Tournage sur la banquise

Septembre 2005

 

Un rétroviseur de motoneige à la main, une jeune fille dessine des tatouages bleus sur son visage. Une autre est à la recherche d'un manteau de fourrure introuvable. Deux hommes brisent des blocs de glace pour faire de l'eau potable. Des phoques et des morses congelés feront le repas des Inuit qui travaillent sur le tournage. Des acteurs en manteau de caribou ou d'ours polaire répètent leurs rôles. A minuit, il règne une lumière bleutée sur la banquise, et le seul éclairage vient d'un qulliq, lampe de pierre à l'huile de phoque, qui brûle dans l'igloo. On est à 300 kilomètres au nord du cercle polaire, sur les bords de l'île de Baffin, au Canada.

Zacharias Kunuk, cinéaste dont les parents ont grandi ici, a choisi de filmer l'histoire d'un des derniers chamanes d'Igloolik dont les descendants vivent encore ici. Il a demandé aux anciens de lui raconter cette époque, quand sont arrivés les premiers chrétiens, et avec eux le monde moderne. Dans les années 1920, l'explorateur danois Knut Rasmussen a vécu là, et a raconté dans son journal le bouleversement qu'ont alors connu les Inuit, avec le développement du commerce et de la nouvelle religion.

Igloolik connait aujourd'hui une autre révolution : ce village de 1 700 habitants accueille pendant quelques semaines 150 personnes venues tourner un film sous la direction d'un des leurs. C'est la deuxième fois, 4 ans après Atanarjuat. A coté des tentes et des motoneiges modernes, tous ont repris les vieilles méthodes de fabrication des vêtements, outils, traîneaux et autres objets. Les anciens, qui avaient conservé la mémoire de ces savoir-faire, ont eux aussi repris du service.

 

(D'après Libération, 1er juin 2005.)