Les Nukak survivront-ils ?

Septembre 2006

 

En Colombie, les Nukak sont parmi les derniers Indiens nomades de la forêt amazonienne. Comme tous les peuples nomades, ils ne possèdent que très peu de choses, faciles à emporter : tout d'abord un hamac, et des sacs de palme pour transporter sur le dos leurs quelques ustensiles. Ils ne restent jamais plus de quelques jours au même endroit et ne sortent que rarement des profondeurs de la forêt.

 

© Gustavo Pollitis/Survival

 

En 1987, des Nukak ont été massacrés par des colons venus s'installer dans leur région pour y cultiver la coca. Cette plante a toujours été cultivée et utilisée par les Indiens, en infusion contre le mal des montagnes, et en feuilles à mâcher pour oublier la faim et la fatigue. Sa transformation en drogue dure, la cocaïne, est la cause de la guerre qui s'est abattue sur la région entre les trafiquants et l'armée.

Les Nukak ont été obligés de quitter la forêt et de fuir vers l'est, dans la direction où ils pensaient avoir des parents perdus, selon leur croyance ancestrale. C'est ainsi qu'ils entrèrent en contact avec les Blancs de la ville et contractèrent des maladies nouvelles, comme la grippe, la pneumonie et la malaria, mortelles pour eux.

Puis une nouvelle menace apparut : leur territoire recélait peut-être du pétrole dans son sous-sol, et une compagnie américaine commença à tracer des routes à travers la forêt pour prospecter. Devant les nombreuses protestations d'organisations qui soutiennent les Nukak, le gouvernement a fait stopper cette prospection.

Survival s'est beaucoup préoccupé de leur sort et, depuis 1991, de nombreuses lettres et pétitions ont permis de faire changer la politique du gouvernement colombien. Le 11 août dernier, on annonçait enfin qu'une parcelle de forêt de 20 000 hectares était accordée aux Nukak. Mais cette surface ne représente qu'une très petite part de leur ancien territoire, et en est éloignée de 450 km ! Comme tous les peuples nomades, ils ont besoin de vastes terres pour pouvoir changer d'emplacement quand les réserves de la forêt commencent à s'épuiser autour de leur campement.

Stephen Corry, directeur de Survival, a déclaré : « Nous nous réjouissons que la mobilisation internationale en faveur des Nukak ait enfin décidé le gouvernement colombien à agir. Cela montre une fois de plus que l'opinion publique peut exercer une pression efficace sur le gouvernement. Mais les Nukak ne survivront qu'à la condition de pouvoir retourner sur leurs propres terres. »
 

D'après Les Nouvelles de Survival n° 31 et Le Monde du 29 août 2006.