Les Mursi

Jeune fille mursi

© Magda Rakita/Survival

 

 

Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils ?

Les Mursi vivent dans une vallée traversée par le fleuve Omo, à la frontière de l’Ethiopie, du Kenya et du Soudan. C’est un immense territoire, deux fois plus vaste que la Belgique, que les Mursi partagent avec sept autres tribus de pasteurs (bergers) semi-nomades comme les Surma ou les Karo. Les bergers mursi sillonnent la savane qui les entoure, d'herbages en herbages.

 

 

La chaleur est étouffante dans cette contrée perdue loin de toute capitale, avec des températures grimpant facilement jusqu’à 40 et 50°C. Les saisons de pluie alternent avec les saisons de sécheresse. Les précipitations sont peu importantes et se concentrent sur mars-avril et octobre-novembre. Le manque d'eau se fait cruellement sentir le reste de l'année. L’eau si rare est donc précieuse et souvent considérée comme un don du ciel.

 

Combien sont-ils ? 

Les Mursi seraient actuellement moins de 10 000 et leur nombre diminue sous l'effet de périodes de sécheresse plus longues et de conflits fréquents avec les tribus voisines. Avec les 7 autres tribus, la vallée de l’Omo abrite au total 200 000 personnes.

 

Quelles langues parlent-ils ?

Le mursi appartient à un ensemble de langues parlées dans le sud-ouest de l'Ethiopie qui ont de nombreuses ressemblances entre elles. Très peu de gens parlent l’amharic, la langue nationale, qui permet de suivre l’information sur les projets du gouvernement qui concernent pourtant directement les Mursi.

 

Comment s'habillent-ils ?

Ils vivent presque nus mais ils peignent leur corps et se parent de bijoux qui les transforment. Les filles s'agrandissent les lobes des oreilles et la lèvre inférieure avec de petits disques pour mettre en avant la beauté de leur visage. Les bracelets de cheville et de poignet et les colliers en grand nombre sont autant de porte-bonheur les protégeant des maladies.

Le maquillage est tout un art. Les enfants en apprennent les techniques dès le plus jeune âge. Avec de la poudre de calcaire mélangée à de l’eau, on obtient du blanc et avec des pigments colorés trouvés dans le sol et broyés, du rouge ou du jaune. Les Mursi inventent alors des formes à l’infini, peignant avec leurs doigts ou avec de petits roseaux. Des pois, des ronds, des lignes… Ils rivalisent d’imagination ! Les motifs peints sur le corps pour s’embellir suscitent l’admiration de la tribu. Les enfants les utilisent pour s’amuser ensemble et se métamorphoser en tel ou tel animal en imitant par exemple les tâches du léopard. A l’adolescence, ils deviennent des armes de séduction pour conquérir le cœur de l’être aimé. Les guerriers choisiront de préférence du rouge qui rappelle le sang de leurs blessures.

Les pasteurs, lorsqu'ils s'occupent de leur troupeau, portent pour tout vêtement pour se protéger du soleil une couche de bouse fraîche fixée avec de la cendre !

Pour en savoir plus sur les plateaux des femmes mursi, lis l'article du musée vivant intitulé "Les plateaux des femmes mursi : de l'art, toujours de l'art !"

 

Comment sont leurs maisons ?

Les maisons des Mursi sont temporaires car leur mode de vie est semi-nomade. Ce sont des huttes rondes construites avec des matériaux trouvés autour du campement : de l’herbe, de la terre et des branchages. Elles sont de véritables abris contre la chaleur. La porte est minuscule pour éviter que l’air ne pénètre à l’intérieur. Les Mursi changent régulièrement de hutte pour s’installer dans de nouvelles clairières à proximité de points d’eau. Ce sont les femmes qui entretiennent les cases.

 

Que mangent-ils ?

Les femmes qui restent au village cultivent pendant la saison des pluies et récoltent le sorgho (céréale résistante à la sécheresse) et le maïs, aliments de base de la famille. Elles s'occupent aussi de champs sur les rives du fleuve Omo, des terres fertilisées par les limons déposés après la crue, comme dans L'Egypte antique. Les Mursi vivent aussi de la chasse, de la pêche et de l’élevage. Ce sont les hommes qui se chargent de ces activités, comme de conduire les troupeaux de chèvres ou de zébus, parfois loin du village, pour trouver de bons pâturages.

Le lait et le sang du zébu sont consommés régulièrement, surtout par les pasteurs quand ils suivent leurs troupeaux. Mais les Mursi ne mangent que rarement sa viande, sauf lorsqu'un animal est abattu pour une fête. Le lait et la viande du zébu sont des ressources vitales lorsque les récoltes viennent à manquer ou bien quand on peut échanger l'animal contre des grains dans les hautes terres. Cependant, le troupeau de zébus est avant tout un patrimoine qui est transmis de génération en génération ou qui sert à payer la dot.

 

Troupeau de zébusTroupeau de zébus

© Magda Rakita/Survival

 

Quels animaux vivent autour d'eux ?

Les chiens font partie de la vie du village : ils veillent sur les habitants comme sur le troupeau, de jour comme de nuit, et donnent l’alerte à l’approche de hyènes rôdant autour des enclos. Ils annoncent la venue d’un étranger par un tonnerre d’aboiements. Les enfants sont si complices de leurs chiens qu’ils n’hésitent pas à partager un peu de lait avec eux : c’est une juste récompense après la garde de l'ensemble le troupeau.

Dans la vallée de l'Omo, le gibier est abondant : antilopes, phacochères, éléphants, girafes... Mais il tend à disparaître à cause de l'évolution des techniques de chasse et de l'usage des armes à feu.

 

Comment chassent-ils ?

Comme les autres tribus de la vallée, les Mursi utilisent encore des armes simples : arcs, flèches et sagaies (javelots). Les jeunes garçons apprennent à chasser avec ces armes, mais ils intègrent petit à petit des fusils et des kalachnikov (fusils automatiques russes) à leur technique, ce qui n'est pas sans risques pour l'avenir de la faune.

 

Quels sont leurs croyances et leurs rites ?

Comme de nombreuses autres tribus, les Mursi organisent de nombreuses cérémonies pour les naissances, les mariages et les récoltes ; mais aussi pour marquer les différentes étapes du passage de l'enfance à l'âge adulte des garçons.

Les jeunes Mursi doivent notamment prouver leur virilité lors d'une épreuve de duel appellée le Donga. C'est le rituel le plus populaire. Il peut durer plusieurs jours à une période où il y beaucoup de nourriture disponible pour que les participants puissent être en bonne forme. A cette occasion, les jeunes hommes s'affrontent lors de combats simulant la guerre, armés de longs bâtons de plus de 2 mètres qu'ils brandissent à deux mains. Le vainqueur est celui qui arrive à esquiver le plus de coups et qui en assène tout autant jusqu'à renverser son adversaire. Il sera porté en triomphe sur les épaules de ses camarades. C'est à celui qui sera le plus rapide et le plus agile. Il y a souvent des blessés mais les anciens veillent au grain et arrêtent les affrontements trop violents qui pourraient être mortels. Celui qui abandonnera le combat ne sera pas hué par le public car l'important, c'est de participer. Voilà la règle chez les Mursi ! Parfois, l'issue du combat permet de départager des hommes amoureux d'une même femme.

Les jeunes guerriers mursi ne manquent pas une occasion de se faire remarquer lors de ces cérémonies : ils portent des défenses de phacochère en guise de coiffure, une peau de léopard comme vêtement et des jambières en cuir de zébu. Ils ajoutent de plus en plus souvent à cette panoplie une kalachnikov sur l'épaule. Il faut à tout prix impressionner les autres participants et leur montrer à qui ils ont affaire. Mais ils devront tout enlever au moment du combat car, selon les règles de cette épreuve, les guerriers doivent se battre nus.

 

Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?

La création de parcs nationaux a réduit considérablement les zones de chasse des Mursi comme des autres tribus, et les empêchent de disposer des ressources essentielles à leur survie. Les touristes peuvent y chasser le gibier au cours de safaris alors même que les résidents indigènes n’en n’ont pas le droit ! En conséquence, les Mursi sont de plus en plus en compétition avec les autres ethnies de la vallée de l'Omo pour les terres agricoles et les pâturages. Les relations entre les groupes dégénèrent en conflits. Malheureusement, l’introduction des armes à feu rend ces affrontements sanglants.

Comme un malheur n'arrive jamais seul, durant ces 3 dernières années, les précipitations se sont faites plus rares et la crue annuelle s’est réduite pour être quasi inexistante en 2009. On ne sait pas vraiment quelles sont les raisons de l’arrêt des précipitations et de l’absence de crue (le changement climatique serait-il responsable ?), mais une chose est sûre : c’est un désastre pour les Mursi dont le mode de vie et la survie dépendent de la culture pluviale ou de la décrue le long de la rivière.

Par-dessus le marché, une série de barrages est en projet ou déjà en cours de construction sur l'Omo. Ces retenues d’eau sont destinés à irriguer de vastes champs de plantes à agrocarburants et interrompront définitivement la crue naturelle de l’Omo et le dépôt de limon fertile si précieux pour les Mursi. Ils ne pourront plus cultiver leurs champs.

Ils sont directement menacés par ces barrages mais n’ont jamais été consultés par le gouvernement. Un membre d’une tribu voisine déclarait à ce sujet : "Notre terre n’est plus bonne à rien. Ils ont retenu l’eau et nous connaissons maintenant la famine. Ouvrez le barrage et laisser couler l’eau." Les Mursi s’inquiètent eux aussi de la disparition de leurs moyens de subsistance et ils lancent le même appel désespéré.

N'hésite pas à écrire une lettre en faveur des peuples de l'Omo.

 

Pour en savoir plus sur les Mursi et les peuples de la vallée de l'Omo, cherche dans la médiathèque et sur le site Internet de Survival.

Dossier réalisé à partir des publications de Survival et du livre de Hans Silvester, Les enfants de la vallée de l'Omo, éditions De la Martinière-jeunesse, 2009.