Vieilles potions, nouveaux médicaments

Juin 2006

 

Les chamanes de toutes les sociétés indigènes connaissent des recettes secrètes. Il est essentiel de protéger leur précieux savoir en faisant signer aux chercheurs et aux fabricants de médicaments des contrats qui reconnaissent que les chamanes sont propriétaires de la connaissance des plantes. C'est important pour lutter contre la biopiraterie, c'est-à-dire le vol des richesses naturelles des territoires indigènes et le piratage des savoirs des peuples qui les utilisent depuis toujours.

 

 

Le tabac est originaire d'Amérique et, chez les Indiens, c'est une plante qui a toujours été utilisée lors des cérémonies, pour bénir les mariages ou les récoltes, chasser les mauvais esprits. On le fume dans des pipes sacrées, on le brûle comme de l'encens, on l'enterre pour sceller la paix, on le jette dans les flammes ou on en fait des cadeaux. C'est aussi un médicament pour calmer la douleur et arrêter les hémorragies. Rien de mieux que de se faire souffler une bonne bouffée de tabac dans une oreille qui a mal !

"Le plan de tabac est un être magique qui donne la vie", dit un Indien de la tribu paiute de la région du Nevada. "Nous avons dû examiner comment le tabac, qui était un médicament pour notre peuple, a pu devenir aujourd'hui un poison", dit un Indien de la tribu chumash du sud de la Californie.

Alors, comment le tabac qui donne la vie est-il devenu le tabac qui tue ? Difficile en Amérique de faire de la pub contre le tabagisme chez les Indiens...

 

Au Cameroun, les Pygmées du sud du pays sont inquiets pour leur forêt. Le moabi, le plus grand arbre du continent africain, est utilisé en Europe pour faire des portes et des fenêtres. Des entreprises arrivent de France avec de grosses machines et abattent des moabis pour vendre le bois aux pays riches, alors que les habitants de la région l'ont toujours utilisé pour fabriquer leur huile et leurs médicaments.

 

Famille Pygmée du CamerounFamille Pygmée du Cameroun

© Salomé/Survival

 

Ce sont les femmes qui produisent huiles et potions et vont les vendre au marché, ce qui leur permet par exemple de payer les frais d'école pour leurs enfants. Or, il faut 90 à 100 ans pour qu'un moabi donne des fruits. Même si l'on crée des pépinières, personne ici ne vivra assez longtemps pour en profiter, et la médecine locale aura perdu ses secrets de fabrication.

 

Pour les Indiens nasa, du Cauca, en Colombie, la coca est la plante qu'ils ont toujours cultivée et utilisée, en infusion contre le mal des montagnes, et en feuilles à mâcher pour oublier la faim et la fatigue. Sa transformation en drogue dure, la cocaïne, et son exportation par les trafiquants vers les pays riches, est un fléau que les Nasa sont les premiers à condamner.

Dans la réserve de Calderas, ils viennent de lancer une nouvelle boisson pétillante, le "Coca-Sek", ou Coca du soleil, "leur" Coca-Cola. "La coca n'est pas la cocaïne, comme le raisin n'est pas le vin", disent-ils. La petite fabrique de Coca-Sek paie les feuilles de coca un peu plus cher aux paysans que les trafiquants. Les villages espèrent vendre leur boisson à travers le monde, et pouvoir alors se payer des écoles et des hôpitaux.

 

Pour compléter ce dossier, tu peux lire :

  • le dossier "L'Amazonie brésilienne", sur les Kayapo qui pensent qu'un remède contre le SIDA se trouverait dans la grande forêt amazonienne et les Satéré Mawé qui fabriquent une boisson à base de guarana, leur plante sacrée ;
  • l'article "Des Indiens branchés", ou comment les Mapuche soignent les rides avec la bave d'escargot ;
  • l'article "Des herbes si précieuses", qui donne la recette du curare.

 

(Dossier réalisé à partir d'articles de Géo, Metro, Courrier International, Libération de 2005 et 2006, et de publications de Survival.)