Les Pygmées

Enfants pygmées du Cameroun

© Salomé/Survival

 

« Les femmes pygmées aiment la forêt comme elles aiment leur propre corps. » (Mbendjele)

 

 

Quel est leur vrai nom ?

Le terme « pygmées », dans le langage courant, désigne des individus de petite taille. Il peut avoir une connotation péjorative.

Avec une majuscule, il sert à désigner des groupes aux noms distincts, comme les Aka, les Twa, les Baka ou les Mbuti. On place parfois la syllabe ba- avant ces noms pour marquer le pluriel.

Le terme Bayaka, plus neutre, est également utilisé pour désigner les populations pygmées.

 

Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils ?

Les différents groupes pygmées sont répartis dans plusieurs pays d’Afrique centrale : la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Rwanda, l’Ouganda et le Cameroun.

 

Chasseur dans la forêt camerounaiseChasseur dans la forêt camerounaise

© Salomé/Survival

 

Ces groupes sont les peuples autochtones de la grande forêt équatoriale d’Afrique. La forêt occupe une place fondamentale dans leur culture, leur alimentation et leur histoire. Ils y vivent de chasse et de cueillette et s’y déplacent en petits groupes. Cependant, de nombreuses tribus pygmées quittent aujourd’hui le milieu forestier pour se sédentariser dans les villes.

 

Combien sont-ils ? 

La population totale est estimée à environ un demi-million de personnes, mais 50 000 Pygmées conservent aujourd’hui un mode de vie nomade dans la forêt.

Les Aka (ou Ba’aka) sont environ 10 000 en République centrafricaine et dans le nord du Congo.

 

Quelles langues parlent-ils ?

Chaque groupe parle une langue distincte : l’aka, le baka, le twa… Jengi (l’esprit de la forêt) est l’un des rares termes communs à toutes ces langues.

 

Comment sont leurs maisons ?

Les Pygmées qui vivent dans la forêt établissent au bord des ruisseaux et à l’abri de grands arbres des campements temporaires constitués de huttes circulaires appelées lobembe. Chaque campement comprend des logis pour les ménages et d’autres pour les célibataires. Jeunes gens et jeunes filles vivent séparés. Les huttes, construites par les femmes, sont soutenues par des assemblages de branches. Des feuilles de marantacées sont posées sur le toit en guise de tuiles.

De nos jours, au Rwanda, les Twa (ou Batwa) vivent le plus souvent dans des chaumières. Le gouvernement a malheureusement entrepris en avril 2011 d’éliminer brutalement tous les toits en chaume du pays. Cette campagne, censée avoir pour but d’assurer un logement décent à tous les Rwandais, a fait des milliers de sans-abris en pleine saison des pluies. Les Twa, qui forment l’ethnie la plus pauvre du Rwanda, sont les principales victimes de ce programme.

 

Que mangent-ils ?

Leur grande connaissance de la forêt assure aux Pygmées une nourriture abondante et variée toute l’année. Le régime des Aka comprend de la bemba (sorte d'antilope), du cochon sauvage, du buffle, du poisson, du miel, des noisettes, des bananes plantain, des champignons, des baies et des fruits. Les femmes connaissent les cycles de floraison et de maturation de centaines de plantes qui sont cueillies pour se nourrir ou se soigner. Rien n'est gaspillé et la majeure partie de la nourriture est partagée avec les voisins.

Lorsque les Aka savent qu'ils vont rester dans un campement plusieurs mois, certains plantent de petits jardins de maïs et de manioc. Parfois, ils échangent avec les fermiers locaux de la viande ou du poisson contre de l'huile de palme, du sel ou des vêtements.

 

Quels animaux vivent autour d'eux ?

De nombreux animaux vivent autour d’un campement pygmée. Parmi eux, l'un des plus curieux est le pangolin, sorte de fourmilier couvert d’écailles qui préfère vivre la nuit et qui cherche sa nourriture dans les sols sableux. Le pangolin géant est l’un des rares mammifères capables, comme l’homme, de marcher sur ses pattes arrière.

 

 

Comment chassent-ils ?

Les techniques de chasse varient d’un groupe à l’autre mais incluent toutes l’usage d’arcs et de flèches, de filets et de lances. Lorsqu’ils chassent, les hommes se déplacent sans bruit dans la forêt et communiquent par des signes de la main.

 

Chasseurs pygmées du CamerounChasseurs pygmées du Cameroun

© Salomé/Survival

 

Dès l’enfance, les garçons aka fabriquent des arcs et des flèches pour chasser les oiseaux, les insectes et d'autres petites bêtes près du campement. Les filles apprennent, en imitant leur mère, à ramasser les plantes comestibles et à construire de petites maisons pour jouer dedans. Elles y invitent les garçons et lorsqu'ils réussissent à chasser un petit animal, ils rôtissent la viande sur un feu à côté de la hutte, comme leurs parents.

 

Quels sont leurs croyances et leurs rites ?

La forêt est le refuge spirituel des Pygmées et la source de leurs croyances. Les Aka croient que lorsque Dieu a fait le monde, il les a placés dans leur forêt, dont ils sont les premiers occupants.

La musique et la danse sont très importants pour les Pygmées : à travers elles, ils peuvent s’adresser aux esprits et aux animaux de la forêt. Avant une grande chasse, par exemple, les femmes aka entonnent un magnifique chant ioulé (en alternant voix normale et voix de tête) appelé yelle pour attirer l'esprit de l'animal à chasser. Elles indiquent aux hommes où ils trouveront le gibier.

 

Comment sont leurs fêtes ?

Les Aka célèbrent les chasses victorieuses par des chants et des danses pour en assurer de meilleures dans l'avenir. Les matières premières dont sont faits les instruments de musique proviennent de la forêt. Une harpe à une seule corde appelée geedal est faite d'une liane tendue entre les deux extrémités d'une longue et fine branche. Les Aka fabriquent aussi des tambours avec des troncs d'arbres creux et des peaux d'animaux.

 

Quelles sont leurs créations artistiques ?

La musique polyphonique (à plusieurs voix) des Aka, très originale et complexe, appartient depuis 2003 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. (Tu peux la découvrir ici en vidéo.) Plusieurs compositeurs occidentaux se sont inspirés de leur tradition musicale.

Les Twa du Rwanda et du Burundi sont pour leur part reconnus comme des danseurs de grand talent. La danse, qu’ils considèrent comme le symbole de leur identité, est selon eux un art inné qu’ils n’ont pas besoin d’apprendre.

 

Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?

Le problème le plus grave auquel sont confrontés les Pygmées est l'absence de reconnaissance de leurs droits territoriaux de chasseurs-cueilleurs, auquel s’ajoute le déni de leur statut de peuple indigène dans la plupart des pays africains où ils vivent. Des entreprises étrangères, qui convoitent les essences de bois rares ou les minéraux, et les Etats, qui créent des parcs nationaux pour attirer les touristes, peuvent ainsi mettre la main sur leurs territoires sans leur verser de compensation.

 

© Salomé/Survival

 

Les communautés qui ont perdu leur mode de vie traditionnel et leurs terres se retrouvent en bas de l’échelle sociale et sont victimes d’une discrimination généralisée affectant tous les aspects de leur vie. Un fort racisme se cache derrière ces discriminations, en raison de l’apparence physique des Pygmées, de leurs structures sociales égalitaires et de l’étroite relation qu’ils entretiennent avec la forêt.

Les Pygmées ont cruellement souffert de tous les conflits sanglants qui ont touché cette région du monde. 30 % des Twa ont ainsi été tués au cours du génocide au Rwanda en 1994. La guerre en République démocratique du Congo a également été terriblement meurtrière pour les Pygmées, qui ont parfois été chassés par les combattants comme s’ils étaient du gibier…

En 2010, la République centrafricaine a ratifié la convention internationale relative aux droits des peuples indigènes et tribaux, affirmant ainsi son engagement à garantir les droits des Pygmées.

 

Sur Nous Le Monde, fais connaissance avec Esimba, un enfant aka.

Dans la photothèque, découvre un diaporama sur les Pygmées du Cameroun.

Tu trouveras plus d'informations sur le site de Survival.