Le monde en rouge et blanc des Warli

 

Les Warli sont un peuple indigène de l'ouest de l’Inde. Ils vivent dans des villages de cases rondes et de couleur ocre rouge. Les murs de bambous sont recouverts de boue séchée et de bouse de vache et les toits de feuilles ou de paille.

Les Warli peignent sur leurs murs des compositions de formes simples : le rond et le triangle, observés dans la nature – la lune, le soleil, les cimes des montagnes et des arbres –, et le carré, créé par l’homme pour délimiter un champ. On dit que ces peintures sont une tradition qui rappelle les peintures rupestres (sur les parois de pierre) néolithiques, c’est à dire de l'époque du début de l’agriculture.

 

2 peintures sur toile de Jivya Soma Mashe2 peintures sur toile de Jivya Soma Mashe

© Hervé Perdriolle

 

A l'origine, les peintures warli étaient exécutées uniquement à l'occasion des mariages, à l’intérieur des cases, sur le mur qui fait face à l’entrée et délimite la cuisine. Elles étaient l'œuvre des femmes non veuves, donc mariées. Pour cela, elles n'utilisent que du blanc, obtenu à partir d'un mélange de pâte de riz, d'eau et d'une gomme qui sert de liant. Cette pâte est appliquée à l'aide d'un bâtonnet de bambou préalablement mâchonné jusqu'à devenir aussi souple qu'un pinceau. Pendant que deux femmes préparent la peinture, d’autres enduisent le mur de bouse de vache et de boue rouge pour obtenir un fond uni.

Autrefois elles dessinaient un premier carré, le caukat, dans lequel elles figuraient Palaghata, la déesse mère, entourée de 5 rangs de bijoux. Elles formaient ensuite un deuxième carré pour les dieux gardiens, le dieu à deux têtes, le dieu à cinq têtes et les dieux du foyer. D’autres femmes dessinaient en dehors de ces carrés des arbres, des animaux et différentes scènes de vie : chasse, travail des champs, fêtes... Aujourd'hui, les compositions sont plus variées, comme celles des deux œuvres ci-dessus.

Les humains sont représentés par deux triangles réunis par la pointe, le triangle du haut figurant le torse et le triangle du bas le ventre. Le fragile équilibre de ces deux triangles superposés représente le même fragile équilibre du couple comme de l'univers. En variant la disposition des deux triangles, on peut animer les corps et donner du rythme et de la vie à une scène.

 

Femmes warli peignant leur maisonFemmes warli peignant leur maison

© Hervé Perdriolle

 

L’acte de peindre est une cérémonie rituelle et a plus d'importance que le résultat obtenu. Les gestes des artistes expriment le cycle des saisons et la fécondité qui donnent la vie. Toutes les femmes chantent en peignant. En même temps, sur le mur extérieur de la case, les jeunes gens dessinent des signes géométriques, tandis que les petites filles tressent des guirlandes de fleurs.

La peinture terminée est cachée derrière un tissu et les fiancés restent assis de part et d’autre pendant que la prêtresse du mariage s'adresse aux divinités. On dit que c’est seulement quand les fiancés seront possédés par l’esprit du tigre que l'œuvre pourra être dévoilée.

De nos jours, la tradition rituelle se perd. Les hommes se sont mis à peindre et réalisent des œuvres sur de la toile ou du papier pour les vendre. Un peintre warli, Jivya Soma Mashe, est devenu célèbre en peignant des compositions qui n’avaient plus rien de rituelles. Son travail a été remarqué et il a reçu les plus importantes récompenses artistiques indiennes de la part de grands responsables politiques de l’Inde comme Nehru et Indira Gandhi. Il a ensuite participé à des expositions, dont Les Magiciens de la terre à Paris en 1989, et ses peintures ont été exposées et achetées par des collectionneurs et des musées. D'autres hommes se sont mis à peindre quand l'Inde a décidé de valoriser la peinture warli en la faisant connaître à l'extérieur. Parmi eux, Shantaram Tumbada, dont une œuvre a été reproduite sur un immeuble en France, à Lyon.

Tu peux lire notre dossier de l'été 2009, Loin de Bollywood, pour connaître d'autres peuples indigènes de l'Inde.

Avec l'aimable collaboration de Hervé Perdriolle.