Les Kanak

Petite fille kanak

© Stéphanie Graff

 

"Nos premiers parents, ils étaient grands et beaux dans leur sauvagerie comme leurs Dieux de la Nature." Waia Görödé

 

 

Quel est leur nom ?

Le mot "Kanak" viendrait à l'origine du mot hawaïen kanaka signifiant "homme". Il peut aussi être un dérivé du nom Téin Kanaké qui signifie "le premier (Tein) homme (Kanaké)". On le trouve dans les légendes qui racontent l'arrivée des premiers hommes en Nouvelle-Calédonie. On l'écrivait autrefois "Canaque", à la française. De nos jours, "Kanak" est le terme par lequel se désignent les premiers habitants de la Nouvelle-Calédonie.

 

Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils ?

La Nouvelle-Calédonie fait partie des îles de la Mélanésie, dans l'océan Pacifique. Elle a été découverte en 1774 par James Cook, mais elle était habitée depuis 4 000 ans par les Kanak. A la fin du 19e siècle, de nombreux colons français vinrent s'y établir.

Depuis 1957, c'est une "collectivité d'Outre-Mer" située à 18 713 km de la tour Eiffel, à 22 heures de vol de Paris, avec 10 heures de décalage horaire. L'archipel, grand comme deux fois la Corse, se compose de la Grande Terre et des îles Loyauté (Lifou, Maré, Ouvéa et Tiga).

 

 

Le climat tropical est chaud et humide, ce qui donne une végétation épaisse et très verte. Comme l'île a beaucoup d'eau, les Kanak entretiennent des jardins très fleuris grâce à une irrigation savante. Les magnifiques paysages de l'archipel ont toujours émerveillé les visiteurs.

En 1874, la révolutionnaire Louise Michel écrivait : "Le silence profond, la solitude où la pensée frappe de ses ailes les sommets tourmentés des montagnes, tout cela vous emporte loin, bien loin de votre existence." Mais l'île est aussi sujette aux tempêtes tropicales et même aux cyclones. Le dernier en date, Erica en 2003, a provoqué des dégâts importants du fait de la puissance de ses vents.

 

Combien sont-ils ?

Les Kanak représentent environ 45 % de la population de la Nouvelle-Calédonie qui, en 2004, était d'environ 240 000 habitants.

Les Kanak sont organisés en tribus et vivent plutôt dans le nord de la Grande Terre et dans les îles Loyauté. Les Blancs vivent dans le Sud et à Nouméa, la ville principale.

 

Quelles langues parlent-ils ?

Il existe 28 langues kanak différentes, et le français est la langue commune que l'on apprend à l'école et qui permet de se comprendre entre tous et avec les Blancs, surnommés "caldoches".

 

Comment s'habillent-ils ?

Avant l'arrivée des colons, les femmes vivaient seins nus et portaient des jupes courtes en fibres d'écorces battues pour être assouplies, puis teintées. Elles paraient leurs cheveux de peignes en éclats de bambou et portaient autour du cou des colliers de perles de pierre verte.

Les missionnaires les ont obligées à se couvrir le corps de larges robes à col fermé, les "robes mission" qui avaient été dessinées spécialement par un couturier parisien ! Les hommes ne s'habillaient que d'une sorte de cache-sexe en écorce, l'étui pénien. Eux aussi ont aussi été forcés de l'abandonner et de se couvrir les reins d'un tissu, le manou.

 

Comment sont leurs maisons ?

La maison traditionnelle est en forme de grande ruche. Mais, avec la colonisation, elle a été remplacée par le modèle rectangulaire venu de France, en pierre et en tôle. Aujourd'hui, le modèle "ruche" traditionnel, avec son toit cônique, redevient à la mode.

 

Maison kanak traditionnelle en forme de rucheMaison kanak traditionnelle en forme de ruche

© Christiane Graff

 

Certaines atteignent plus de 10 mètres de haut et sont surmontées d'une flèche en bois sculpté qui représente les ancêtres et que l'on retrouve au centre du drapeau kanak. Ce sont les maison communes, fierté des villageois, où se réunissent les gens importants autour du chef. Bâties au sommet d'un monticule, elles dominent les autres cases. Des spécialistes choisissent en forêt un beau tronc d'arbre qui fera le poteau central sur lequel les montants de la charpente s'appuient, à l'image du chef et de ses "sujets".

 

Quels animaux vivent autour d'eux ?

L'île est riche d'une centaine de variétés d'oiseaux comme l'ibis, le cagou, un grand échassier symbole du territoire, ou le nautou, la plus grosse espèce de pigeon au monde.

 

Crabe de cocotierCrabe de cocotier

© Christiane Graff

 

Les mammifères sont rares et l'on ne craint pas les serpents, contrairement à beaucoup de régions tropicales du monde. Par contre, c'est le royaume des lézards, considérés comme les ancêtres de l'homme.

Quant au corail, c'est un animal microscopique se construisant tout au long de sa vie une carapace qui, cumulée avec celle de ses millions de congénères, forme un récif corallien. Les rivages de la Nouvelle-Calédonie sont riches en coraux de formes et de couleurs variées où vivent des multitudes de poissons tout aussi colorés.

 

Que mangent-ils ?

Ils cultivent des variétés innombrables d'ignames et de taros qui sont des plantes à tubercules. Un bon jardinier aime collectionner des variétés nouvelles, et pour cela il en échange avec ses amis et voisins.

Les ignames nouvelles ne sont récoltées qu’à la lune de mars, lorsque apparaît la constellation des Pléïades. La première récolte est faite très discrètement pour vérifier que le temps est bien venu. Le responsable de ce rite va choisir une igname symbole, la fait cuire, en mange une partie et donne l’autre à goûter au grand chef. Celui-ci déclare alors ouverte la période de la récolte. Une première cérémonie réunit les hommes autour de l’igname nouvelle. Deux semaines plus tard, une nouvelle cérémonie permet à tous les clans de venir apporter leurs offrandes au grand chef. Ainsi la culture de l’igname rythme la vie de la tribu et lui sert de calendrier.

Le bananier, le cocotier et la canne à sucre sont aussi des cultures essentielles. Les colons avaient essayé d'imposer le café, mais sans grand succès. On pêche des coquillages et des roussettes. La chauve-souris et le nautou sont des plats appréciés.

 

Comment pêchent-ils ?

Les Kanak partent sur l'océan en pirogue simple à un balancier, ou en pirogue à double coque, ancêtre du catamaran. Ils pêchent à la ligne, au filet ou à la sagaie et rapportent du poisson, mais aussi des tortues et des vaches marines.

"Nos vieux piroguiers savaient lire les messages tracés dans le ciel par les flèches lumineuses des étoiles... La nuit, ils regardaient le ciel et prêtaient l'oreille au bruit des vagues", écrit Waia Görödé dans Mon école du silence.

 

Quels sont leurs croyances et leurs rites ?

Les défunts sont toujours invités à aider les vivants. Les jardiniers enterrent entre leurs plantations de taros des pierres qui symbolisent les ancêtres pour qu'ils fertilisent la terre. Ces Anciens s'expriment par des coups de tonnerre ou des cris d'animaux. Ils sont les bao, les totems du clan. On entre en communication avec eux en prononçant des formules magiques pour leur demander leur protection.

Pour se protéger, ils fabriquent des objets magiques, commes les "boucans", petits paquets de plantes choisies pour leur pouvoir de repousser les mauvais esprits. Chaque famille a ses recettes secrètes.

Les missionnaires ont converti les Kanak à la religion chrétienne et construit des églises et des écoles religieuses à travers tout le pays, obligeant les gens à se vêtir à l'européenne et à apprendre le français, mais les croyances ancestrales n'ont pas pour autant disparu.

 

Comment sont leurs fêtes ?

Les cérémonies d'échanges, appelées pilou-pilou, et bwénaado en langue de Touho, ont lieu pour les naissances, les mariages et les funérailles. Les invités arrivent les bras chargés de tissus, d'ignames, de coquillages, de jupes en fibres et de billets de banque, et leurs hôtes leur offrent aussi des piles de cadeaux.

Echanger ainsi des choses se dit "faire la coutume". Ces fêtes sont l'occasion de danser et de chanter de longs poèmes sur des rythmes haletants scandés par les bambous creux frappés sur le sol. Des danses nocturnes accompagnent le défunt dans son dernier voyage : "Il est parti peu avant l'aube, séparant le jour de la nuit, son pied a fendu l'aurore, jusqu'à la ronde des défunts".

 

Quelles œuvres d'art produisent-ils ?

Les Kanak plantent des arbres qui donneront de grandes écorces semblables à du tissu et destinées à être peintes, comme des tableaux sur toile chez nous. On y représente les animaux totems d'une famille.

Ils sculptent le bois pour faire les encadrements de porte des maisons et les flèches faîtières plantées au sommet des toits. Ces œuvres finement travaillées de motifs géométriques évoquent la mer, les oiseaux ou les ancêtres. Les histoires des clans kanak sont gravées sur de gros bâtons de bambous qui se lisent comme des BD et qui sont frappés au sol pour rythmer les danses.

 

Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?

A Paris, pour l'exposition universelle de 1931, on fit venir des Kanak pour les exposer en cage devant le public, comme des animaux dans un zoo. Vers 1968, la France a commencé à exploiter en très grande quantité du nickel de Nouvelle-Calédonie, sans que les Kanak profitent de cette richesse. En 1984, la révolte des Kanak contre le système colonial a éclaté et fait des morts et en 1989 deux chefs kanak, Jean-Marie Tjibaou et Yeiwene Yeiwene ont été assassinés. (Dans le musée vivant, tu peux lire l'article sur le centre J.-M. Tjibaou à Nouméa.)

Cette histoire douloureuse a abouti à la paix quand l'accord de Nouméa a été signé en 1998 : il reconnaissait enfin l'identité kanak. L'objectif de cet accord est de progresser ensemble vers un avenir où toutes les communautés vivront en bonne entente sur le territoire.

Mais les Kanak demandent surtout que la loi française les reconnaisse comme un peuple qui a sa culture propre et pas seulement comme des citoyens français. Par exemple, Les Kanak pensent que la mer est habitée et qu'elle obéit aux mêmes lois que la terre : ils disent qu'il y a "une continuité entre le cocotier sur la plage, le poisson dans le lagon et la langouste sur le récif". Ils ne veulent pas que leurs plages et leurs sites sacrés soient livrés aux touristes, à l'exploitation minière et aux constructions.

 

Pour en savoir plus, cherche des livres dans la médiathèque.

Tu peux lire l'article de mai 2008 : "20 ans d'histoire kanak", et deux pages du "musée vivant" : le centre J.M.Tjibaou et Gi O kono, casse-tête kanak.

Dossier réalisé à partir de Nouvelle-Calédonie, vers l'émancipation d'Alban Bensa, Coll. Découvertes Gallimard, et du numéro 18-19 de Ethnies, 'Chroniques kanak, l'ethnologie en marche', de A. Bensa, Survival-France 1995.