Le vrai haka maori

Octobre 2007

 

A l'occasion de la coupe du monde de rugby, beaucoup de gens se demandent d'où vient le haka des All Blacks, l'équipe néo-zélandaise.

 

© Patrick Othoniel

 

En Nouvelle-Zélande, les écoliers maori connaissent tous le haka. Dans les villages, la culture maori reste bien vivante et on peut souvent assister à un haka. Selon la tradition, chaque tribu avait plusieurs haka et exécutait ces danses de guerre avec frénésie, comme s'il s'agissait encore d'un combat à mort.

Avant l'arrivée des colons il y a quelques siècles, sur le champ de bataille, les deux camps ennemis se plaçaient face à face. « Imaginez la scène, raconte l'écrivain néo-zélandais Alan Duff : un millier de guerriers maori quasiment nus, avec le visage, les fesses et les cuisses tatoués, imprégnés d'une culture de guerre, des cannibales avides de dévorer, cuite ou crue, la chair de leur ennemi. Chacun de ces guerriers s'est enduit d'huile de requin nauséabonde. »

Les jeunes hommes étaient élevés dans l'idée que les autres tribus n'existaient que comme ennemis. On devait les battre, puis les dévorer pour acquérir leur force et leur courage.

Avant la lutte, poursuit Alain Duff, un homme lance : « E-A-HA-HA ! » et « mille paires de mains résonnent contre des poitrines aux muscles tannés comme du vieux cuir. Un hurlement assourdissant résonne dans la forêt alentour. Les chefs trépignent et sautillent tout en veillant soigneusement au bon déroulement des choses.»

Le sol tremble sous le martèlement des pieds. « La salive écume aux coins des lèvres, les langues s'étirent, les yeux sortent des orbites... Les mains qui claquent et cognent sur la peau produisent un son inquiétant. Mille coudes frappés par les mains noueuses des guerriers font comme un grondement de tonnerre. Les poitrines mugissent comme le roulement de mille tambours.»

La danse décrit la mort qui s'annonce. C'est une véritable "œuvre d'art vivante" qui mime comment les vainqueurs fendront les poitrines pour en extraire le cœur et le dévorer, arracheront les yeux pour les avaler tout ronds et boiront le sang. Ainsi ils ingurgiteront même l'esprit de l'ennemi, avec toute la richesse de ses pensées. Après ce festin cannibale, ils rentreront au village, emportant les têtes comme trophées à exposer.

Aujourd'hui, le haka des All Blacks a gardé un peu la même signification, même s'il n'est pas question de tuer pour dévorer l'équipe adverse ! L'équivalent actuel de l'ancien rite pourrait être : "Boire dans la coupe du monde".

 

(D'après un texte d'Alan Duff, paru dans Le Monde du 21 septembre 2007.)