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© Mark Hkansson/Survival
'Nous connaissons chaque arbre, chaque puits,
chaque coin de cette terre, chaque chose a un nom ici. Nous connaissons
cette terre comme vous connaissez vos enfants'
déclarait un Bushman lors du procès
qui oppose son peuple au gouvernement du Botswana.
Quel est leur vrai nom ?
Bushmen est un terme générique qui signifie en
anglais 'hommes de la brousse', ce qui donne Bochiman en français.
En réalité les Bushmen sont divisés en groupes
distincts ayant chacun leur langue et leur mode de vie, comme les
Gana et les Gwi qui vivent dans la Réserve de Gibier du Kalahari
Central (CKGR), créée en 1961 (voir la carte ci-dessous).
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
Les Bushmen vivent en Afrique du Sud, au Botswana, en Namibie
et un peu en Angola et en Zambie. Dans le Kalahari, un semi-désert
avec une végétation et une faune riches, certains
groupes se nourrissent de la cueillette et de la chasse. Ceux-là
sont nomades une partie de l'année, à la saison sèche.

D'autres groupes sont sédentaires, cultivateurs et éleveurs
de troupeaux de chèvres, et même de bovins, comme ceux
du delta du fleuve Okawango qui est plus humide.
Du fait de la dégradation de leurs conditions de vie, beaucoup
de Bushmen ont dû aller travailler comme ouvriers sur les
grandes plantations et dans les mines. En Afrique du Sud, ils vivent
davantage en ville où ils trouvent du travail.
Combien sont-ils ?
Aujourd'hui, on estime leur nombre à environ 100 000,
dont la moitié au Botswana. Ils étaient les premiers
à habiter ces régions et étaient beaucoup plus
nombreux, plusieurs millions avant l'arrivée d'autres peuples
africains et de colonisateurs européens. Mais du XVIIe au
XIXe siècle, ils ont été victimes d'un génocide,
comme les Indiens d'Amérique et les Aborigènes d'Australie.
Quelles langues parlent-ils ?
Ils parlent des langues à clicks. Il y a cinq types de
clicks sonores que l'on produit avec les lèvres, ou avec
la langue contre les dents, ou contre le palais, ou retournée
dans la bouche. Ce sont les langues les plus compliquées
du monde à prononcer, avec de très nombreuses consonnes.
Comment
s'habillent-ils ?
Ils portent traditionnellement des vêtements de
peau légers et courts, des sacs et des sandales en cuir souple,
adaptés à la chaleur et à la marche dans les
cailloux et les épineux. Mais ils portent aussi des chemises,
des T-shirts et des baskets comme nous. Les femmes aiment les colliers
et bracelets en fines lanières de cuir ornées de perles
et de boutons en coquille d'uf d'autruche.

© Fiona Watson/Survival
Comment sont leurs maisons ?
Ils construisent des abris en branchages qui sont bien adaptés
à leur vie semi-nomade et au climat chaud et plutôt
sec : en saison sèche, ils campent près d'un point
d'eau et en saison des pluies, ils se dispersent pour chasser sur
un vaste territoire. De nos jours, la plupart vivent dans des maisons,
en particulier dans les camps de relocalisation où on les
a parqués malgré eux.
Quels animaux vivent autour d'eux ?
Le désert du Kalahari est le paradis de nombreuses variétés
de gazelles, comme le springbok qui fuit en faisant des bonds pour
échapper au lion, le koudou aux longues cornes torsadées
qui saute lui aussi à 2,50 mètres de haut. La girafe
et le gnou sont aussi la proie du lion et du chasseur. Le phacochère
dresse sa queue comme une antenne quand il s'enfuit, et plie ses
pattes de devant pour avoir le museau au niveau du sol quand il
mange. Le ratel, petit carnassier courageux, n'hésite pas
à s'attaquer à un serpent plus gros que lui. La vipère
heurtante au venin mortel et les araignées venimeuses apprécient
le climat du Kalahari.
Que mangent-ils ?
Les hommes chassent le gros gibier et fournissent la viande.
Les femmes récoltent des melons pleins de jus, des baies
sauvages, des noix mongogo, des racines à faire cuire et
du miel sauvage. Elles ont l'il expert pour repérer
les bonnes choses dans le paysage. Les ufs d'autruche sont
un régal et leur belle coquille sert de récipient
qu'on enfouit dans la terre pour conserver l'eau au frais. Quand
elles sont cassées, les femmes en font de petites perles
blanches, rondes et plates.

© Stephen Corry/Survival
Comment
chassent-ils ?
Ils chassent à l'arc et à la lance. Pour ne pas
effrayer le gibier en parlant, ils communiquent entre eux par des
signes de la main et des cliks. La chasse-poursuite consiste à
courir au soleil derrière le gros gibier pendant des heures
jusqu'à l'épuiser, parfois toute une journée.
Les flèches sont trempées dans du poison concocté
à partir de venin de serpent, d'araignée, de scorpion
et de plantes. Ces flèches mortelles sont soigneusement rangées
à l'abri des mains des enfants. Les garçons apprennent
très jeunes à manier l'arc en visant des insectes,
puis à 12 ans ils tirent des oiseaux, et à 16 ans,
ils rapportent leur premier gros gibier.
© Stephen Corry/Survival
Le chasseur a un très grand respect pour l'animal qu'il
tue. En le poursuivant, il communique sans cesse avec lui, et après
l'avoir tué, il lui adresse quelques mots pour apaiser son
esprit.
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Ils ont un dieu de la création et un dieu de la destruction.
Aujourd'hui, beaucoup de Bushmen sont chrétiens, mais quand
ils sont malades, ils font toujours confiance à la médecine
traditionnelle : ils s'adressent au chamane qui entre en transe
pour communiquer avec les esprits et chasser le mal. Il connaît
des centaines de plantes médicinales, et d'ailleurs l'une
d'elles, le cactus 'hoodia', connaît un grand succès
actuellement. Il a le pouvoir de faire maigrir, et de grands laboratoires
l'utilisent pour fabriquer un médicament contre l'obésité.
Les Bushmen ont eu bien du mal à faire reconnaître
qu'ils sont les propriétaires de ce savoir.
Comment sont leurs fêtes?
Leur musique est très variée, et chacun peut inventer
de nouveaux chants. Ainsi le chamane qui veut avoir plus de pouvoir
sur les esprits va inventer un nouveau chant, tout comme la femme
qui part à la recherche de melons dans la brousse ou le chasseur
qui confectionne ses flèches. Pour les fêtes, ils se
rassemblent et composent des mélodies polyphoniques savantes
avec des voix multiples toutes différentes.
Comment peignaient-ils ?
Leurs ancêtres d'il y a 25 000 ans ont peint sur les parois
des grottes des scènes de chasse qui sont de la même
époque que les peintures rupestres préhistoriques
d'Europe. On y voit aussi des hommes armés de massues et
d'arcs. Jusquà la fin du XIXe siècle, ils ont continué
à peindre ainsi. Certaines zones sont jonchées de
pierres gravées où l'on retrouve toute la faune de
la région. A Tsodilo Hills on peut admirer 2 700 peintures
rupestres très anciennes qui décrivent la vie des
Bushmen et des animaux qui les entourent.
Quels sont leurs problèmes dans le monde
actuel ?
Ils sont les premiers habitants de cette région de l'Afrique,
depuis plus de 25 000 ans. A la fin du XVIIème siècle,
ils ont été dépossédés de leurs
terres par les colons.
De nos jours, beaucoup de Bushmen vivent dans le monde moderne,
ont des voitures, des téléphones et des cartes de
crédit. En Afrique du Sud, ils ont des droits particuliers
qui protégent leur culture. Par exemple ce pays a reconnu
qu'ils avaient une connaissance des plantes médicinales exceptionnelle
et protège leurs droits.
Au Botswana ils ont été chassés de leur territoire
parce qu'on y a trouvé des diamants et ont été
parqués dans des camps où ils vivent misérablement.
Ils se sont regroupés face au gouvernement de leur pays et
luttent pour faire reconnaître leurs droits sur la terre de
leurs ancêtres. Ils ont fondé une association, 'First
people of the Kalahari' (Premiers peuples du Kalahari) que Survival
soutient.
'Nous sommes sortis de la Réserve pour dire au monde
que nous souffrons de faim et de soif. La police occupe notre campement,
et nous n'avons pas le droit de chasser et de cueillir pour nous
nourrir... Quel crime avons-nous commis ? Nous voulons juste vivre
en paix sur nos terres'. Ainsi témoignait en octobre
2005 Kangotla Kanyo.
Les mots en gras sont expliqués dans
le lexique
Tu peux suivre cette histoire dans le journal, à la page
des nouvelles de Survival de décembre 2005 et lire l'article
de mars 2005 : les Bushmen font un procès.
Tu trouveras des photos des Bushmen dans la photothèque
Pour en savoir plus, cherche dans la médiathèque
et sur le site Internet de Survival.
Dossier réalisé à partir des
publications de Survival, d'une émission de radio sur France
culture en 2005, l'ethnocide, et après ? et d'une
vidéo, la danse du chasseur de C. et D. Foster, 2000
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