Vous ne rêverez plus de safaris !

Mars 2011

 

« Nous avons été dépossédés de notre terre en faveur des investisseurs de safaris de luxe » (témoignage d’un Maasaï).

 

Qui n’a jamais rêvé de participer à un safari en terre d’Afrique et d’approcher au plus près lions, éléphants et autres animaux sauvages ? On imagine moins facilement que pour nous laisser foncer, nous et notre 4x4, à toute berzingue à travers la savane, c’est tout un peuple qui a été chassé de ses terres ancestrales… Certains gouvernements africains en mal d’argent ont abandonné des territoires entiers de leur pays à différentes agences de tourisme pour qu’elles puissent en faire des terrains de jeu privés pour millionnaires. Mais ces terres distribuées à tour de bras ne sont pas vides d’hommes ! En Tanzanie, pour faire place à des centaines de touristes et à quelques rhinocéros, ce sont déjà 40 000 personnes qui ont été obligées de partir, en particulier les guerriers maasaï qui y vivent depuis des siècles.

 

Gentils organisateurs de safaris échangent Maasaï contre rhinocéros

 

Musicien maasaïMusicien maasaï

© Adrian Arbib/Survival

 

Depuis quelques années, en Tanzanie, les camps touristiques proposant des safaris de luxe se sont multipliés avec de vastes résidences et une armée de véhicules tout terrain. Les Maasaï, jugés indésirables dans ces nouveaux Disneyland pour millionnaires, ont été expulsés voire incarcérés pour faire place aux concessions de chasse. Certains camps se vantent d’appartenir à un réseau d’éco-tourisme respectueux des peuples et de l’environnement. En réalité, ces parcs touristiques ont privé les tribus Maasaï d’un accès permanent à l’eau et à leurs herbages ; celui-ci n’est autorisé que pendant la saison sèche. Mais les Maasaï sont un peuple de bergers semi-nomade qui souhaite pouvoir profiter librement de leur zone de pâture. Désormais, ils ne peuvent plus circuler comme bon leur semble dans leur territoire. Les responsables des camps de tourisme dictent aux Massaï où mener leur troupeau et par quel chemin ! Pour compenser les désagréments, une agence a proposé de l’argent à plusieurs villages, persuadée qu’ils allaient accepter de solder leur mode de vie !

Les Maasaï sont contrôlés mais aussi expulsés sans ménagement dès qu’ils apparaissent gênants pour le développement touristique. Ainsi, un groupe de Massaï a été exclu d’un territoire parcouru par des rhinocéros pour préserver, selon le gouvernement, l’attraction phare !

L’Etat semble bien complice de la destruction du mode de vie maasaï en orchestrant les déplacements de population pour développer ses projets touristiques. En juillet 2009, les forces de police ont mis le feu à des fermes maasaï en représailles à une incursion des bergers en quête d’un point d’eau en période de sécheresse dans la réserve de chasse de la compagnie Otterlo Business Corporation (OBC). Cette agence a des droits exclusifs de safari dans une région de Tanzanie qui est un territoire maasaï traditionnel. Elle y propose une chasse au gros gibier à des milliardaires arabes et réduit du même coup l’accès aux terres de pâture des troupeaux maasaï. La pratique des incendies de village a cessé, mais dès qu’un Maasaï fait paître son bétail dans la zone de chasse d’OBC, il est arrêté. Une simple vache égarée dans le parc peut être immédiatement saisie par les autorités du pays.

 

Maison maasaï incendiéeMaison maasaï incendiée

© Survival

 

Les conflits sont réguliers entre les bergers, les gardes des camps et les policiers. Certaines confrontations dégénèrent et des coups de feu sont échangés. En avril 2008, après que des agents de sécurité du camp de Nature Refuge et des policiers ont essayé de confisquer les troupeaux d’une famille, un berger a été touché par une balle de police qui lui a brisé la mâchoire.

En fait, l’histoire ne fait que se répéter. Les bergers maasaï avaient commencé à être expulsés des plaines de Tanzanie dès 1959, lorsque le gouvernement colonial anglais avait transformé les prairies du Serengeti au nord du pays en une réserve naturelle interdite aux hommes. Les tribus avaient du quitter les plaines pour les hauts plateaux. Après l’indépendance de la Tanzanie en 1961, le gouvernement a créé de nouveaux parcs naturels entraînant de nouvelles vagues d’expulsion. Les Maasaï sont désormais pris en tenaille entre les parcs de l’Etat et les parcs privés des agences de safaris de luxe.

 

Ceux qui vous vendent du rêve font vivre un cauchemar aux peuples indigènes

 

Jarawa des îles AndamanJarawa des îles Andaman

© Salomé/Survival

 

Ce tourisme est une destruction organisée des moyens de subsistance des Maasaï. La fermeture des chemins de pâturage traditionnels a déjà bouleversé la vie de villages entiers. C’est aussi une atteinte directe à la culture de ce peuple. D’autres avant eux ont vu leur culture mise en danger par le tourisme. Depuis la fin du siècle dernier, des Indiens des Etats-Unis et du Canada, parqués dans leurs réserves, conservent leurs vêtements traditionnels et leurs quelques activités artisanales à l’unique intention des touristes. Devant eux, ils se produisent comme des professionnels du spectacle en imitant les danses et les cérémonies traditionnelles. C’est le cas des tribus maasaï qui, au même titre que les animaux sauvages du safari, font partie du décor qu’un touriste se doit d’avoir photographié avant de quitter le pays. Mais jamais un Maasaï n’a obtenu le moindre emploi dans les services des parcs. Ils sont « justes bons » à vendre des perles et à danser pour les touristes. 70 % de ce peuple  vit en dessous du seuil de pauvreté alors que pas moins de 300 000 touristes visitent leur région chaque année.

A aucun moment le gouvernement n’a consulté les Maasaï lorsqu’il a donné les terres aux investisseurs étrangers. Le tourisme dans les territoires habités ou utilisés par les peuples indigènes ne devrait pas être possible sans leur accord ; il devrait être soumis à leur contrôle. Pourtant, de nouveaux projets de constructions d’hôtels de luxe sont nombreux en Tazanie. Selon la brochure du gouvernement, ces aménagements permettront aux gens d’accéder « à la liberté incomparable de la nature tanzanienne, dans l’un des sanctuaire les plus intacts du monde ». Elle ne précise pas que la population autochtone en est exclue.

Ainsi, les peuples indigènes de Tanzanie et d’ailleurs subissent l’impact destructeur des puissantes agences de safaris et du tourisme en général. La survie de la tribu jarawa des îles Andaman est menacée par des safaris humains organisés par des voyagistes locaux. Le tourisme met les membres de cette tribu en grave danger : la route qui traverse leur forêt les expose à de graves dangers en raison des maladies introduites par les touristes qui l’empruntent en masse et contre lesquelles ils n’ont pas de défenses immunitaires. Survival International a écrit à plusieurs agences de voyage pour qu’ils cessent d’organiser des circuits touristiques chez les Jarawa. Si certaines compagnies ont cessé la promotion sur leur site internet après avoir reçu la lettre de Survival, d’autres continuent cependant de proposer leurs circuits.

Au Botswana, le gouvernement prive d’eau les Bushmen du Kalahari en leur interdisant d’utiliser leur propre puits. Mais, dans le même temps, il autorise l’agence de tourisme Wilderness Safaris, implantée en plein cœur du territoire bushman, à prendre toute l’eau nécessaire à la piscine de son luxueux hôtel. L’éco-tourisme basé sur la création de parcs naturels protégés n’est pas plus respectueux des Bushmen de Namibie : les parcs sont censés préserver la nature et offrir aux touristes la vision d’une terre vierge comme aux premiers jours tandis que les indigènes sont repoussés hors des limites du parc, parfois privés de l’accès aux ressources indispensables à leur survie. L’éco-tourisme ne garantit pas un projet durable et solidaire !

Soyez exigeant pour vos séjours : ne recourez pas aux services de compagnie comme la Wilderness Safaris, boycottez le tourisme dans ces pays qui ne tiennent pas compte des droits de leurs peuples indigènes.