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John Miles/Survival
'Nous, les Aborigènes, avons une relation
particulière avec tout ce qui est naturel. Nous nous voyons
comme une partie de la nature, et nous voyons toute chose sur terre
comme partiellement humaine. Les gens qui appartiennent à
une région sont vraiment comme une partie de ce lieu, et
si l'endroit est détruit, ils sont détruits avec.'
nous dit un porte-parole aborigène
aborigène ou Aborigène ?
Un aborigène est un habitant d'une terre depuis
l'origine. On appelle Aborigènes les peuples qui vivaient
en Australie avant l'arrivée des colonisateurs. Il est citoyen
australien, mais depuis 1972, les Aborigènes ont aussi leur
propre drapeau, noir, en haut, comme leur peau, rouge, en bas, comme
leur terre et leur sang, avec, au centre, un disque jaune comme
le soleil.
Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils
?
Avant l'arrivée des colonisateurs britanniques, ils étaient
plus nombreux que maintenant et divisés en plusieurs peuples
distincts, plutôt sédentaires le long des côtes
où la nourriture était assez abondante. Dans le grand
désert du centre, ils étaient chasseurs-cueilleurs
nomades, se déplaçant en groupes ou clans vers les
points d'eau et les bons territoires de chasse. De nos jours, la
plupart des Aborigènes vivent près des villes.

Combien sont-ils ?
Quand le capitaine Cook a débarqué en 1770, on
pense qu'ils étaient entre 300 000 et un million, formant
500 peuples différents ayant chacun leur langue et leur territoire.
Avec la colonisation britannique, les maladies et les mauvais traitements,
leur nombre est tombé à 60 000, et depuis 1900, leur
population augmente à nouveau.
Aujourd'hui, sur la grande île, les Aborigènes sont
environ 250 000. La Tasmanie, île située au sud-est,
était peuplée de 5 à 7 000 Aborigènes
avant l'arrivée des Britanniques qui y installèrent
un pénitentier en 1803. En 70 ans, ils avaient réussi
à les faire tous disparaître. Ce fut le génocide
le plus rapide de toute l'histoire.
Quelles langues parlent-ils ?
De nos jours, seul un Aborigène sur dix parle encore
sa langue. Il y avait 250 langues différentes, dont plus
de la moitié ont disparu ou n'ont plus que quelques locuteurs
très âgés (voir le dossier du journal de décembre
2005). L'une des plus parlées est le pama-nyungan, et quelques-unes
sont enseignées à l'école. mais l'anglais domine
de plus en plus.
Comment
s'habillent-ils ?
Ils vivaient traditionnellement nus. De nos jours ils
portent des chemises, des T-shirts et des casquettes. Quand ils
se regroupent pour les cérémonies sur les lieux sacrés,
ils délaissent ces vêtements modernes et se peignent
le corps de lignes blanches, ocres ou rouges. Certains se collent
sur la peau de petites touffes de marduruku, sorte de fleur de coton.
Les motifs évoquent une plante, un animal ou un objet et
sont la représentation des ancêtres ou des totems.

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Jeff Doring
Comment sont leurs maisons ?
Avant la colonisation, ils dormaient sous les étoiles,
les uns contre les autres, près du feu. S'il faisait froid,
ils se couvraient d'une fourrure ou d'écorces d'arbre. A
la saison des pluies, ils habitaient des abris sous roche ou des
huttes de branchages. Sinon, ils ne construisaient que des auvents
qui servaient de véranda et de garde-manger. Ils posaient
le gibier et les outils dessus, et se mettaient à l'ombre
dessous.
Ces lieux de campement portent tous un nom et une histoire vieille
de dizaines de milliers d'années, et tous les ans on revenait
y habiter. Aujourd'hui beaucoup d'Aborigènes vivent dans
des maisons inconfortables ou des campements dans des quartiers
pauvres autour des villes. Ils reviennent sur ces lieux sacrés
pour les cérémonies.
Que mangent-ils ?
Les chasseurs rapportent de la viande de varan et d'émeu,
mais c'est surtout le kangourou qui est la mets de choix. On le
laisse cuire des heures sous les cendres d'un grand feu à
même le sol. Les femmes fouillent le sable avec leur bâton
à fouir. Elles attrapent des lézards, et des porcs-épics,
cueillent des fruits et des légumes sauvages, par exemple
des ignames, des prunes et de petites tomates vertes juteuses et
croquantes. Elles font des galettes en graines sauvages qu'elles
moulent sur une pierre. Les enfants aiment aussi récolter
les fleurs de l'arbre à miel et croquer les fourmis au ventre
gavé de miel.
Quels animaux vivent autour d'eux ?
Le kangourou est le plus célèbre, mais il est
loin d'être seul sur la grande île. Les reptiles en
tous genres y apprécient le soleil et la chaleur, depuis
les minuscules lézards jusqu'aux varans de deux mètres
de long. Certaines tortues ont la tête et le cou aussi longs
que la carcasse. Les dingos, sortes de chiens sauvages qui chassent
en meute, se nourrissent de marsupiaux, de lapins, de wallabys et
de lézards. Les cacatoès se taillent des niches dans
les troncs d'arbre. Toutes sortes de serpents se terrent dans le
sable.
Dans les régions sèches, des sortes de pierres tombales
dressées, toutes orientées du nord au sud, forment
des paysages étonnants : ce sont les demeures des termites-boussoles.
Certaines ont plus de cent ans et sont toujours habitées.

© Jeff
Doring
Quels
sont leurs croyances et leurs rites ?
Ils disent que toutes les sources, les collines et les grottes
sont les traces des campements de leurs ancêtres. Ces ancêtres
sont des êtres fantastiques, hommes-nuages, hommes-kangourous,
femmes-lézards, peuple-haricot ou peuple-graine. Ils sont
sortis de la terre pour se transformer en rocher ou en source avant
de retourner sous terre ou au ciel.
C'est pour cela que sur ces lieux sacrés on fait des cérémonies
en leur honneur. Chaque Aborigène hérite de sites
sacrés qui sont sa propre terre où il aime venir camper
et organiser des fêtes. Ils y racontent, peignent sur leur
corps, chantent et dansent les rêves qui retracent les voyages
de leurs ancêtres à travers le pays pour y placer tous
les éléments qui le composent.
Toutes ces histoires constituent 'le Temps du Rêve', qui est
aussi un code de bonne conduite entre les hommes et la nature. Il
fait donc le lien entre le passé, le présent et le
futur.
Ils ont aussi des chamanes à qui ils demandent d'interpréter
leurs rêves et aussi d'extraire le mal de leur corps quand
ils sont malades.
Quelles sont leurs fêtes?
A l'occasion des cérémonies, ils dansent et chantent
parés de peintures corporelles. Leurs mélodies se
mèlent au bruit du vent et les femmes répondent aux
chants par des youyou.
Les longues épopées qui racontent la création
du monde sont partagées en plusieurs chapitres, chacun étant
sous la responsabilité d'un groupe de chanteurs qui doit
s'assurer que tous les chapitres vont bien s'enchainer lors des
grandes fêtes. On entrechoque des boomerangs, des javelots
et des propulseurs pour rythmer les chants et le didjeridoo, instrument
à vent creusé dans le tronc d'un arbuste, ajoute un
son rauque au chur.
Comment peignent-ils?
Leurs peintures sur roche remontent parfois à plus de 30
000 ans. Sur certaines, on voit des silhouettes d'homme et d'animaux
avec les organes de l'intérieur du corps, comme on peut les
voir sur une radio.
Les Aborigènes peignaient sur des écorces
d'eucalyptus, et maintenant sur du bois ou de la toile. Ils y peignaient
leurs rêves, décrivant les chemins suivis par les ancêtres
lors de la création du monde. Les hommes d'aujourd'hui sont
à la fois les gardiens de ces rêves anciens et les
gardiens des lieux où ils se déroulaient et que l'on
continue à respecter.
On appelle 'passeurs de Rêves' les artistes contemporains
qui témoignent de ces histoires.
Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?
La terre ne peut être vendue ni appartenir à quelqu'un,
puisque chaque lieu correspond à l'histoire d'un ancêtre
et chaque chemin à l'itinéraire qu'il a parcouru pour
créer le monde. Chaque groupe doit pouvoir parcourir ces
sentiers librement et se réunir dans ces lieux lors de grands
voyages à pied à travers tout le pays.
En 1972, ils ont manifesté contre leur situation d'étrangers
sur leur propre terre et ont planté une tente-ambassade au
milieu de Camberra, la capitale. Cette tente ne sera démontée
que lorsqu'ils auront obtenu des conditions de vie convenables.
Survival a soutenu financièrement des projets 'Terre natale'
qui encouragent le retour d'Aborigènes des villes sur leurs
terres ancestrales. En particulier, les Aborigènes mirrar,
dans le Territoire du Nord, s'opposaient à l'ouverture d'une
mine d'uranium sur leur terre sacrée. Survival a persuadé
la compagnie d'abandonner son projet.
Les mots en gras sont expliqués dans
le lexique
Pour en savoir plus, tu trouveras de la documentation dans la médiathèque
et la photothèque et sur le site de Survival. Tu peux
aussi lire la page 'Musée vivant' de janvier 2007
Dossier réalisé à partir des
publications de Survival, de Les rêveurs du désert
de Barbara Glowczewski (Ed. Plon, 1989), de Les Aborigènes
d'Australie (Ed. Gallimard, coll. Découvertes, 2002).
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