Vous nous manquez terriblement

Septembre 2005

 

Le Mali est un pays très pauvre d'Afrique noire et de nombreux Maliens veulent venir vivre en France, alors que la France refuse souvent de les accueillir et les renvoie parfois chez eux assez brutalement.

Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali, a écrit à Jacques Chirac à propos des œuvres d'art africain que les pays riches, comme la France, achètent à prix d'or pour leurs musées :

« Monsieur le Président, votre passion pour les arts premiers (...) contraste avec la faiblesse de l'aide que vous apportez au développement de l'Afrique. En visitant votre futur musée du quai Branly, je me suis réapproprié à ma manière ces ancêtres et ces dieux et j'ai confié à l'une des sculptures, une statue Tellem qui vient de mon pays, le soin de vous rappeler l'atroce cauchemar qui est le nôtre :

Le voyage a dû être long pour vous qui êtres venue il y a si longtemps par bateau ! Vous devez avoir froid ici, n'est-ce pas ? Comment parvenez-vous à tenir sans nos offrandes ? Vous nous manquez terriblement...

N'entendez-vous pas les lamentations de ceux et celles qui se perdent dans le Sahara ou se noient dans les eaux de la Méditerranée ? N'entendez-vous pas les cris de ces centaines de naufragés, dont des femmes enceintes et des enfants en bas âge* ?

Peut-on aimer l'art d'un peuple, c'est à dire une partie de son âme, et mépriser ce peuple, le rejeter ? En d'autres temps, j'aurais pu trouver conseil auprès du fétiche de mon village. Il m'aurait demandé de la noix de cola, un coq ou un cabri. Mais la plupart de nos biens culturels, de nos œuvres de l'esprit (...), ont été emportées par les amateurs d'art africain. »

(D'après Les Inrockuptibles du 4 avril 2005 qui annonçait la parution du livre d'Aminata Traoré, Lettre au président des Français.)

 

 

Pour montrer avec humour comment nous nous nourrissons l'esprit avec les arts premiers, le musée de Neuchâtel avait organisé en 2003 une exposition d'un genre particulier. Au "Musée cannibale", les "civilisés" dévoraient les "sauvages" (les indigènes). L'histoire habituelle du cannibale qui dévore l'homme blanc était inversée. Le public européen se régalait d'une recette de cuisine qui mêlait des ingrédients comme des morceaux de fétiche, de masque, de poterie et de tissus.

 

* Aminata Traoré parle ici des Africains pleins d'espoir qui quittent leur pays vers la France et traversent le désert du Sahara à pied et la mer Méditerranée en barque. Beaucoup n'atteignent jamais leur but et meurent en cours de route dans des conditions atroces.