Les Zo'é

 

"Avant, quand il n’y avait pas d’homme blanc, les Zo’é ne connaissaient pas la maladie. Auparavant, il y avait tant d’enfants, de femmes… Aujourd’hui, il n’en reste plus beaucoup." Jirusihú, un Zo’é.

 

 

Quel est leur vrai nom ?

Zo’é, le nom que se donne ce peuple, signifie « nous », par opposition aux étrangers et aux ennemis. On les appelle aussi Poturu, du nom de l’arbre qui sert à fabriquer le long bâtonnet qui leur traverse le menton.

 

Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils ?

Les Zo’é habitent un territoire très isolé dans les profondeurs de la forêt amazonienne, entre les rivières Ereperucu et Cuminapanema, au nord du Brésil.

 

Vue aérienne du territoire des Zo'éVue aérienne du territoire des Zo'é

© Fiona Watson/Survival

 

Ils y ont vécu paisiblement depuis des temps immémoriaux. Dans les années 1980, cependant, des missionnaires évangélistes s’y installèrent et les Zo’é attrapèrent des maladies du contact. En réaction à cette catastrophe, la FUNAI (département brésilien des affaires indiennes) expulsa les missionnaires et commença à protéger le territoire des Zo’é.

 

Combien sont-ils ? 

Leur population est très réduite, ce qui fait d’eux un groupe très vulnérable. Grâce à leur isolement, leur nombre s’est toutefois stabilisé et commence à augmenter. Ils sont aujourd’hui environ 250.

 

Quelles langues parlent-ils ?

Les Zo’é parlent une langue de la famille tupi-guarani, proche de celle des Teko.

 

Comment s'habillent-ils ?

Ils vivent nus ou presque. Dès l’enfance, tous les Zo’é portent le m’berpót, long bâtonnet de bois (ou labret) qui traverse leur lèvre inférieure et leur menton et qui leur donne l’allure de farouches guerriers.

 

On perce la lèvre des garçons dès l'âge de 7 ans.On perce la lèvre des garçons dès l'âge de 7 ans.

© Fiona Watson/Survival

 

Les femmes portent des coiffes très élaborées faites des plumes blanches qui recouvrent le ventre des vautours royaux, et elles peignent leur corps avec l’urucum, une pâte rouge vif préparée à partir de graines de roucou écrasées.

 

Comment sont leurs maisons ?

Les Zo’é vivent dans de grandes maisons rectangulaires au toit recouvert de palmes et ouvertes de tous les côtés. Plusieurs familles y cohabitent et chacune possède son propre foyer pour la cuisine et son propre emplacement pour y tendre les hamacs.

Dans la société zo'é, tout le monde est égal. La polygamie est autorisée : les femmes comme les hommes peuvent avoir plusieurs époux ou épouses.

 

Que mangent-ils ?

Les Zo’é apprécient particulièrement les noix du Brésil, c’est pourquoi ils installent souvent leurs communautés là où il trouvent des noyers du Brésil. Non seulement ces noix sont riches en protéines, mais leurs coquilles sont utilisées pour fabriquer des colliers et des bracelets, et leur fibre sert à confectionner les hamacs.

Ils cultivent de plus le manioc et d’autres tubercules, des piments, des bananes et beaucoup d’autres variétés de fruits et de légumes. Ils pratiquent l’agriculture sur brûlis.

 

Comment chassent-ils et pêchent-ils ?

Les hommes sont des chasseurs très adroits. La chasse se pratique souvent individuellement, sauf à certaines époques de l’année (celles du macaque ou du vautour royal) durant lesquelles elle est collective.

Les Zo’é pêchent également avec des harpons ou avec du timbó, un poison préparé à partir de plantes grimpantes.

 

Quels animaux vivent autour d'eux ?

Les Zo’é vivent à proximité des pécaris qu’ils chassent et qu’ils élèvent. Lorsque des troupeaux se regroupent, les hommes les chassent collectivement, tandis que les femmes recueillent les petits abandonnés qui sont rapportés à la maison et élevés comme des animaux domestiques, que les Zo’é appellent raimbé.

 

PécariPécari

© Hans Hillewaert

 

Quels sont leurs croyances et leurs rites ?

Les rituels accompagnent de nombreux événements de la vie des Zo’é. L’une des cérémonies les plus importantes, qui est aussi un rite de passage, consiste à percer la lèvre inférieure des enfants pour insérer le m’berpót (labret). Pour cela, on utilise un os pointu de la patte du singe-araignée et un bâtonnet de petite taille est inséré. En grandissant, les jeunes portent des labrets de plus en plus gros. Les Zo’é racontent que c’est un ancêtre du nom de Sihié’abyr qui leur a appris l’usage des bâtonnets.

Il n’y a pas de chef chez les Zo’é, mais des anciens appelés sont les gardiens des traditions.

 

Quelles sont leurs fêtes ?

Seh’py est probablement la plus grande cérémonie collective. Elle a lieu pour fêter tous les événements importants. Elle tire son nom d’une boisson qui est servie pendant le rituel et qui est élaborée avec les tubercules de saison. Les hommes portent de longues jupes en fibre végétale. Ensemble, hommes et femmes chantent et dansent tout au long de la nuit.

 

Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?

La protection de la FUNAI isole les Zo’é du reste du monde, comme s’ils vivaient dans une bulle. Mais elle a permis à leur population, décimée par les maladies transmises par les missionnaires, de s’accroître à nouveau.

Cependant, les Zo’é sont curieux de connaître leurs voisins et le monde au-delà de leurs frontières. En février 2011, pour la première fois, des représentants zo’é ont entrepris un voyage jusqu’à Brasilia, la capitale du Brésil, afin de porter leurs revendications auprès des autorités. Celles-ci incluent un projet éducatif, la formation de personnels de santé zo’é et un programme de protection du territoire dans lequel les Indiens eux-mêmes seraient activement impliqués.

Le défi que les Zo’é doivent dorénavant relever est celui de l’apprentissage de leurs droits et de la compréhension de la société brésilienne afin de pouvoir interagir avec elle sur un pied d’égalité, sans toutefois contracter les maladies comme la grippe auxquelles ils sont toujours très vulnérables.

Une pression de plus en plus forte s’exerce sur leur territoire et ses riches ressources naturelles : les collecteurs de noix, les orpailleurs, les missionnaires et les chasseurs l’envahissent périodiquement, et la "frontière du soja", qui marque l’avancée de la déforestation, se rapproche toujours plus…

 

Pour en savoir plus, tu trouveras de la documentation sur le site de Survival.