"Nous sommes les gardiens de Mère nature" Raoni

Novembre 2015

Ils sont venus des quatre coins du monde.
D'Amazonie, des îles du Pacifique, de Sibérie...
Du 21 au 23 novembre 2015 à Paris, avant la Cop21, ils sont venus dire au nom des peuples indigènes comment les impacts du réchauffement de la planète les touchent plus que quiconque. Ils sont venus rappeler qu'ils vivent depuis toujours au cœur de la nature dans des conditions extrêmes et qu' ils ont su s'adapter à leur environnement grâce à des connaissances transmises de génération en génération. Ils sont venus dire au monde qu'ils doivent être écoutés et que leurs savoirs-faire ancestraux ne doivent pas disparaître.

Le Cacique Raoni Metuktire a plus de 80 ans. Il est le chef indigène du peuple Kayapo de l'Amazonie brésilienne et répète inlassablement avec ses propres mots que la forêt amazonienne, le "poumon vert" de la terre, est très malade. Depuis un demi siècle il lutte pour la défense de son peuple et de la forêt amazonienne. Il sensibilise toujours et encore l’opinion publique mondiale à la cause indigène et au drame de la déforestation. Il souhaite à l'occasion de la COP 21 une alliance des peuples autochtones de tous les continents qui sont menacés de tous côtés par le développement économique et démographique. Car seuls les peuples autochtones qui vivent depuis toujours au plus près de la nature et ont une connaissance vivante de leur environnement sont à même d'observer avec autant de précision les bouleversements climatiques. Leur savoir-faire ancestral les désigne comme les meilleurs protecteurs de la nature. "Nous, les peuples autochtones, sommes les gardiens de mère nature " a répété Raoni.

Gunners Britt Retter, dirige l'unité arctique et environnementale du Conseil Sami. Elle rappelle que les fouilles archéologiques au nord est de la Norvège démontrent que les populations locales ont su s'adapter aux changements climatiques qui sont intervenus depuis 11 000 ans. Ces populations avaient un village d'été et un village d'hiver au cours des périodes de réchauffement et pendant les périodes plus froides elles étaient plus mobiles. Les habitants d'alors vivaient de la grande variété d'espèces disponibles au cours de l'année. À cause de la dépendance des populations arctiques à la biodiversité, les Samis veulent que leur savoir-faire écologique millénaire dans ce domaine soit reconnu et respecté et qu'il en soit tenu compte dans la gestion de leurs aires territoriales.

Mina Setra, Dayak du Kalimantan en Indonésie, défend la garantie des droits des peuples autochtones sur les forêts coutumières indonésiennes qui sont en grand danger face à l'extension des champs agricoles pour les agrocarburants et aux appétits des industries agroalimentaires. Elle est Secrétaire Générale Adjointe de l'Alliance des peuples autochtones des archipels indonésiens (AMAN) et à ce titre, représente près de 15 millions d’individus venant de 2230 communautés autochtones à travers l'Indonésie.

Mundiya Kepanga, chef de la tribu des Huli, vit au cœur des forêts primaires de Papouasie-Nouvelle- Guinée. Il ne sait ni lire ni écrire, mais il sait lire la forêt mieux que quiconque. Il est la voix des peuples autochtones et nous invite à réfléchir sur le regard que nous portons sur les peuples indigènes et sur notre propre culture.

Ils sont nombreux à s'être ainsi déplacés pour porter la parole des peuples autochtones, pour alerter le monde sur leur fragilité face aux changements climatiques, mais aussi pour expliquer qu'ils représentent un rempart au réchauffement climatique par leur gestion de la biodiversité.
Tous insistent sur la nécessité de ne pas perdre le savoir écologique fondamental de leurs sociétés. Ils insistent également sur la transmission de ces connaissances écologiques des sociétés acquises et cumulées au cours du temps bien avant que les énergies fossiles ne polluent pas notre monde.