Les parcs ont besoin des peuples

Mai 2015

 

"Je m’assoie et regarde autour de moi. Partout où il y a des Bushmen, il y a du gibier. Pourquoi? Parce que nous savons prendre soin des animaux." DAUQOO XUKURI, BUSHMAN, BOTSWANA

 

C'était leur terre depuis toujours.

La leur et celle de leurs ancêtres.

Depuis la nuit des temps, Ils en prenaient le plus grand soin et s'en occupaient beaucoup, car ces terres leur permettait de survivre. Elle était leur lieu de vie et elle leur procurait nourriture, médicaments, vêtements, matériaux de construction... Ils connaissaient parfaitement les plantes et les animaux qui vivaient sur leurs terres et faisaient en sorte de respecter l'équilibre de la nature. Ils ne prélevaient jamais plus que ce qui leur était nécessaire. Ils ne chassaient que pour se nourrir et le produit de leur chasse était presqu'entièrement utilisé. Leurs rites et leur fêtes célébraient et encourageaient ce rapport à la nature.

D'autres hommes n'en faisaient pas autant.

Ils épuisaient le sol avec l'objectif de rendement de plus en plus importants, ils ouvraient les entrailles de la terre pour en extraire les matières précieuses, ils exterminaient les espèces animales les unes après les autres en les chassants pour prélever corne, plume, peaux, trophées et en faire du commerce ou tout simplement pour le plaisir de la chasse. Après avoir mis en danger la survie de certaines espèces et la biodiversité, ces derniers eurent alors une idée. Faire des territoires des premiers des réserves naturelles pour sauvegarder les espèces en voie de disparition où il serait interdit de vivre sauf pour l'industrie du tourisme, interdit de chasser sauf pour quelques chasses de luxe, bref interdit aux peuples indigènes qui y vivaient depuis toujours et avaient jusque là parfaitement préservé et respecté leur environnement.

Chasseur pygmée dans la forêt camerounaise. Salomé/SurvivalChasseur pygmée dans la forêt camerounaise. Salomé/Survival

"Les parcs ont besoin des peuples" est une campagne de Survival centrée sur les droits territoriaux des peuples qui ont toujours vécu sur leurs terres, terres indispensables pour eux et qui en sont les meilleurs gardiens. La protection des espèces en voie de disparition ne doit pas se faire au détriment des Hommes. Et pourtant c’est ce qui se passe dans de nombreux pays ou pour protéger les animaux, des sociétés de protection de la nature et des gouvernements ont installés des parcs au mépris des hommes qui vivent sur ces terres.

 

Survival a publié un rapport à l'occasion de cette campagne illustrée par trois exemples.

- Les Pygmées Baka du sud Cameroun dont une grande partie des terres ancestrales a été transformée en « zones protégées ».

- Les Bushmen du Botswana qui ont été expulsés de leurs terres au nom de la protection de la faune. En réalité on a découvert d’une part des gisements de diamants sur ces terres et que d’autre part le tourisme et la chasse de luxe aux trophées sont très rentable. Les Bushmen dont le gibier est la survie sont, eux, interdits de chasse au nom de la protection de la nature ...

- Les tribus Khadia d'Inde ou 32 familles ont été expulsées de la réserve de Similipal, une réserve de tigre avec des promesses de compensation qui ne sont presque jamais tenues et qui ont laissé des familles entière dans la misère la plus extrême. Le rapport conclut à repenser le modèle de conservation de la nature pour un modèle qui soit conforme au droit international et respecte les droits territoriaux des peuples qui ont toujours vécu sur ces terres vitales qui leur sont vitales et dont ils sont les meilleurs gardiens depuis de nombreuses générations.