Sur l'île des femmes

Mars 2006

 

Pour le 8 mars, journée internationale de la femme, partons en Guinée-Bissau, sur des îles où les hommes sont gouvernés par les femmes : l'archipel des Bissagos.

 

"Nindo (Dieu) a créé l'homme pour aider la femme en tout. C'est la femme qui est la plus forte, la plus intelligente… Nous ne nous sentons pas capables d'être chefs de famille. C'est la tradition de nos ancêtres". Ainsi parle Neto.

La Guinée-Bissau est un pays de l'ouest de l'Afrique, situé entre le Sénégal et la Guinée. Face à ses côtes, dans l'océan Atlantique, à quelques heures de bateau, se trouve l'archipel des Bissagos, considéré comme une réserve de la biosphère. Si la nature ici est riche, les habitants le sont moins et il faut travailler dur dans les champs pour récolter la noix de cajou, que l'on échange au marché contre du riz pour se nourrir. Le peuple bissago détient pourtant une richesse exceptionnelle : son organisation sociale. Ce sont les femmes qui décident de tout et qui portent toutes les responsabilités.

Ce jour-là, toutes les femmes du village d'Etiogo sont réunies pour juger Nené, qui a frappé son frère. Les hommes viennent faire le récit de la bagarre devant l'assemblée des femmes. Il faut dire que ceux-là se retrouvent tous les jours sur la plage pour boire ensemble du vin de palme, et qu'ensuite les disputes dégénèrent. Un autre jour, c'est une fête traditionnelle qui se prépare, avec une danse à laquelle seules les femmes ont le droit de participer.

La communauté est dirigée par une reine désignée par les femmes sur les conseils des esprits. La reine Pampa est celle qui avait aboli l'esclavage et que les colonisateurs portugais respectaient. Elle avait unifié et pacifié l'île principale de l'archipel. Puis d'autres reines se sont succédées : Eugenia, Carlhota, Julia… Imaguey sera la prochaine.

Quinta, 26 ans, est la présidente de l'association des femmes d'Etiogo, et son mari Estevo en est le secrétaire. Il écrit dans un cahier les demandes des femmes : des aides pour acheter une barque, du grillage pour protéger les vergers, des outils pour les champs, des médicaments contre le paludisme, etc. "Ma femme sait les choses de la vie, elle me donne des conseils, je travaille tout le temps pour elle. Je suis un homme heureux", dit-il.

Pour choisir son mari, une jeune fille dépose devant la porte de l'élu de son cœur un plat de riz. S'il le mange, c'est qu'il accepte de devenir son mari. Quand une femme veut qu'il parte, elle dépose devant la porte de la case les affaires du mari, et il comprend. Elle garde la maison, les champs et les enfants. La nuit, ce sont les filles qui emmènent les garçons danser dans les discothèques pour qu'ils se sentent protégés.

Elles n'ont peur ni des serpents, ni des esprits, ni des hommes, ni de Nindo. Elles aiment commander et organiser et elles ne se soumettront jamais aux hommes qu'elles jugent faibles par nature.

 

D'après Courrier International, 22 septembre 2005.