Les peuples non-contactés

Septembre 2005

 

On pense qu'il y a de nos jours environ 70 peuples isolés ou non-contactés dans le monde, dont une cinquantaine au Brésil. Ces peuples ne représentent parfois que quelques dizaines de personnes, mais certains sont plus nombreux, comme les Awa ou les Korubo, qui seraient entre 100 et 200.

 

Que signifie, au XXIe siècle, être non-contacté ou isolé ?

Il s'agit de groupes qui ont choisi de vivre sans aucun contact avec le reste du monde et se sont repliés dans des régions difficiles d'accès pour échapper aux maladies venues de l'extérieur, aux armes des Blancs, aux chasseurs d'esclaves, aux missionnaires qui voulaient les convertir, à tous ceux qui cherchent à exploiter les richesses naturelles comme le bois ou l'or. Ils sont évidemment très méfiants, et peuvent se montrer agressifs envers ceux qui cherchent à les contacter. Mais ce sont plutôt les Blancs qui pénètrent sur les terres où ils vivent qui se montrent agressifs.

Beaucoup ont dû changer de mode de vie : ils étaient des cultivateurs sédentaires et ont été forcés de devenir des nomades en fuyant devant l'avancée des Blancs, vivant désormais de chasse et de cueillette sur les terres où ils se sont réfugiés, qui sont souvent moins fertiles et plus difficiles à atteindre.

 

Les Awa

On estime qu'ils sont une centaine de non-contactés vivant en Amazonie brésilienne. On entend parfois dire qu'ils sortent de la forêt à la recherche de nourriture. En effet, les zones où ils vivent sont de plus en plus dévastées et menacées par le développement des mines, des barrages, des routes, des pâturages pour le bétail et des industries dans l'est de l'Amazonie. Ils sont donc contraints de se déplacer en petits groupes pour survivre, emportant avec eux les braises pour conserver le feu. On a même retrouvé un Indien awa qui avait survécu seul en forêt pendant 12 ans après une attaque de son groupe par des éleveurs.

 

Enfant awaEnfant awa

 

L'histoire de Karapiru

« Ils ont tué ma mère, mes frères, mes sœurs et ma femme, raconte Karapiru. J'ai survécu en m'arrangeant pour échapper aux éleveurs. J'ai marché longtemps, longtemps... J'avais toujours très faim, je mangeais de petits oiseaux, du miel, puis j'ai commencé à voler des animaux aux Blancs, et j'ai trouvé une machette, c'était une arme. J'avais reçu une balle lors du massacre, j'ai beaucoup souffert, je saignais, j'errais avec le plomb dans le dos. Je courais, toujours tout seul, je me suis enfoncé de plus en plus dans la forêt, je ne peux pas vous dire jusqu'où je suis allé, affamé et pourchassé par les éleveurs. »

En 1992, après ses 12 années de vie solitaire, il a pu rejoindre son frère qui avait été contacté par la FUNAI. Il vit maintenant avec sa nouvelle femme et leur fille. « J'espère que ce qui m'est arrivé ne lui arrivera pas. J'espère que pour elle ce ne sera pas comme de mon temps. »

 

Premier contact

Le contact est le premier danger pour un groupe isolé. Souvent on a vu la moitié de la population mourir des "maladies du contact" après une rencontre avec des gens de l'extérieur. Le paludisme et la grippe sont les plus courantes, et les guérisseurs du groupe n'ont pas de remèdes contre ces affections nouvelles pour eux. Les malades n'ont plus la force de se déplacer, de chasser ou de pêcher et meurent sur place. Les survivants sont terriblement traumatisés, souvent ils cessent de faire des enfants et d'accomplir leurs rites.

Bina, Indien moitié korubo, moitié matis, raconte :

« La première chose dont je me souviens, c'est l'avion qui survola notre village. Il largua des machettes, des haches et des couvertures. Nous fabriquions alors du poison de chasse. Puis d'autres sont venus par le sentier. Ils ont suspendu dans les arbres des couteaux et des casseroles. puis nous sommes allés vers le camp des Blancs. J'ai essayé de parler avec eux, mais ils ne comprenaient pas. Nous avons attrapé des maladies dans leur camp, et tout le monde s'est sauvé en forêt. Beaucoup d'entre nous sont morts de pneumonie et nous n'avons plus de chamane. »

 

Dans la peau d'un Papou...

A l'extrême est de l'Indonésie, la Papouasie occidentale est la moitié ouest de l'île de Nouvelle-Guinée, habitée par 250 tribus papoues. Dans les atlas, elle s'appelle encore "Irian Jaya", mais les Papous n'acceptent pas d'être devenus indonésiens depuis 1969 et demandent l'indépendance de leur région. Certaines de ces tribus n'ont jamais été contactées car elles vivent dans des montagnes très isolées, prises dans les nuages, couvertes d'épaisse forêt, où règne un climat humide et froid. En 1940, les 7/10e de la Nouvelle-Guinée étaient encore inexplorés.  

     

     

  

Un petit groupe d'Indiens non-contactés de la région du Rio Pardo au Brésil est menacé de génocide. D'autres Indiens, des Arara qui vivent dans la même région, disent qu'ils les ont entendus la nuit. On a retrouvé des maisons abandonnées, ce qui fait penser qu'ils sont en fuite pour échapper aux forestiers qui pénètrent sur leur territoire avec des bulldozers pour exploiter le bois.

Toi aussi, tu peux aider les Indiens du Rio Pardo au Brésil à défendre leurs droits en écrivant une lettre.

 

(Dossier réalisé à partir des informations collectées et publiées par Survival.)