Les Saami

Berit Logje Siri

© Jason Roberts

 

"L'homme ne doit pas nourrir le renne, c'est le renne qui doit nourrir l'homme", nous dit un éleveur saami.

 

 

Quel est leur vrai nom ?

Les Lapons d'autrefois sont les "Saami", "Sámi" ou encore "Sâmes" d'aujourd'hui. Ils sont le seul peuple indigène d'Europe.

 

Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils ?

Les Saami vivent dans le nord de la Scandinavie, c'est-à-dire de la Norvège et de la Suède, et également au nord de la Finlande et de la Russie. Leur territoire, le Sápmi, s'étend donc en grande partie dans la zone froide, au-delà du cercle polaire. Il y règne un climat très rigoureux, avec des vents violents et des températures qui vont de -50° l'hiver à +16° l'été. La toundra en occupe la plus grande partie, et la neige recouvre ces vastes étendues pendant la moitié de l'année. Au début de l'été, c'est le jour continu, et six mois plus tard, la nuit continue.

 

 

Combien sont-ils ?

En Norvège, les Saami sont environ 50 000 ; en Suède, ils sont 17 000, en Finlande 4 000 et en Russie 2 000.


 

Quelles langues parlent-ils ?

Ils parlent leur propre langue, le saami, et selon le pays où ils vivent, ils parlent aussi norvégien, suédois, finnois ou russe. Ils demandent à ce que le saami soit reconnu comme langue officielle dans chacun des quatre pays. En Suède, il est de moins en moins parlé, et les Saami réclament qu'il puisse être utilisé à l'école, à la mairie, à l'hôpital ou au tribunal. Toundra est un mot saami.

 

Comment s'habillent-ils ?

Pour les fêtes, ils tiennent à porter le costume traditionnel à base de feutre, de tricot de laine et de peau de renne. Femmes et hommes mettent des cuissardes en peau, les belinga, sous des tuniques en laine courtes à mi-cuisse pour les uns et longues au genou pour les autres, serrées par une ceinture brodée. Ces tuniques sont décorées de larges galons tissés et brodés de toutes les couleurs.

 

Eleveur saamiEleveur saami

© D. R.

 

Les hommes se protègent la tête avec un bonnet à trois longues pointes, et les femmes avec un bonnet rond plus profond qui retient leurs cheveux. Les moufles en tricot sont couvertes de motifs, et aux pieds tous portent des skallers en peau de renne dans lesquelles on remplace les chaussettes par du foin. Pour les grands froids, on porte des manteaux de fourrure de renne.

Maintenant, les Saami achètent en ville des vêtements pour la vie de tous les jours. Les femmes ne passent plus autant de temps à tanner les peaux, coudre, tricoter et broder. Elles travaillent au bureau pendant que les enfants sont en classe. 

 

Comment sont leurs maisons ?

Autrefois, les Saami étaient nomades, suivant les migrations de leurs troupeaux de rennes du nord vers le sud en fin d'été et inversement en fin d'hiver. Mais aujourd'hui, avec les motoneiges et les hélicoptères, ils suivent les migrations plus facilement et sont devenus sédentaires, habitant des maisons de bois modernes dans des villages d'où ils partent motorisés pour rassembler et diriger leurs troupeaux à travers la toundra. Dans ces villages, les enfants vont à l'école, mais ils ne peuvent plus accompagner les migrations des rennes et donc n'apprennent plus le métier d'éleveur avec leur père.

Les tentes étaient en bois de bouleau couvertes de peaux de renne. Ils habitaient aussi des kotas, huttes couvertes de plaques de tourbe sur une armature en bois de bouleau.

 

Une famille saami vers 1900Une famille saami vers 1900

© D. R.

 

Quels animaux vivent autour d'eux ?

C'est bien le renne qui tire le traîneau du Père Noël, et il est aussi la raison de vivre des Saami. Il leur fournit de quoi se loger, s'habiller, se déplacer, se nourrir et fabriquer des armes et des outils. L'animal est parfaitement adapté à la neige avec ses larges sabots qui lui font des sortes de raquettes. Ses bois changent de couleur au rythme des saisons, passant du rouge au brun. Ils lui servent de pelle pour creuser la neige et trouver en-dessous les lichens dont il se nourrit l'hiver.

Les troupeaux comptent plusieurs milliers de bêtes, et dans la langue saami, des centaines de mots permettent de les désigner selon leur fourrure, leur âge, leur sexe et la forme de leurs bois. Pour pouvoir les reconnaître, les éleveurs les attrapent au lasso et les marquent en taillant des encoches au bord de leurs oreilles, qui du coup sont dentelées. Les femelles mettent bas au début du mois de mai, et la migration vers les pâturages d'été doit alors ête terminée.

Autour d'eux vivent des ours bruns, des gloutons, des loups, des lemmings, des renards et autres mammifères de la forêt.

 

Que mangent-ils ?

La viande de renne est découpée en lamelles et mise à sécher au soleil sur des barres en bois haut perchées. La graisse pour cuisiner est conservée dans les vessies de renne. Avec le lait, on fait des fromages. On cueille les baies de la toundra pour faire des confitures de lakka (ronce des tourbières) et de puolukka (airelles rouges). Pour les grands festins de noce, les Saami apprécient en particulier la perdrix blanche qu'ils capturent au piège. L'hiver, dans le Grand Nord, ils pêchent par des trous taillés dans la couche de glace qui recouvre les lacs.

Dans les villages où ils sont maintenant sédentaires, ils achètent du chocolat et des bonbons, mais aussi de la viande et des légumes surgelés !

 

Quels sont leurs croyances et leurs rites ?

Les anciennes croyances ont largement disparu avec l'évangélisation forcée des Saami commencée il y a trois siècles. Mais ils ont toujours un grand respect pour les anciens sites religieux où leurs ancêtres faisaient des sacrifices d'animaux sur des autels en pierre. Ils continuent à croire aux Ulda, le peuple qui vit sous terre. Beaivi le soleil, Bieggolmmai le vent et Ruonanieida le printemps étaient leurs principales divinités. Le chamane entrait en transe au rythme du tambour magique pour communiquer avec le monde des esprits.

De nos jours, les enfants sont baptisés et les mariages ont lieu à l'église, et, pour ces occasions, on porte le costume traditionnel.

 

Comment sont leurs fêtes ?

A Pâques ont lieu les grands rassemblements. C'est la saison des mariages et des grandes foires. Les Saami s'y retrouvent pour les courses de renne et de traineau, les concours de musique. Le joik est le chant traditionnel improvisé. On y mèle des cris d'animaux, des interjections, des murmures pour évoquer des personnes, des animaux et des éléments de la nature : une rivière, une montagne ou un lac.

Ces chants étaient en voie de disparition, mais les ivrognes ont toujours continué à les marmonner, et donc contribué à les sauver de l'oubli. Aujourd'hui, les jeunes musiciens les reprennent et y mêlent de la musique électro-acoustique.

 

Quelles sont leurs œuvres d'art et leurs célébrités ?

Comme tous les peuples nomades qui doivent déménager à chaque saison, ils possèdaient traditionnellement assez peu de choses, et donc ne fabriquaient que ce qui leur était indispensable et facile à transporter.

Ils façonnent de ravissantes boîtes en bois de bouleau sculpté, des couteaux au manche en corne de renne, des bijoux massifs en argent et des galons brodés multicolores très appréciés par les touristes. Certains artistes saami sont réputés pour leurs sculptures et leurs dessins gravés dans de l'os, du bois ou de la pierre.

En sport, l'équipe de foot de Laponie réunit des joueurs saami des quatre pays. Elle a gagné la Viva World Cup 2006 à Monaco et voudrait bien devenir une équipe officielle.

 

Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?

 

Drapeau saamiDrapeau saami

 

Le réchauffement climatique est lourd de conséquences pour les Saami. Quand l'hiver est plus doux que la normale, la neige est plus abondante et une alternance de chutes de neige, de pluie, de redoux et de gel la transforme en couches de glace polies par le vent. "Sur la plupart des pâturages, il y a trois ou quatre couches de glace qui se superposent, constate en 2007 John Haetta, un éleveur. Avec en plus les quantités de neige qui sont tombées, il devient presque impossible pour les rennes de casser la glace pour accéder au lichen, leur seule nourriture en hiver.'
"

En Suède cette année-là, le gouvernement a apporté une aide aux éleveurs en leur livrant du fourrage car les bêtes risquaient de mourir de faim par dizaines de milliers. En Norvège aussi l'on s'inquiète : le changement climatique pourrait bien marquer la fin de l'élevage des rennes.



D'après Ole Henrik Magga, professeur à l'Ecole Supérieure Saami de Kautokeino, "il faudra trouver de nouvelles formes d'élevage. C'est dramatique. Les rennes, aujourd'hui semi-sauvages, pourraient même devoir être élevés dans des fermes, ce qui changerait radicalement la vie des Saami". En effet, en plus des difficultés pour se nourrir de lichens l'hiver, les rennes manquent de plus en plus de vastes espaces de pâturage.

Car les changements climatiques ne déplaisent pas à tous : l'industrie du pétrole et du gaz norvégienne est en train de faire de cette région arctique son nouvel eldorado, et les hivers plus doux l'arrangent bien. Les Saami risquent-ils de devenir des fermiers et les troupeaux de rennes du bétail parqué derrière des barbelés ?

 

 

Pour en savoir plus, cherche dans la médiathèque et sur le site Internet de Survival.

Dossier réalisé à partir de l'encyclopédie Wikipédia, Le Monde de l'économie du 26 mars 2007, Le Figaro du 15 février 2006, Derniers nomades du Grand Froid de J. Arthaud aux éd. Arthaud et Paroles sâmes, Cahiers ethnologiques 1998 aux Presses Universitaires de Bordeaux.