Peuples indigènes : derniers casseurs, premiers payeurs !

Janvier 2010

 

« On ne peut plus se fier aux connaissances traditionnelles de prévisions du temps. Autrefois, on pouvait prévoir le temps qu’il allait faire. Les signes et les savoirs ont perdu de leur justesse», se plaint Veikko Magga, un éleveur de rennes en Arctique.

 

Les peuples indigènes sont déjà touchés par le changement climatique.

Le changement climatique comprend la fonte des neiges, des glaciers et de la calotte glaciaire, la hausse du niveau des mers, la modification du rythme des pluies, l’augmentation des périodes de sécheresse et la multiplication des vagues de chaleur.

En Finlande, Norvège, Russie et Suède, tout le mode de vie des éleveurs saami dépend de la glace qui est actuellement en train de fondre ! Les rennes courent le risque de passer à travers la trop fine couche de glace et il devient difficile de trouver leur nourriture. Jakov Japtik, un éleveur de rennes témoigne : « La neige fond plus tôt et plus vite qu’avant. Ces changements ne sont pas bons pour le renne ». Et ce qui n’est pas bon pour le renne, ne l’est pas non plus pour ces peuples ! En Arctique, ce sont les Inuit de la petite ville de Newtok qui ont dû déplacer leur village pour faire face à la fonte des glaces.

An Amazonie, pour le chamane yanomami Davi Kopenawa, le diagnostic n’est pas différent: « La pluie vient tard. Le soleil se comporte bizarrement. Le monde est malade. Les poumons du ciel sont pollués. »

Cette crise climatique menace donc la survie des peuples indigènes, en particulier ceux qui vivent en Arctique ou dans les forêts denses. Pourtant, les peuples indigènes sont les moins responsables de ces problèmes planétaires car leur mode de vie a toujours été durable. Ils ont su pendant des siècles conserver les forêts ! Et ils continuent de s’adapter : les Aborigènes ont développé des pratiques de contrôle du feu pour limiter les émissions de gaz à effet de serre ; en Alaska, les Inuit se déplacent à nouveau en traîneau à chiens plutôt qu’en motoneige, même s’ils n’hésitent pas à consulter le GPS et la météo sur Internet !

 

 

Les peuples indigènes sont aussi touchés par les mesures prises contre le changement climatique.

Des mesures sont déjà prises au nom du combat contre le changement climatique. Certaines perturbent aussi le mode de vie des peuples indigènes ! Elles sont donc dénoncées par les représentants des différents peuples.

Les agrocarburants sont présentés comme une source d’énergie verte par rapport au pétrole et au gaz. Leur utilisation a pour objectif de réduire la consommation des énergies polluantes. Mais la production d’agrocarburants accapare les terres des peuples indigènes ! Si leur développement continue à ce rythme, soixante millions d’autochtones à travers le monde seront menacés de perdre leur territoire.

Au Brésil, les Guarani sont particulièrement menacés par la politique du président Lula qui prévoit d’étendre les cultures de canne à sucre pour produire un agrocarburant. Lula a beau promettre qu’on abattrait plus d’arbres en Amazonie pour le produire, le mal est déjà fait pour les Guarani qui ont perdu la plus grande partie de leur territoire transformé en plantations de canne à sucre. Au cours des six dernières années, au moins quatre-vingts enfants sont morts de faim. Beaucoup de familles se retrouvent à camper au bord des routes. Malheureusement, quarante nouvelles plantations sont planifiées et elles s’installeraient sur des terres appartenant aux Guarani.

 

 

L’énergie hydroélectrique est aussi présentée comme une énergie propre. Mais la construction de grands barrages détruit les terres indigènes et chasse les peuples de leur territoire. Sur l’île de Bornéo, le gouvernement présente actuellement la construction d’un énorme barrage comme un effort du pays dans la lutte planétaire contre le changement climatique. Sauf que le méga-barrage inondera 700 km2 de terre alentour dont une grande partie des territoires des Penan. Dix mille autochtones dont de nombreux Penan ont déjà été déplacés et rassemblés sur de minuscules parcelles de forêt. Pourtant, ce sont des semi-nomades qui ont besoin de vastes territoires pour la chasse et la cueillette. Un autre barrage est en cours de construction : les collines sont dynamitées et les Penan sont forcés de quitter les lieux. Avec les nouveaux projets, des centaines de membres d’autres tribus vont connaître le même sort.

 

Le barrage de Murum en construction menace le peuple PenanLe barrage de Murum en construction menace le peuple Penan

© Survival

 

 

D’autres chasseurs-cueilleurs du monde sont sur le point d’être expulsés de leur terre au nom, cette fois-ci, de la préservation de la forêt. Au Kenya, les Ogiek, habitants de la forêt de Mau, seront forcés de quitter leur forêt par le gouvernement qui souhaite y planter une partie quelques milliards d’arbres destinés à lutter contre les effets de la déforestation mondiale. Grands récolteurs de miel, les Ogiek ont un mode de vie durable lié à la forêt, à ses animaux et à ses plantes ; sans elle, ils deviendraient des sans-abri. Par le passé, le gouvernement kenyan avait déjà tenté à plusieurs reprises d’expulser les Ogiek sous le faux prétexte qu’ils détruisaient la forêt. Beaucoup de gouvernements et d’industriels organisent un gigantesque vol de terre en se cachant derrière l’effort planétaire pour stopper les effets du changement climatique.

 

 

Ogiek du KenyaOgiek du Kenya

© Survival

 

"C'est très grave. Les Ogiek n'ont nulle part où aller", s'exclame Kiplangat Cheruyot, une membre du peuple Ogiek.

 

Ainsi, les forêts des peuples indigènes prennent une grande valeur. Les industriels des pays riches qui polluent énormément y trouvent une occasion de se racheter en compensant leurs émissions de gaz à effet de serre : pour tant de tonnes de carbone émis, l’industrie protègera en contrepartie tant d’hectares de forêt. Sous le prétexte de préserver ces forêts comme l’exigent les pays riches, les gouvernements pourraient interdire aux peuples indigènes qui y vivent certaines pratiques de leur mode de vie, en les accusant faussement de dégrader la forêt.

Une nouvelle fois, Survival réclame que l'on prenne en compte les droits des peuples indigènes dans les mesures prises pour lutter contre les impacts du changement climatique. Ils sont les derniers responsables des changements climatiques, mais en sont les premières victimes.

 

Pour en savoir plus sur les Inuit, les Saami, les Aborigènes, les Guarani, les Yanomami ou les Penan, ne manque pas de lire dans la rubrique Les peuples indigènes ? des reportages sur ces peuples.

Pour compléter ce dossier, tu trouveras également celui de janvier 2008 sur les peuples du grand Nord et le réchauffement.