Des tagueurs mystérieux

Mars 2007

 

L'esprit de Wandjina veille

Dans la région reculée de Kimberley, au nord-ouest de l'Australie, l'esprit de Wandjina est omniprésent et sacré. Wandjina est le dieu principal de la communauté aborigène de Mowanjum. Selon la tradition, seuls quelques anciens ont le droit de représenter l'image de ce dieu au visage blanc et aux yeux noirs dont l'origine ancestrale remonte au "temps du rêve". (Lire la page musée vivant). Depuis des siècles, il a été peint sur des écorces et des parois de roche comme le protecteur des Aborigènes de cette région. Mais voilà que plusieurs fois cette tradition n'a pas été respectée. Cela s'est passé à plusieurs centaines de kilomètres de distance, dans la ville de Perth, au sud de l'Australie.

Dans les rues de Perth, "des reproductions du faiseur de pluie sans bouche apparaissent sur les murs d'un café branché, dans des parkings, des toilettes publiques et même sur une voiture de couleur rose", peut-on lire dans un journal australien.

 

 

Colère et anxiété

Ces graffitis à la bombe ont provoqué la colère des anciens de la communauté, qui y voient une forme d'offense. "Les Aborigènes respectent rigoureusement le protocole quand ils s'approchent de ces peintures révérées, craignant que sinon les esprits se vengent. Appeler Wandjina à plusieurs mètres de distance pour le prévenir que quelqu'un approche est la règle. Mais le reproduire en graffitis au bord des routes est déconseillé et peut s'avérer dangereux", prévient le journal The Independent à Londres.

"Celui qui transgresse la règle prend le risque d'être transpercé par une lance, comme le veut la coutume aborigène", explique un ancien, Donny Woolagoodja, également artiste à Kimberley. Pourtant, d'après lui, dont la grande peinture de Wandjina est apparue lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Sydney en 2000, l'auteur des graffitis possède un certain talent artistique.

Les Aborigènes de Kimberley sont non seulement furieux, mais aussi inquiets que leur divinité vienne se perdre dans la jungle des villes et ne soit plus respectée.

 

(D'après des articles parus à Londres et en Australie en janvier 2007.)