Les Maori

Tatouages maori

© André Rau/Survival

 

"Tu me demandes, à moi, ce qui importe le plus au monde ?
Ma réponse sera : les gens, les gens, les gens !"

Parole maori.

 

 

Quel est leur vrai nom ?

Le mot Maori désigne l'ensemble des peuples de Polynésie, à l'intérieur d'un triangle qui va de Hawaii à l'île de Pâques et à la Nouvelle-Zélande. Dans ce vaste espace, ils ont navigué pendant des siècles, d'île en île, sur leurs pirogues. Partis de Tahiti, ils sont arrivés en Nouvelle-Zélande il y a environ 1 000 ans.

 

Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils ?

La Nouvelle-Zélande fait partie de la Polynésie. Elle comprend deux grandes îles, l'Ile du Nord et l'Ile du Sud, entourées de nombreuses plus petites. En langue maori, Aotearoa est "la terre du long nuage blanc", avec ses immenses plages appréciées des surfeurs, ses volcans, geysers, canyons et montagnes escarpées d'où descendent de longs glaciers presque jusqu'à la mer. Ce sont ces paysages fantastiques qui ont servi de décor au film Le Seigneur des anneaux.

 

 

Une légende raconte que l'Ile du Sud est un canoë avec lequel a été pêchée l'Ile du Nord, représentée sous la forme d'un poisson. Le poisson entraîne les deux îles et leurs habitants dans une navigation éternelle.

 

Combien sont-ils ?

Ils sont 440 000, divisés en 46 tribus qui ont chacune leur territoire, leur chef et leurs coutumes. En Nouvelle-Zélande, où vivent 4 millions d'habitants, une personne sur 9 est maori. Les Blancs, majoritaires, sont appelés Pakeha par les Maori.

 

Quelles langues parlent-ils ?

Il y a de plus en plus d'écoles où l'on enseigne la langue maori. Les deux langues officielles du pays sont l'anglais et le maori. Mais la plupart des Maori vivent en ville et parlent anglais, même en famille. Les tout petits enfants peuvent aller dans des crèches où l'on parle maori, les "nids de langue", puis quand ils entrent à l'école l'enseignement est en anglais. Aujourd'hui, de plus en plus de Pakeha apprennent la langue maori.

 

Comment s'habillent-ils ?

Le moko est le tatouage qui couvre le corps et le visage des Maori. Les femmes n'ont qu'une petite partie du visage tatouée, et les motifs sont de plus en plus inspirés de modes d'autres pays.

Tu peux voir un moko à la rubrique musée vivant.

 

Comment sont leurs maisons ?

Chaque village dispose d'une maison commune qui représente un ancêtre. Chaque partie sculptée de la maison symbolise une partie du corps de l'ancêtre. Ainsi, les linteaux en bois au-dessus des portes et fenêtres, les bords du toit et les piliers qui le soutiennent sont de vrais chefs-d'œuvre finement ciselés.

 

Quels animaux vivent autour d'eux ?

La faune est riche d'espèces rares. Le kiwi est l'oiseau chéri des Maori. Il n'a pas d'ailes mais des moustaches, des plumes commes des poils et un très long bec. La femelle pond de gros œufs que le mâle couve pendant 80 jours. Toutes les espèces de kiwis sont protégées, en particulier le rowi, le plus rare de tous. Leur prédateur est l'hermine que l'on essaie d'éliminer en posant des pièges.

 

Le kiwiLe kiwi

© D.R.

 

L'opossum est un petit marsupial qui a été importé d'Australie et qui s'est tellement multiplié qu'il est devenu une véritable plaie pour les forêts qu'il détruit. On dépense des millions pour tenter de l'éliminer lui aussi.

Par contre, le tuatara, un reptile aux allures de dinosaure, est protégé, tout comme l'albatros royal, avec ses 3 mètres d'envergure. L'Île du Sud est le seul lieu au monde où il nidifie, à proximité des otaries qui vivent sur les mêmes côtes.

 

Quels sont leurs croyances et leurs rites ?

Beaucoup de Maori sont chrétiens, mais ils ont aussi gardé leurs anciennes croyances, surtout le culte de leurs ancêtres dont parlent les légendes. C'est le demi-dieu Maui qui a dompté le soleil, pêché les îles de la Nouvelle-Zélande avec son hameçon magique et domestiqué le feu. Les Maori sont de fameux astronomes. Ils ont toujours observé les étoiles pour naviguer en pirogue sur l'océan à la recherche de nouvelles îles.

La mythologie du cerf-volant, Manu, est partout présente dans les légendes : le héros Tawhaki essaie en vain de suivre Tangotango au ciel sur un cerf-volant. Rahi utilise un cerf-volant pour poursuivre Te Ara. Maui survole la terre en cerf-volant.

 

Comment sont leurs fêtes ?

Chants et danses sont très importants dans la culture maori, et les clubs pour enfants et adultes se multiplient dans le but de faire revivre la tradition. Le monde entier connait le haka, la danse rituelle que l'équipe de rugby des All Blacks (l'équipe nationale de Nouvelle-Zélande) exécute avant chaque match.

 

Rugbymen néo-zélandaisRugbymen néo-zélandais

© Patrick Othoniel

 

Sport national, le rugby est une véritable fête maori, même s'il a été importé par les colonisateurs anglais. Il a toujours plu aux Maori, hommes puissants et rapides, et sur les places des villages on y joue comme on joue chez nous au foot. C'est par le rugby que Maori et Pakeha se sont mélangés, partageant une passion commune. Mais la corpulence et la force des petits Maori effraient les petits Pakeha. On a donc créé en 1996 un championnat réservé aux enfants de moins de 80 kg.

La Coupe du Monde de rugby 2011, disputée en Nouvelle-Zélande, est une occasion pour les Maori de faire connaître leur culture au monde. Et aussi de rappeler que leur vie n'est pas que rugby et qu'ils souffrent de nombreux problèmes d'intégration...

 

Quelles œuvres d'art produisent-ils ?

La proue et la poupe de leurs pirogues de guerre, les wakas, étaient décorées de sculptures d'une grande finesse représentant leurs ancêtres qui les protégeaient dans leur navigation. Ils prenaient l'os des baleines venues s'échouer sur les rivages pour fabriquer des massues, et les dents de requin pour tailler des couteaux.

Ils utilisent le flax ou lin de Nouvelle-Zélande, une plante très fibreuse, pour fabriquer des paniers, nattes, jupes et manteaux. On trouve plus de 50 variétés différentes de flax et les Maori savent exactement quel type utiliser pour chacun de ces objets.

 

Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?

Au XIXe siècle, la colonisation a rimé avec spoliations et déportations. Les colons anglo-saxons se sont appuyés sur des erreurs de traduction entre les versions anglaise et maori du traité de Waitangi de 1840 pour justifier une prétendue cession de territoires au profit de la couronne britannique. Les malheurs ne faisaient que commencer.

Les revendications des Maori pour retrouver des droits sur leurs terres n'ont jamais cessé, mais puisque aujourd'hui ils vivent en grande majorité en ville, il s'agit surtout de faire respecter les lieux sacrés où ils vont en pélerinage, comme par exemple dans le parc naturel du mont Tongariro (voir "Vivre dans un parc naturel"). Il ne s'agit pas, comme pour beaucoup de peuples indigènes, de rester vivre sur des territoires qui leur auraient fourni de quoi se nourrir depuis des siècles.

Mais ce n'est pas parce que les Maori sont en ville qu'ils vivent aussi bien que les Pakeha. Les premiers habitants du pays restent les citoyens les plus défavorisés de Nouvelle-Zélande. Le taux de chômage, chez eux, est 2 fois supérieur à la moyenne. Dans les banlieues, où ils sont majoritaires, les affaires de drogue et de violence font régulièrement les gros titres des journaux. Alors qu'ils ne constituent que 15 % de la population, les Maori représentent plus de la moitié des personnes emprisonnées. Un enfant maori peut espérer vivre jusqu'à 69 ans, alors qu'un Pakeha vivra en moyenne dix ans de plus. Même si de plus en plus de Blancs apprennent la langue maori, ce n'est pas suffisant pour faire disparaître le racisme envers les autochtones.

Le gouvernement néo-zélandais a cependant pris des mesures pour réduire les inégalités : les Maori ont leurs centres de soins, les jeunes bénéficient de bourses exceptionnelles pour accéder aux études supérieures, et 7 fauteuils de députés sont réservés aux représentants de la communauté. Pourtant, le fossé entre les Maori et les Pakeha ne se comble pas.

« Le problème, c'est que nous avons perdu nos racines, notre histoire », estime Kereru Pounamu, guide spirituelle de la communauté d'Albany, au nord d'Auckland. « Les Maori qui se sont installés en ville ont perdu le lien avec leur tribu, leur iwi. Ils ne savent plus qui ils sont. Pour nous retrouver, il faut renouer avec notre passé. »

 

Pour en savoir plus, cherche des livres dans la médiathèque.

Dossier réalisé d'après la revue Ethnies n° 8-9-10 'Renaissance du Pacifique', 1989 (Survival International), Géo de mars 2005, Connaissance des arts de février 2005, Courrier International du 13 juillet 2006, Ouest France et le site Internet de l'UNESCO.