Vivre dans un parc naturel

Septembre 2006

 

La création des parcs naturels est une idée des pays riches soucieux de protéger la nature, mais aussi de développer le tourisme. La plupart du temps, ceux qui décident de la création d'un parc naturel ne se soucient pas des peuples qui vivent sur ces terres. Pourtant, elles sont en général leur garde-manger et abritent aussi leurs lieux sacrés.

Quand les parcs ont été créés, les habitants ont souvent été expulsés et obligés d'aller vivre sur de nouvelles terres qu'ils n'ont pas choisies. Quand ils ont été autorisés à rester, ils étaient privés du droit de chasser, de pêcher et de couper le bois.

Parfois on les laisse davantage vivre sur place, mais à condition qu'ils conservent leur mode de vie traditionnel et constituent une attraction supplémentaire pour les touristes. On les empêche de se moderniser et de choisir leurs vêtements, leurs outils, leurs armes de chasse et leurs moyens de transport. On essaie de les "conserver", comme on conserve la nature dans un état soi-disant sauvage. Pourtant ce sont bien ces peuples indigènes qui ont été les protecteurs de cette nature depuis des siècles.

 

En Tanzanie, le peuple maasaï a été expulsé de ses terres situées dans le cratère du Ngorongoro quand a été créé le parc national du Serengeti. Considéré comme une des merveilles du monde, ce parc attire des millions de visiteurs qui viennent admirer une faune particulièrement riche : lions, éléphants, zèbres, girafes et bien d'autres espèces.

 

Jeune MaasaïJeune Maasaï

© Adrian Arbib/Survival

 

La perte de leurs pâturages empêche les Maasaï d'élever leurs troupeaux et les oblige, malgré les interdictions, à cultiver la terre sur laquelle on les a installés. Ils vivent dans la pauvreté et réclament une nouvelle loi qui leur permettrait de contrôler les terres qui leur ont été confisquées et sur lesquelles de riches entreprises obtiennent pourtant sans difficultés le droit de construire des hôtels pour les touristes.

 

La Nouvelle-Zélande, pays du peuple maori, était une colonie anglaise à la fin du XIXe siècle. C'est un chef maori, Te Heuheu Tukino IV, qui a proposé de confier les terres sacrées de son peuple au roi d'Angleterre pour qu'il les protège. C'est ainsi qu'est né le premier parc national du pays, mais à l'époque, on ne pouvait deviner qu'il aurait autant de succès. Aujourd'hui, on compte jusqu'à 1 000 visiteurs par jour qui viennent randonner et skier autour du volcan Ruapehu, dans des paysages splendides.

Or ces montagnes sont l'âme des Maori, leur source de vie. Les rivières qui s'en écoulent nourrissent les hommes, les animaux et les plantes. Les Maori respectent ces sommets au point qu'autrefois ils ne s'en approchaient que couverts d'une coiffe spéciale qui empêchait de les regarder. Ils se rendent en pélerinage pour se baigner dans les lacs dont les eaux guérissent et ils viennent prier auprès des ossements de leurs ancêtres enterrés là.

 

Tatouages maoriTatouages maori

© André Rau/Survival

 

"Nous ne possédons pas ces terres, nous en sommes seulement les gardiens", dit un chef. Mais quand les Maori voient des skieurs monter en télésiège sur ces volcans sacrés, pour le grand chef des Ngati Rangi, "c'est aussi irrespectueux que d'uriner dans une église".

De plus, beaucoup de Maori sont pauvres et voudraient bien profiter de la richesse apportée par les touristes. Ils demandent que leurs enfants puissent faire les études nécessaires pour trouver du travail dans le parc, au lieu de devoir aller chercher des emplois dans les villes où ils vivent dans des conditions souvent misérables.

 

Actuellement une nouvelle idée commence à se répandre : on pense que les parcs peuvent aider les peuples indigènes à sortir de la pauvreté, comme dans le parc Kruger en Afrique du Sud.

3 000 Makuleke avaient d'abord été expulsés lors de la création du parc en 1969. Mais en 1998, le gouvernement a décidé de leur rendre 24 000 hectares, et en 2003 les Makuleke eux-même ont demandé à une société de tourisme éthique de créer un luxueux campement (lodge) de 20 tentes où les touristes viennent admirer antilopes, singes, buffles, éléphants et même bientôt un rhinocéros, récemment réintroduit.

Ce sont des Makuleke qui constituent la patrouille anti-braconnage et 57 d'entre eux travaillent au lodge. Quelques-uns, particulièrement doués, prétendent même en devenir un jour patrons. Les bénéfices récoltés ont déjà servi à construire de nouvelles classes d'école, un centre d'artisanat et à développer un potager. "Notre cauchemar est devenu une bénédiction", dit John Chauke, le vieux barman makuleke du lodge.

 

Pour compléter cet article, tu peux suivre les nouvelles de Survival qui relatent l'histoire des Bushmen expulsés de la Réserve du Kalahari au Botswana.

D'après Les Nouvelles de Survival numéro 35, Géo de mars 2005 et Le Soir du 25 janvier 2006.