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Vous détruisez tout. Lexploitation minière
ne profite quaux riches. Nous deviendrons des mendiants si
la compagnie détruit notre montagne et nos forêts...
Nous ne voulons pas de largent de votre compagnie, nous ne
voulons rien de votre part. Nous ne pouvons vous donner notre montagne,
elle est notre vie.
Jitu Jakesika, porte-parole dongria
kondh, s'adressant à la compagnie Vedanta

Jeunes filles dongria parées
pour la fête © Jason Taylor
Quel est leur vrai nom ?
Dongria vient de dongar, un mot de la langue
oriya parlée dans cette région, qui désigne
les pentes des montagnes où vit ce peuple. Eux-mêmes
préfèrent être appelés Jharnia,
un mot de leur langue qui signifie "ceux qui vivent près
des ruisseaux".
Dune manière générale, en Inde, on les
désigne comme des Adivasi, ou "premiers
habitants". Il étaient plus de 400 groupes qui occupaient
les différentes régions de lInde avant larrivée
des populations indo-aryennes venues par le nord vers 1500 avant
J.C.
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
Les Dongria Kondh sont lune des tribus les
plus isolées de lInde. Ils vivent sur les pentes de
la montagne Niyamgiri, dans le sud de l'Etat d'Orissa. Cette région
est d'une beauté remarquable et ses forêts abritent
une faune et une flore très riches.

Combien sont-ils ?
Les Dongria Kondh sont environ 8000, repartis en 1800 familles
qui vivent dans une centaine de villages dispersés sur les
pentes des collines Niyamgiri.
Quelles langues parlent-ils ?
Ils parlent le kuvi, qui nest pas une langue écrite.
Comment
s'habillent-ils ?
Les hommes portent un pagne autour des reins, le kodi, une
hache sur l'épaule en permanence, et un couteau à
la ceinture. Ils serrent leurs cheveux longs en chignon sur la nuque.
Les femmes portent deux pièces de tissu, lune enroulée
autour de la taille qui tombe jusquaux genoux, lautre
autour du buste. Elles aiment retenir leurs cheveux très
noirs avec des barrettes en métal sur les tempes. Elles se
percent le nez pour y loger plusieurs anneaux.
Elles portent des colliers en aluminium et en fer autour du cou
et de plus longs, colorés, sur la poitrine. Tous portent
de nombreuses parures, amulettes et bijoux qui sont à la
fois une protection, la marque de leur identité dongria et
de la place de chacun dans la communauté.
Les chefs et les chamanes portent de lor, censé
attirer les divinités. Les veuves portent moins de bijoux
que les épouses, une jeune maman moins quune jeune
mariée. Les parents ornent le nez de leur bébé
avec des anneaux dès lâge dun mois : trois
pour les filles - un anneau à chaque narine et un anneau
au milieu -, et deux pour les garçons.
Les jeunes échangent leurs bijoux en gage damour. Les
garçons portent autant de colliers de petites perles quils
ont damoureuses et les filles au moins 15 anneaux dans le
lobe de loreille, sinon elles ne risquent pas de trouver de
mari...
Comment sont leurs maisons ?
Leurs maisons traditionnelles sont en boue
séchée et couvertes de palmes. Elles sont assez petites,
adaptées à la pente. Hommes et animaux domestiques
vivent ensemble.
Ce qui caractérise les villages dongria, ce sont les dortoirs
pour les adolescents : un pour les filles, lautre pour les
garçons. Les jeunes y font lapprentissage de tout ce
quils doivent savoir pour devenir adultes : légendes,
chansons, proverbes, tabous, mythes, danses, etc.
C'est leur école de la vie avant de faire le choix dun
mari ou dune femme. Mais lenlèvement ou le rapt
peuvent aussi constituer un bon moyen de prendre une épouse
!
Contrairement à la tradition courante en Inde,
pour les Dongria une femme est plus précieuse qu'un homme.
C'est la famille de la fiancée qui reçoit de l'argent
de celle du jeune homme quand la femme s'en va habiter chez son
mari.

Jeune mère et son bébé
à l'entrée d'une maison © Jason Taylor
Que mangent-ils ?
Ils brûlent de petites parcelles de forêt pour y
planter du millet, du riz, des haricots et cultivent dans des jardins
proches des villages toutes sortes de légumes, épices
et fruits. Le curcuma, qui entre dans la fabrication du curry, le
gingembre, la moutarde et la noix de cajou sont destinés
à être vendus sur les marchés. Leurs plantations
darbres fruitiers sont renommées et ils consomment
beaucoup de fruits : oranges, bananes, ananas, papaye ; ils apprécient
particulièrement les fruits du jacquet, de taille impressionnante.
Au petit déjeuner, ils mangent par exemple de la bouillie
de millet et des papayes cuites avec des épices. Au dîner,
du riz avec de la volaille bouillie ou du gibier quand la chasse
a été fructueuse. Ils se désaltèrent
en fin de journée avec du vin de palme fabriqué à
partir de la sève du palmier sagoutier, le salap,
et de palmier dattier, le tadi. La cuisine est préparée
sur un feu de bois, à même le sol de la maison.
Les filles apprennent très jeunes lensemble des tâches
domestiques : la cuisine et lentretien de la maison, la collecte
du bois, lapprovisionnement en eau, lentretien des jardins,
les soins aux animaux, la vente des produits au marché, la
participation à la construction des maisons. Elles gardent
les plus jeunes enfants car les mères sont bien trop occupées.

Parcelle de forêt défrichée
pour être cultivée © Jason Taylor
Quels animaux vivent autour d'eux ?
La forêt abrite des éléphants, des tigres,
des écureuils géants, des geckos dorés. Les
sangliers, singes et daims qui la peuplaient ont été
tellement chassés quils se sont devenus rares. Les
animaux croisés par hasard dans la jungle ou apparus en rêve
aux Dongria Kondh sont de deux catégories : les corbeaux,
gurdus, kumbhatuas, rats de la jungle sont de bon augure,
et les serpents, tigres, vautours et oiseaux pardka de mauvaise
augure.
Ils élèvent des cochons, des poules, des vaches et
des chèvres, davantage pour les offrir aux dieux en sacrifice
que pour les manger.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Leur religion est animiste, car les Dongria Kondh
croient aux pouvoirs surnaturels dune multitude de divinités,
mais aussi à ceux des hommes, des animaux et des objets.
Ces pouvoirs expliquent tous les évènements qui surviennent.
Au dessus de tous les dieux se trouve Dharani Peru, la déesse
de la terre, dont dépend le bonheur et la prospérité
de la communauté. Elle est représentée par
trois pierres dressées supportant deux pierres horizontales.
Nyam Raja, dieu créateur de tous les Dongria, vit
au sommet de la montagne et est représenté par une
épée. Jatrakudi Penka protège les hommes
des épidémies et calamités. Il est représenté
par une ombrelle de feuilles posée sur 4 poteaux de bambous
à lentrée de chaque village.
Bien dautres divinités et esprits éloignent
les maladies et les accidents, favorisent la chasse et la conservation
des récoltes. Dautres sont redoutés pour leur
puissance maléfique.
Les ancêtres et les fantômes sont aussi très
puissants. Les ancêtres sont symbolisés par un poteau
de bois au centre de chaque maison ; les fantômes sont craints,
car ce sont les esprits des défunts morts de manière
accidentelle ou violente. Certaines personnes, considérées
comme sorciers ou sorcières, disposent dun pouvoir
maléfique, celui densorceler une autre personne quil
faut exorciser. Le chamane peut alors entrer en contact avec
les esprits et les éloigner.
Quelles sont leurs fêtes?
De nombreuses fêtes sont organisées pour sassurer
la protection des dieux. Des processions où l'on porte en
offrande des feuilles de bananier, des bâtons dencens,
des fleurs, des lampes en terre, des éventails en vannerie
conduisent vers des autels. C'est là que l'on procède
au sacrifice d'un animal volaille, pigeon, cochon, chèvre,
buffle accompagné de chants et de danses rythmés
par le tambour.
La fête la plus importante est dédiée à
Dharani Peru. Elle a lieu avant les semailles pour que la
terre promette de bonnes récoltes. Autrefois, elle exigeait
le sacrifice dun être humain, interdit depuis la colonisation
anglaise au 19ème siècle. Lors du sacrifice dun
buffle, les participants se précipitent sur lanimal
et le mettent en pièces avec leurs couteaux. Le premier à
frapper hérite dune grande force magique transmise
par lanimal. On dit que ce serait un lointain héritage
des traditions de partage du gibier des anciens chasseurs.
Quelles uvres d'art produisent-ils?
Les Dongria Kondh combinent avec art de nombreux types
de bijoux, épingles à cheveux, barrettes, colliers
de perles de verre ou de graines, bracelets à breloques,
chaînes pour la taille, anneaux pour le nez, les oreilles,
le cou, les poignets, les chevilles, chaque doigt de la main et
chaque orteil.
Cinquante types de barrettes et épingles ornent les coiffures
des femmes. Pour les longs colliers, ils utilisent des matériaux
naturels comme les fruits, racines, feuilles, graines, pierres,
dents, os et ongles de différents animaux.
Les anneaux, bracelets et bagues sont en or, argent, bronze, cuivre
et aluminium, fabriqués par les artisans de la caste
Gahsi (qui ne sont pas dongria). On y retrouve les motifs
traditionnels dongria, en forme de fleurs ou géométriques.

Barrettes, anneaux et colliers ©
Jason Taylor
Quels sont leurs problèmes dans le monde
actuel ?
Les Dongria Kondh considèrent le sommet de la montagne comme
sacré. C'est le siège de leur dieu Nyam raja,
dont ils sont tous les descendants. Cest dire si la montagne
est sacrée pour eux. "Les Kondh comprennent mieux
que nimporte quel scientifique que la montagne est leur source
de vie, et que si le site du sommet sacré quils ont
protégé est déforesté et exploité,
cest leur existence même qui est en danger"
explique lun deux.
La bauxite contenue dans cette montagne retient les eaux de pluie,
et les redistribue à petites doses tout au long de lannée.
La compagnie minière Vedanta est la propriété
d'un milliardaire indien qui habite Londres. Elle projette d'exploiter
cette ressource qui sert à fabriquer l'aluminium, ce qui
dévastera les forêts, les rivières qui y prennent
leur source et qui détruira la culture et l'identité
des Dongria Kondh.
Les villageois qui ont déjà été déplacés
au pied de la montage pour laisser place à l'usine de bauxite
ont subi menaces et violences, ont perdu leurs terres et n'ont plus
aujourd'hui aucun moyen de subsistance.
Si le gouvernement n'agit pas rapidement pour protéger la
montagne, l'exploitation de la mine devrait démarrer en 2008.
Les Dongria Kondh perdraient ainsi leurs moyens de subsistance,
leur maisons, leur identité et le caractère sacré
de leur plus important site religieux.
Après avoir rendu visite aux Dongria Kondh en mars 2008,
Rahul Gandhi, l'un des personnages politiques les plus importants
en Inde, avait déclaré : "L'exploitation de
la montagne détruira l'environnement, les sources d'eau,
ainsi que la culture et le mode de vie des autochtones".
Survival a lancé en 2008 une campagne internationale de
soutien aux Dongria Kondh.
Vedanta signifie la recherche du divin à travers
la connaissance, lun des grands principes de la religion
hindouiste. Et c'est une compagnie portant ce nom qui détruirait
lune des tribus indiennes les plus religieuses !
Les mots en gras sont expliqués dans
le lexique
Dossier réalisé à partir
des informations de Survival, de Wikipédia, de plusieurs
sites web indiens, et de parutions en anglais : Peter Foster. «
Mining in Orissa threatens Dongria Kondh tribe » ; www.telegraph.co.uk
; Francesco Brighenti. « The ritual stealing of the sacrificial
buffalos flesh among the Kondhs of Orissa», www.svabhinava.org
; G.N. Mohanty, T. Sahoo, « Ornaments of Dongria Kondh »,
Orissa Review, sep.-oct 2006 ; Upali Aparajita , « Religion
and belief system among the Dongria Kondhs » ; F. Bara, «
Child rearing practices and socialization process among the Dongria
Kondh « , Adivasi, vol 44 (1-2), Journal of Scheduled Castes
and Scheduled Tribes Research and Training Institute, Bhubaneswar,
Orissa.
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