérique
latine : le sud du Brésil, l'est de la Bolivie, le Paraguay
et le nord de l'Argentine.

Sur leur immense territoire, en expansion jusquau
XVIIe siècle, ils étaient semi-nomades, chasseurs-cueilleurs-agriculteurs.
Les groupes se déplaçaient à la recherche de
terres fertiles, mais aussi à la recherche de la Terre
sans mal , leur paradis, la terre des dieux et des ancêtres
où le maïs pousse tous seul et où les hommes
ne meurent pas.
Après avoir résisté aux Espagnols, ils ont
participé à l'expérience de la "République
jésuite du Paraguay" : entre 1609 et 1765, une trentaine
de missions ont été créées sur leur
territoire par les Jésuites, des prêtres chrétiens
qui voulaient les convertir, mais aussi les protéger des
marchands desclaves.
Dans ces cités guarani prospères de plus de 140 000
habitants, on avait instauré un mode de vie où tous
étaient égaux et qui associait la prière chrétienne
et le travail. La musique et les chants y tenaient une grande place.
Ces missions ont subi de multiples attaques que les Guarani ont
vaillamment repoussées, armés darcs et de flèches
puis darmes à feu ; lorsque les Jésuites ont
été expulsés du pays en 1765, nombre de Guarani
ont été pourchassés et massacrés par
les colons.
Des communautés guarani se sont réfugiées
dans la forêt et y ont sont restées isolées
jusquà une cinquantaine dannées, en conservant
leur mode de vie et leurs traditions religieuses.
Combien sont-ils ?
Ils sont environ 40 000 au Paraguay (où leur langue est
langue officielle avec l'espagnol), 30 000 au Brésil, ce
qui fait d'eux la plus nombreuse population indigène de ce
pays. Quelques milliers vivent aussi en Bolivie et en Argentine.
Quelle langue parlent-ils ?
Le guarani est une langue de la famille tupi-guarani parlée
par 6 millions de personnes. Au Paraguay, cest la langue officielle
avec lespagnol.
Le français a emprunté de nombreux mots au guarani,
tel que boucan, palétuvier, tapir, acajou,
jaguar, pétunia, tapioca, ananas et toucan. Cela
donne une idée de leur milieu naturel! Il existe de nombreux
textes espagnols traduits en guarani du temps des Jésuites,
et des mythes et légendes guarani ont également
été traduits en espagnol par les Jésuites et
les ethnologues.
Comment
s'habillent-ils ?
Ils sont aujourdhui habillés de shorts, chemises,
T-shirts et grandes jupes pour les femmes, en coton et en lin, comme
le sont souvent les paysans pauvres de toute l'Amérique latine.
Autrefois, les hommes ne portaient pas de vêtement mais un
pagne et se paraient de coiffes en plumes des plus beaux oiseaux
tropicaux, de piercings dans la lèvre inférieure,
le corps soigneusement épilé. Les femmes portaient
de longues robes tissées.
Comment sont leurs maisons ?
Dans les villages d'aujourdhui, de petites cabanes
de planches et de tôles ont remplacé les maisons traditionnelles.
C'étaient des maisons de grande taille qui abritaient plusieurs
familles : de simples toits à deux pentes recouverts de palmes
assemblées avec des lianes. Le foyer brûlait à
lintérieur, car la fumée éloigne les
moustiques. Le mobilier était simple : des hamacs, des escabeaux
de bois et des étagères pour les jarres.
Mais beaucoup de groupes Guarani, chassés de leurs terres,
sont contraints de camper dans des bidonvilles au bord des routes,
sans eau ni électricité et sans hygiène.

Dans un village guarani au Brésil
©
Fiona Watson/Survival
Quels animaux vivent autour d'eux ?
Le coati, qui a l'aspect du raton laveur avec son masque noir
sur la figure, son museau long et agile, est un mammifère
omnivore de 40 à 70 cm de long, c'est un excellent grimpeur.
Le daguet, cervidé de taille moyenne au pelage brun grisâtre,
le tatou, le macaque, le puma, le crocodile, et toutes espèces
de serpents, toucans et perroquets habitent aussi la forêt.
Que mangent-ils ?
Traditionnellement ils brûlaient un espace de forêt
pour le défricher et y cultiver du maïs, du manioc,
des haricots, du tabac et du coton.
Aujourdhui, ils cultivent aussi des patates douces, des concombres
et des pastèques. Ils recueillent les fruits du caroubier,
du cactus, du palmier et le miel sauvage.
Ils élèvent des poules, des chèvres, des cochons.
Pour les fêtes, ils préparent de la bière de
maïs, mais de plus en plus, ils achètent de la bière
industrielle, ainsi que du riz, de la farine de blé pour
faire des galettes, des pâtes, du sucre et de l'huile.
Les femmes cuisinent sur un feu alimenté de bois ramassé
par les hommes. En Argentine, les aliments cuits sont servis dans
un bouillon tandis qu'au Paraguay, ils sont plutôt rôtis.
Cest la coutume de partager la nourriture, quelle soit
récoltée ou achetée. Toute personne peut en
demander à son voisin, qui ne peut pas refuser. Les Guarani
préfèrent partager les aliments plutôt que les
garder pour plus tard. Ils ne font jamais de réserves, contrairement
à de nombreux autres modes de vie où l'on stocke dans
un grenier, un placard ou un congélateur.
Comment
chassent-ils ?
Les Guarani chassaient dans la forêt avec des arcs et
des flèches à lame tranchante ou empoisonnées
au curare (voir la recette du curare dans les archives
du journal, l'article de décembre 2005, Des herbes
si précieuses). Ils piégaient aussi le gibier
dans des trappes camouflées sous des feuillages.
Aujourdhui, à proximité des cultures, ils
chassent avec des pièges ou des carabines les oiseaux, les
lièvres, les daguets et les tuka-tuka, sortes de taupes.
Dans le passé, ils capturaient les perroquets et les singes
pour les revendre comme animaux de compagnie.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Les Guarani croient que la Terre sans mal est le lieu
où reposeront les âmes après la mort, et ils
continuent à espérer la trouver un jour. Ils sadressent
aux dieux par de Belles paroles qu'ils se transmettent depuis
des générations. Dans chaque communauté, le
chaman, ou karai, est un homme-médecine qui
a le pouvoir de parler aux dieux et aux esprits, de guérir
et dinfluencer le cours des choses, comme de faire tomber
la pluie.
Il existe de nombreux mythes guarani : les aventures de
Soleil et Lune, les Jumeaux, et bien dautres, associés
aux cavernes, aux cours deau, aux champs, aux collines, à
la mort, à la guerre. Tu pourras en découvrir quelques-uns
un peu plus loin.
Comment sont leurs fêtes?
On prépare de grandes quantités de bière
de maïs pour les fêtes qui durent plusieurs jours, accompagnées
de chants et de danses.
Au cours des rites d'initiation qui préparent à
lâge adulte, les garçons apprennent les mythes
et les belles paroles pour s'adresser aux dieux, les règles
morales de la communauté. Ils passent de nombreuses épreuves
pour sendurcir et devenir des guerriers et ils
peuvent ensuite choisir une épouse.

Guarani en costume traditionnel dans un village
du Brésil
© Fiona Watson/Survival
Quelles uvres d'art produisent-ils
?
Les Guarani fabriquent aujourdhui des bols en céramique,
des sculptures en bois représentant les animaux de la forêt
et des vanneries. Ils les vendent aux touristes aux abords des anciennes
missions et le lond des routes. Leur artisanat a perdu de sa beauté
en devenant de la production en série destinée à
des clients étrangers de passage.
Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?
Les Guarani du Brésil ont terriblement souffert du vol
de presque toutes leurs terres; ils considèrent que cela
constitue une offense contre leur religion aussi bien qu'une destruction
de leur mode de vie et de leurs moyens dexistence. Des milliers
d'entre eux sont maintenant entassés sur de très petites
parcelles, de plus en plus cernées par les fermes d'élevage
et les plantations. La terre dont ils disposent n'est pas suffisante
pour qu'ils puissent subsister de leurs activités traditionnelles.
Au Brésil, ils occupaient 8 000 hectares de forêts
dans le Mato Grosso do Sul, dont ils ont été expulsés
par les planteurs de soja et les éleveurs de bétail.
Au Paraguay, 10 000 Guarani vivent dans des communautés agricoles
dont les territoires se réduisent pour les mêmes raisons.
En Argentine, les Mbya-guarani vivent dans une réserve de
la forêt de Parana quune exploitation forestière
considère comme sa propriété privée
; leur territoire a été réduit.
Ils sont contraints de travailler pour les grandes fermes où
ils sont très mal payés. Il sont également
endettés par les achats à crédit des produits
alimentaires qu'ils sont obligés d'acheter pour survivre.
Cette situation les a conduits à de graves dépressions.
Trois cent vingt d'entre eux se sont suicidés entre 1986
et le début de l'an 2000, le plus jeune n'étant âgé
que de neuf ans.
Survival mène campagne au Brésil pour que leur terre
soit restituée aux communautés guarani. Le 27 octobre
2007, le président du Brésil reconnaissait le territoire
des Guarani-Kaiowá. Il s'agissait là d'une immense
victoire pour les Indiens.
       
Les mythes et légendes des Guarani sont
riches et variés. Tu peux en avoir un aperçu avec
ces histoires fantastiques.
Le mythe de la création
Le monde a été créé par Namandu
, notre "père véritable premier", disent
les Guarani.
Il se créa lui-même à partir du chaos, à
la manière d'un arbre : il se basa sur ses racines,
les plantes des pieds, étendit ses branches, des bras avec
des mains bourgeonnantes de doigts et d'ongles, construisit sa cime,
un diadème de fleurs et de plumes Yeguaka. Une fois
sa création achevée, le cur de Namandu
commença à rayonner, ce qui élimina les ténèbres.
Puis il créa la parole pour la confier plus tard aux humains.
Il donna naissance ensuite à quatre autres dieux, Nanderu,
le maître des mots, Karai, le maître des flammes
et du soleil, Yakaira le maître de la brume et de la
fumée de pipe que respirent les chamans, et Tupâ,
le maître des eaux, des pluies et du tonnerre.
Les quatre compagnons procédèrent alors à la
création de la première Terre. Namandu croisa
deux bâtons indestructibles et posa la Terre dessus. Afin
de s'assurer que les vents ne l'emporteraient pas, il l'attacha
à l'aide de cinq palmes : une au centre et quatre en
direction de la demeure de Karaí (à l'ouest),
en direction de l'origine des vents nouveaux (au nord), vers la
demeure de Tupã (à l'est) et en direction de
l'origine de l'espace-temps primitif (au sud). Le firmament repose
sur ces colonnes.
A côté de cette terre, nommée Yvy Tenonde,
la Terre Originelle, il créa la mer, puis le jour et
la nuit. Ils commencèrent à la peupler d'animaux et
à créer les premières plantes, puis les hommes
qui cohabitaient avec les dieux et ne manquaient jamais de rien.
Le mythe du déluge
Un homme nommé Jeupié, ne respacta pas le
tabou de linceste et coucha avec la sur de son
père. Les dieux punirent cet acte par le déluge, et
partirent vivre dans les cieux, laissant les hommes survivants sur
cette nouvelle terre imparfaite, confrontés à la maladie
et à la souffrance. Depuis lors, les hommes cherchent à
retourner vers la première terre, la Terre sans mal.
       
le mythe des jumeaux
Namandu rencontra Nanderu Mba'ekua et lui proposa
de partir en quête d'une femme. Pour cela, ils construisirent
un récipient de glaise et le recouvrirent. Quand ils le rouvrirent,
Nandesy en ressortit.
Nandesy fit l'amour avec les deux dieux et engendra un fils
de chacun. Quand Namandu eu vent de l'infidèlité
de sa femme, il récupéra ses affaires et se retira
dans sa demeure céleste. Abandonnée, Nandesy
partit à la recherche de son mari mais elle se perdit en
chemin et fut dévorée par des jaguars avant d'avoir
pu accoucher. Néanmoins, étant d'origine divine, les
enfants survécurent et furent nourris par la grand-mère
des jaguars. Les jumeaux se prénommaient Nanderyke'y (le
grand frère), fils de Namandu, et Tyvra'i (le
petit frère), fils de Nanderu Mba'ekua.
Après une succession d'aventures et de mésaventures,
les problèmes continuèrent avec Ana, l'oncle
mais néanmoins ennemi des jumeaux, qui tenta de leur rendre
la vie impossible. Les deux frères réussirent à
se mettre à labri en rejoignant la demeure éternelle
de Namandu. Ils y retrouvèrent également leur
mère qui avait été ressuscitée par son
époux. Une fois là-bas, Namandu leur accorda
des pouvoirs divins. Il attribua le contrôle du Jour à
Nanderyke'y, qui changea alors de nom pour Nanderu Kuarahy,
notre père le Soleil, et celui de la nuit à
Tyvra'i, qu'on appela alors Nanderu Jasy, notre
père la Lune.
Si tu veux connaître les dernières nouvelles concernant
les Guarani, tu peux en lire à la page des Nouvelles
de Survival
       
Tu trouveras des photos des Guarani
dans la photothèque
Pour en savoir plus, cherche dans la médiathèque
et sur le site de Survival
Les mots en gras sont expliqués
dans le lexique
Dossier réalisé à partir de
Les Indiens de l'Amérique du Sud de A. Métraux,
Le grand parler et Mythes et chants sacrés des
Indiens Guarani de P. Clastres, Culture et consommation dans
une communauté guarani-nandeva du Chaco de J-P Estival,
l'encyclopédie Wikipédia et différents
articles des Nouvelles de Survival.
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