Les Maasaï

Jeune Maasaï soufflant dans la corne de koudou

 

"Ils ont pris la terre sur le papier, mais la terre elle-même nous appartient", dit un représentant des Maasaï.

 

 

Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils ?

Le pays maasaï, en Afrique de l'est, s'étend de chaque côté de la frontière qui sépare le Kenya de la Tanzanie, entre les monts Kenya et Kilimandjaro (le plus haut sommet d'Afrique avec ses 5 895 mètres). Le pays maasaï compte de nombreuses réserves naturelles où les animaux sont protégés. C'est ce pays-là que Joseph Kessel avait choisi pour situer son roman Le Lion.

 

 

Les Maasaï sont des pasteurs semi-nomades. Ils ont gagné auprès des gouvernements le droit de faire pâturer leur bétail dans les parcs des deux pays et ignorent les frontières lorsqu’ils déplacent leurs grands troupeaux au rythme des saisons : saison sèche de juillet à octobre, saison des pluies d'avril à juin. Toute l'année, la température oscille autour de 30°C.

 

Combien sont-ils ? 

Les Maasaï, éleveurs de bétail originaires de la haute vallée du Nil, sont l'une des plus célèbres ethnies du Kenya et de la Tanzanie. Leur population est estimée à 300 000 personnes, réparties entre les deux pays, le long de la vallée du Rift.

 

Quelles langues parlent-ils ?

Les garçons - ceux qui ne restent pas au village pour prendre soin des bêtes - apprennent à l'école à écrire la langue maasaï, le maa, ainsi que le swahili et l'anglais, mais les filles ont rarement cette chance. Elles ne connaissent souvent que le maa.

 

Comment s'habillent-ils ?

Les hommes vivent demi-nus, drapés dans une étoffe rouge, rayée ou à carreaux. Seules les femmes peuvent ajouter un peu de bleu à leurs vêtements. De larges colliers et des bandeaux et pendentifs en minuscules perles chatoyantes mettent en valeur leur beau crâne rasé. Seuls les hommes guerriers ont les cheveux longs, mi-rasés, mi-tressés, retombant bas sur la nuque. Les cheveux longs des guerriers rappelent la crinière du lion, alors que les femmes ont les cheveux ras à l’image des lionnes.

Les femmes confectionnaient elles-même leurs capes de fête traditionnelles en cuir souple brodé de motifs en perles de couleur. Elles portent maintenant plutôt des étoffes de coton colorées achetées au marché qu'elles se nouent autour des épaules.

 

Comment sont leurs maisons ?

Un village se compose d'une dizaine de cases basses et exiguës, faites de branchages recouverts d'un mélange de terre et de bouse, bâties par les femmes. Le rôle des femmes est aussi de puiser l’eau, de cuisiner, de fabriquer les parures, d'éduquer les enfants, de traire le bétail et de faire du commerce avec les tribus voisines.

 

Une femme maasaï répare le toit de sa maisonUne femme maasaï répare le toit de sa maison

© Survival

 

Les hommes construisent les manyatta, ces barrières d'épineux qui tiennent les prédateurs à distance de ce que la communauté possède de plus précieux : le troupeau — une quarantaine de vaches, le double de chèvres et une dizaine d'ânes. Hyènes, chacals et léopards n'ont pas intérêt à rôder trop près de ces terribles barbelés naturels.

 

Que mangent-ils ?

Les Maasaï se nourrissent surtout de laitages et de sang. Ils peuvent en effet prélever le sang des jeunes bovins sans les tuer, en les incisant au niveau du cou d’une flèche tirée dans la veine jugulaire. Un bol de sang mélangé à du lait ou de la bière et du miel constitue l’aliment de base. La viande est plus rare et ne doit jamais être mêlée au lait. Elle est réservée à certaines cérémonies particulières.

En théorie, les Maasaï refusent toute alimentation d’origine végétale, fruit, herbe ou légume, comme ils refusent de travailler la terre. Ils ne consomment ni poisson, ni oiseau, ni gibier sauvage, à l’exception du buffle et de l’éland (grande antilope), deux animaux qui ressemblent à leur propre bétail.

Pourtant on dit aussi que certains consomment des plantes, racines et écorces qu'ils ajoutent au lait, qu'ils cuisent des bouillons d'herbages et d'écorces à mélanger à la viande, qu'il leur arrive de se curer les dents avec des morceaux de bois, de sucer des racines pour en extraire le jus ou de mâcher de la gomme d'arbre comme la myrrhe du balsamier. Beaucoup de ces plantes sont médicinales.

 

Quels animaux vivent autour d'eux ?

La savane est célèbre pour ses 400 espèces d'oiseaux et 50 espèces de mammifères. Rhinocéros, lions, buffles, éléphants, girafes, gnous, zèbres, koudous, élands et autres antilopes, hyènes et phacochères parcourent les immenses réserves et parcs nationaux : Amboseli, Maasai Mara, Samburu, Nakuru, Manyara, Ngorongoro, Serengeti et Tsavo. La faune de cette région est d'une richesse infinie, et bien protégée, souvent même mieux que les Maasaï eux-mêmes qui ont été priés d'aller vivre ailleurs pour permettre aux touristes de venir admirer cette faune.

 

Quels sont leurs croyances et leurs rites ?

Les Maasaï ont un dieu unique et bienveillant, Enkai ou Ngai, dieu créateur se manifestant à travers la pluie et le ciel. Son épouse, Olapa, est la lune.
Ils croient qu'Enkai leur a donné tout le bétail, et donc que quiconque possède des troupeaux doit les avoir volés autrefois aux Maasaï, ce qui a provoqué quelques guerres avec des peuples voisins au cours des siècles passés.

Les garçons maasaï deviennent de jeunes guerriers, ou moranes, vers l'âge de 15 ans. Un Ancien leur apprend le maniement des armes, les chants de guerre, les danses traditionnelles. Différentes cérémonies d'initiation accompagnent le passage des jeunes hommes à l’âge adulte. Le plus important est la circoncision, pratiquée au même moment pour tous les jeunes garçons d'une communauté. Ceux-là appartiennent dès lors à une même classe d’âge, et resteront comme des frères pour la vie.

Il était traditionnel que chaque jeune garçon tue à la lance un lion, olowaru, avant son initiation, afin d’acquérir célébrité et prestige dans la communauté. Alors, comme ses aînés, il devenait un guerrier, un morane. Il pouvait revêtir la tunique écarlate, suka, et s'enduire la chevelure et le visage d'une teinture d'ocre, orner d'anneaux de cuivre le lobe troué de ses oreilles, brandir la lance empere et la massue oringa, passer à sa ceinture le glaive olalem, emmanché dans du cuir de girafe, et revenir au village prendre une femme, ou plutôt des femmes.

Aujourd'hui, les garçons qui vont à l'école ne respectent plus cette tradition, et ne sont pas très bien vus par les Anciens.

 

Quelles sont leurs fêtes ?

Les cérémonies d'initiation et les mariages sont l'occasion de grands rassemblements : la file des hommes couverts de peintures corporelles blanches et de bijoux offerts par les femmes traverse la savane en soufflant dans la corne de koudou pour annoncer leur arrivée dans la manyatta (voir la photo en haut de la page).

Lors des danses, ils rivalisent de bonds : le saut le plus haut et le plus élégant permet aux jeunes hommes de séduire les jeunes filles plus sûrement que la réussite à l'école. Ensuite, ils mènent un bœuf au sommet de la colline pour le sacrifier et se succèdent en procession pour boire son sang. Mais ces traditions ne sont souvent plus qu'une occasion d'attirer les touristes.

 

Quelles œuvres d'art produisent-ils ?

Leurs bijoux, confectionnés avec de minuscules perles de verre de couleur montées sur des fils de métal et des pièces de cuir enrichies de breloques finement découpées dans du métal argenté, sont très recherchés par les touristes : larges colliers rigides, bracelets de bras et de cheville, pendentifs pour la poitrine et les oreilles, bandeaux et ceintures sont fabriqués par les femmes. En les vendant, elles peuvent acheter des choses essentielles pour la famille : quelques aliments, du pétrole pour s'éclairer, des vêtements pour envoyer les enfants à l'école, etc.

 

Jeune fille maasaï parée pour une fêteJeune fille maasaï parée pour une fête

© Survival

 

Les armes des guerriers sont aussi de vraies œuvres d'art, comme les boucliers en cuir rigide peints de motifs géométriques souvent dissymétriques. Les hautes coiffes en plumes d'autruche montées sur un bandeau de cuir tressé encadrant le visage étaient destinées à effrayer l'ennemi et sont maintenant dans les vitrines des musées.

 

Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?

Nomades qui fuient la civilisation et refusent de se mélanger aux autres ethnies qui ont acheté leurs terres, ces bergers ignorent la propriété privée et les frontières. L'Etat kenyan a créé d'immenses réserves naturelles en les dépossédant de leurs terres. Peu à peu, ils se sont repliés vers la Tanzanie, où ils émigrent en nombre aujourd'hui.

Les gouvernements tanzanien et kenyan ont tenté de modifier de force leur mode de vie traditionnel en les sédentarisant afin qu'ils respectent les frontières. Depuis 1993, des mouvements maasaï s'organisent pour faire cesser les ventes ou les confiscations de leurs terres.

Il y a eu aussi des années de terrible sécheresse qui ont fait dépérir leurs troupeaux. Le gouvernement a fourni aux Maasaï une aide alimentaire en haricots, maïs et huile qu'ils ont appris à consommer, mais qu'ils ne cultivent pas. Ils sont donc contraints de vendre leur bétail pour payer ces achats.

Puis sont venus les touristes amateurs de folklore qui défilent dans leurs villages pour les filmer et acheter des souvenirs. S'ils y gagnent un peu d'argent, ils y perdent leur âme.

 

Pour en savoir plus, tu trouveras de la documentation dans la photothèque, la médiathèque et sur le site de Survival.

Dossier réalisé à partir de la documentation de Survival, de Wikipédia, de Sur la terre des Massaï d'Elisabeth Gilbert aux éditions Albin Michel et d'un article du Monde du 28 avril 2007.